vendredi 6 octobre 2017

UN COUSIN DU BUIS EUTOPEEN A VANIKORO SELON ALAIN CONAN

UN COUSIN DU BUIS EUTOPEEN A VANIKORO SELON A. CONAN
Dans une émission Thalassa (octobre 2017) en hommage à A. Conan, celui-ci a  présenté comme une trouvaille confirmant l’implantation des hommes de Lapérouse à Vanikoro le fait qu’il ait trouvé deux pieds d’une sorte de buis (il ne donne pas le nom latin), l’un à l’intérieur, dans une forêt en altitude, près d’un grand banyan entouré de roche ,appelé en bichhamar woodrose (palissandre, bois de rose) l’autre au nord-ouest à Lalé et appelé par les insulaires filomoè mara , où il identifie mara comme signifiant français, le filomoè du blanc . Selon lui, cette plante, étrangère à Vanikoro,  aurait été introduite par les hommes de Lapérouse pour soigner une maladie de peau appelée tokelau, du nom d’une île polynésienne appartenant à la Nouvelle-Zélande, e n un temps où les antibiotiques n,’existaient pas(avec les verts,nous voilà bientôt revenus à ce temps béni des écologistes). Conan avait fait cette découverte en 2010 et il y revient dans plusieurs émissions.
Selon moi, il s’agit de Sarcococca philippinensis Stapf ex Sealy, originaire des Philippines d’ où les Polynésiens l’ont importée à Vanikoro en ce qui nous concerne pour soigner le rtokelau.
 1  Le tokelau polynésien identique au chimbéré du Brésil, encore appelé cacapash shishiyoti, gogo, roña  griyé, indice  des migrations .  
Le mode de transmission de cette maladie  n’est pas complètement compris. Un contact rapproché prolongé est important mais néanmoins il n’est pas suffisant et des facteurs génétiques interviennent : il s’agit d’une hérédité principalement autosomique récessive (transmission entre individus de « pure race ») avec quelques cas de transmission autosomique dominante. Il est donc  important pour nous de remonter à l’origine. Or, l’affection est endémique en Inde (Sud) et Ceylan (Sri Lanka ) , d’où les Australiens   sont originaires. On peut suivre leur migration grâce à la maladie : en Chine du sud, en Thaïlande, aux Philippines , dans l’archipel de Malaisie et en Indonésie  (Bornéo…), en Papouasie et en Nouvelle Guinée ,: en Amérique centrale : pays de Guatémala  et ville de Guatemala , Mexique , Panama ; en Amérique  du sud :Brésil (chez les Indiens Purú- Borá) , Colombie ;  dans certaines  îles polynésiennes (à un moment  de leur histoire comme Vanikoro),   de l’océan Pacifique (ce qui prouve un métissage des Polynésiens avec les Australiens ): les  Iles Fiji (Tamana, le groupe des Lav) , les Samoa, Tokelau , la Nouvelle-Zélande (cf . les traces de boomerang et les noix de cocos fossiles qu’on y a trouvées ).
  La plante est donc liée aux Polynésiens de l’île,en particulier celle que Conan a trouvée près d’un maraé (autel de roches) abandonné, situé dans une forêt , près d’un vieux banyan ;. Mais deux rescapés de la Boussole  , l’officier Jérôme Laprise –Mouton (Mouton a été altéré en Mattew par les insulaires , de là le nom de chef Matthew qu’ils lui ont donné) et Alain Marin (dont le nom a été lu à tort Mazrin) semblent s’en être occupés,  aux yeux des Mélanésiens de l’île,  et la seconde plante trouvée à Lalié leur  est peut-être associée ainsi qu’aux Polynésiens qui étaient leurs protecteurs, comme l’indique son nom local :filimoè mara , peut-être le filimoè de Marin  .
Quatre rescapés de la Boussole.
Ecoutons  le chef de Temua à Vanikoro en 1826 : «  Quatre hommes échappèrent (au naufrage de la Boussole devant Temua) et prirent terre près d’ici en face du récif des Esprits (des Ngambé, c’est-à-dire des Blancs) : nous allions les tuer quand ils firent présent de quelque chose (une grande hache)  à notre chef qui leur sauva la vie. Ils résidèrent parmi nous (à  Temua) pendant un peu de temps, après quoi ils allèrent rejoindre leurs compagnons à Béu’u (Paukori).»
 Les rescapés du massacre du bateau de secours, le « Laborouse ». .
  Trois rescapés de la Boussole, Colignon, Laprise- Mouton et Marin  étaient sur le Laborouse, comme l’appelle le guerrier, tandis que le 4e rescapé, Roux d’Arbaud, faisait partie de ceux qui étaient préposés à la garde de  la chaloupe de secours (je l’ai  étudié avec Lavo.).  .
Les deux protégés du chef polynésien de Paiou-Paukori : le premier pilote Jérôme Laprise- Mouton et  Alain Marin
Les démêlés avec les insulaires mélanésiens  de nos deux survivants,-de rudes gaillards tous les deux, -  accompagnés du chef polynésien de Paukori et de ses hommes, sont complexes. Le nom du chef blanc,  Mouton, a été altéré par les insulaires  en Matthew  prononcé matau. Il apporte à son protecteur et  ami,  le chef polynésien de Paucori,  l’inappréciable secours des armes à feu européennes à plusieurs reprises. 
 « Allain Mazrin » ou plus exactement (erreur de lecture, la boucle finale du ayant été prise pour un z) Alain Marin, de Quimper.
Jean Guillou nous précise que l’un des deux survivant (Marin) « était mort à Paiou  et  que son corps  avait été  jeté à la mer, tandis que l’autre était parti dans une île  avec le chef qui jusque –là l’avait protégé », on devrait dire : les avait protégés.  Jean Guillou  précise  que «  ce renseignement est douteux, car, à Vanikoro, il était de coutume d’enterrer les morts et non de les livrer à la mer ». Mais la vieille tradition « océanienne » utilisait la technique du pourrissement des chairs  par immersion dans l’eau de mer. Le capitaine Dillon  nous rapporte cet usage en ces termes, p. 394 : «  quand un ennemi tombe entre les mains (des Vanikoriens),  il est tué immédiatement ; son corps est déposé dans de l’eau de mer et y est conservé jusqu’à ce que les os soient complètement dépouillés.  Le squelette est alors retiré : on gratte les os que l’on coupe de diverses manières pour former les extrémités aiguës des flèches et des lames. » L’eau boueuse et habitée des mangroves fait très bien l’affaire. Les bras et les jambes sont seuls mangés. Les autres ossements servent, une fois polis, à faire des pointes de flèches, etc.
On a montré à l’expédition Salomon, à Lalé  un morceau d’humérus de 16 cm aux deux extrémités cassées, mais non fendu dans le sens de la longueur (p. 27, bulletin de la SEHNC n°90) : appartenait-il à Marin ?  
Ce rescapé de la Boussole avec ses amis polynésiens et avec Laprise -Mouton a vécu à Lalié, de là le nom donné à la plante dont il s’occupait pour le chef polynésien : le filimoè de Marin .De là aussi la confusion dans l’esprit des insulaires sur les blancs de Vanou qui sont exclusivement Marin et Laprise- Mouton.
Le  matelot Alain  Marin, était originaire de Quimper : son  nom, se retrouve sous la forme Mara dans le nom de la tombe [entendons  le pourrissoir, le lieu de décharnement]  de Mara, de Marin,  redécouverte dans les palétuviers en 1990 par l’Association Salomon et située  sur le territoire de Tanema. Lorsque Dillon, puis Dumont d’Urville interrogèrent les indigènes polynésiens  sur le  nom mara, ils répondirent : « il a été impossible à Valiko de me donner l’origine du nom mara qu’ils assignèrent aux Français ; seulement, il dit que quand on demandait à ceux-ci d’où ils venaient, ils répondaient : Mara [France]… Avant ces deux navires, ils n’avaient jamais entendu parler des papalagui, mot qu’ils ont adopté de la race polynésienne pour désigner tous les blancs. »  Mara vient, non de marin, mais de France, Françai Le nom propre  Marin est un  paronyme de Mara (n), Français, cf le tahitien Farani.


La «  tombe » de Marin.
B. Brou raconte   qu’un  crâne et une dent, -ceux de l’in fortuné Marin, - y ont été retrouvés près d’un polissoir de basalte. Les  vainqueurs ont emporté à Lalé  certains os, l’humérus notamment,   pour les manger.

  La vie mouvementée de Laprise-Mouton et de Marin et la mort de ce dernier devant Tanema.
La tradition est très confuse dans la chronomogie.
1) «  Les marins  rescapés (du massacre du bateau de secours à Bé’eu par Makataï, savoir Mouton- Laprise et  Marin) construisirent une chaloupe   dans la baie de Saboë
2) Le bâtiment une fois  construit, Dillon rapporte que Laprise- Mouton vint dans sa chaloupe jusqu’au récif près de Dannemah et y tua le chef de ce village qui s’appelait Naourey  près de Murivai (de l’autre côté de la baie de Saboè),  alors que le chef était en train de pêcher bien tranquillement.  Matthew mit un instrument dans sa bouche (le fusil de Mouton est pris pour une sarbacane) et l’on entendit un grand bruit. Le chef Naourey  fut tué et  tomba en dehors de la pirogue et la magie du blanc empêcha qu’on ne pût retrouver son corps, emporté par des diables ou esprits.
3) Ils   s’installent  ensuite, croyant se mettre à l’abri des Mélanésiens, à Ignama.  Legoarant de Tromelin a noté : « Ces Blancs [de la Boussole, Laprise -Mouton et Marin]  s’établirent au village d’Ignama, à environ quatre milles au nord de Paiou » (environ 7 kilomètres), plus exactement à Lambé, altération de Gnambé, les deux Esprits, les deux Blancs.
4) Puis ils migrent à Lalé, altération peut-être de lambé, les blancs.  Selon une   tradition rapportée par Dumont,  ils tuèrent,  grâce à leurs armes à feu,  3 chefs et 20 hommes  en train de piller leur bateau échoué à Vanou, près de Lalé. Dumont rapporte  encore que,  selon le chef de Teanu,  un  Français  venant de Paiou avait abordé au village de  Vanou, en face du lieu où la chaloupe de Laprise- Mouton et de Marin  s’était échouée et avait tiré sur les naturels à coups de sarbacane (fusil) : il en avait tué une vingtaine.  Selon Galipaud, 5 chefs et des hommes furent tués, savoir les cinq chefs de Vanou, près de Lalé,   savoir Valeco, Oley, Amea, Feto et Tabinga, ainsi que presque tous leurs gens, une quinzaine. D’après une autre tradition, ils tuèrent  5 naturels de Vanou, dont 3 chefs et un  homme de Dennemah.  C’est une autre version du  même fait d’armes.

 5) Selon Gallipaud,  depuis Paucori,  à Béu’u (Paukouri), près de l’embouchure de la rivière des Esprits, Mouton aurait lancé des «  pierres chauffées» (boulets) et détruit l’îlot Filimoè en face d’Ignama,  où s’était réfugié le chef rival de l’allié polynésien de Mouton,  parce qu’il aurait volé à  l’ami de Matthew la femme que celui-ci convoitait.
4) Ensuite il choisit  Béu’u ou Paukori ou Paiou  comme base  de ses opérations : Paiou est  souvent décrit comme «  le lieu de résidence d’un officier ou d’un savant [Laprise- Mouton] et de son aide [Marin] qui décidèrent de rester dans l’île après le départ de leurs compagnons. »  Le camp présumé des Français prospecté par J. C. Gallipaud pourrait bien être en réalité  le lieu de résidence de Laprise -Mouton.
La défaite devant Tanema et la mort de Marin.
Selon N. S. Hefferman, dans Government station Vanikoro, à Mac Neill, Australian Museum, janvier 1926 : « Mon gardien de prison me dit que les pièces de monnaie que l’on découvre constamment au village de Tanema (ou Dennemah, près du lieu d’échouage de la Boussole) ne proviennent pas du navire de Lapérouse [la Boussole], mais d’un autre bateau [l’embarcation de Jérôme Laprise-Mouton, qui avait dû laisser sa cagnotte à bord ] qui s’est échoué peu après [un an ou deux] .

La date.
 « Deux hommes blancs restèrent après le départ de leurs compagnons. L’un (Laprise- Mouton)  était  chef (le chef Mathew, altération de son nom, Mouton, par les indigènes), l’autre un homme qui servait le  chef (Marin). Le premier (ce dernier, mauvaise traduction ?) mourut il y a  environ trois ans (en 1823) ; une demie année après (en 1824) le chef du canton où résidait l’autre homme blanc (Laprise -Mouton)  fut obligé de s’enfuir de l’île, et l’homme blanc partit avec lui ; le district qu’ils abandonnèrent se nommait Paukori (Béu’u, Pakaré). Mais nous ne savons pas ce qu’est devenue la tribu qui l’habitait alors. » 
  La date semble fausse : Dillon a-t-il altéré l’indication du lascar,  désirant montrer la légèreté de son prédécesseur d’Entrecasteaux qui selon lui,  aurait pu sauver en 1793 les deux rescapés ? Il serait plus  vraisemblable que  la mort de Marin et le départ de Laprise -Mouton aient  coïncidé avec la migration qui aboutira à Ouvéa (Loyauté ) ,  transportant  à Balade des reliques d’un  bâtiments de Lapérouse et avec  celle qui finira en Micronésie , donc entre 1789 et 1793  environ, sans doute vers  1790, à en croire  James O’Connell. De plus, le lascar Joë  dit lui-même à Dumont que les deux  blancs étaient morts il y a très longtemps
 De même, le  grand prêtre  Moembé dit  à Dumont : « Tous les blancs [du bateau de secours] qui essayèrent, plus tard, de gagner la terre furent à leur tour tués à coups de flèches, excepté deux pourtant qui se rendirent à Paiou (Béu’u, Paukori), mais n’y vécurent que quelques mois, et, peu de temps après, il se développa une maladie (le tokelau ?) qui fit périr bon nombre de naturels. » On voit que des deux blancs, l’un  avait disparu, l’autre était mort, et que le lascar ne pouvait les avoir rencontrés.
Le dernier  rescapé de la Boussole  et ses compagnons polynésiens quittèrent Vanikoro sur cette défaite de Tanema, , à bord d’une biscayenne probablement,  et émigrèrent  en Micronésie, vers Nutt et Pohnapé, puis vers Nukuoro et enfin vers  Kapingamarangi.  .
Une  trace de l’odyssée de Laprise-Mouton : l’île de Nutt en Micronésie.  
James O’Connell, dans A ressidence of eleven years in New Holland and the Caroline Islands (réédition numérique , p .201) écrit que selon ses calculs c’est  environ quarante ans (une génération ou deux) avant son arrivée en 1826, c’est-à-dire vers 1790, qu’un blanc moustachu présenta un couple de poules à un chef de Nutt. Il était arrivé sur un bâtiment à un mât. Pour moi, l’introducteur de ces volailles de Vanikoro à Nutt était Laprise-Mouton, notre rescapé.
Un autre indice : un canon fleurdelisé  trouvé à Pohnapéï.
 En lisant La Pérouse … Et après ? de Jean Guillou ,  p.137 ,   j’appris la présence  en Micronésie d’un canon fleurdelisé: après son escale à Nutt, sur le chemin de  Kapingamarangi :  l’embarcation portant le rescapé de la Boussole ,  le chef polynésien et  6  de ses hommes fut envoyée sur le récif entourant Pohnapéï par un sérieux coup de vent sur le récif et  Laprise- Mouton réussit   à sauver un canon fleurdelisé , en cuivre,    ressemblant à celui que Dillon  avait  rapporté (« un canon de 2 pouces avec fleur de lis ». Edmond Jurien de La Gravière,  dans son Voyage en chine (1854) ,  mentionne la présence  à Pohnapeï, d’après Rosamel,  d’ « un petit pierrier de bronze frappé d’une fleur de lys  » que l’amiral  supposait provenir du navire de secours construit par les rescapés de l’expédition Lapérouse ».  Un  héritier de l’amiral, Chales Jurien de La Gravière, fit  des recherches sur ce canon. Ne trouvant rien dans les papiers familiaux, il  eut l’idée de consulter les archives d’un arrière-petit-neveu de Rosamel et y découvrit le manuscrit de Joseph de Rosamel, catalogué sous le nom anglais de Pohnapeï (île de l’Ascension  prise pour l’île homonyme de l’Atlantique). J. C. Galipaud a donné, en 2005,  une excellente édition de ce manuscrit . 
En 1840, Rosamel ,  p.35 avait pris ses informations auprès du Français  Louis Corgat, qui vivait avec une Micronésienne et avait aperçu  le canon à Kiti sur l’île de Pohnapé.  « Un [des passagers] descendit à terre à la nage tenant un pierrier (bouche à feu, ancien mortier de marine) d’une main et nageant de l’autre ; il maniait cette arme comme un fusil. C’est ce pierrier ou canon de cuivre qui fut porté dans l’intérieur et taboué par les indigènes. Le capitaine Dudoit le vit en 1834 et 1835. La corvette anglaise le Larne qui vint à Bonnebey [Pohnapeï] en janvier 1838 le fit transporter à bord et l’emporta. Le canon avait eu la culasse sciée par les naturels, la chambre pouvait avoir un diamètre double de la bouche et une fleur de lys, mal gravée, était sur  le bourrelet de la culasse qui n’avait pas été enlevé. ».
 Autre trace : le nom de Kapingamarangi, nom qui signifie l’île du  Français à chapeau pointu, une « exclave » polynésienne en Micronésie.
Le chef de Paukori continua sa route avec 6 autres Polynésiens et son « captif » vers  une autre  île  de Micronésie, voisine de  Nukuoro,  nommée Kapingamarangi,  où l’on peut reconnaître le mot signifiant Français,   marangi (Farani en tahitien, altération du mot  Français, marang ou mara à Vanikoro), ka signifiant celui qui,  pinga signifiant  en forme de  courbe et faisant allusion au chapeau , au bicorne d’officier.
 Ces  îles sont les seules  « exclaves» polynésiennes en Micronésie et les linguistes rangent leur langue  dans un  sous-groupe  comprenant Ouvéa (Loyalty), Futuna du Vanuatu et Wallis et Futuna. Kapingamranangi  se trouve  dans l’Etat de  Pohnapeï dont une ville  s’appelle Palikir. Dans ce dernier toponyme  on reconnaît une forme voisine de Paukori, le nom de l’endroit de Vanikoro d’où est parti le  chef polynésien  :  Palikir  signifie le pays  du serpent (likir cf. le nom de l’île Riger) enroulé en entonnoir (comme les engyralis australis de Lifou ou les Morelia viridis de Papouasie, pythons sacrés ayant la curieuse habitude de tendre un piège aux oiseaux dont ils se nourrissent en recueillant l’eau de pluie dans une sorte d’entonnoir qu’ils forment en se lovant pour les attirer). Le nom de l’île, Nukuoro est d’ailleurs  un emploi métaphorique  du nom de ce serpent  (Nigoro),  formant un  entonnoir plein d’eau, utilisé  pour désigner un atoll avec  une  lagune circulaire au centre, comme précisément l’atoll de Nukuoro.


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 « Allain Mazrin » ou plus exactement (erreur de lecture, la boucle finale du ayant été prise pour un z) Alain Marin, de Quimper.
Jean Guillou nous précise que l’un des deux survivant (Marin) « était mort à Paiou  et  que son corps  avait été  jeté à la mer, tandis que l’autre était parti dans une île  avec le chef qui jusque –là l’avait protégé », on devrait dire : les avait protégés.  Jean Guillou  précise  que «  ce renseignement est douteux, car, à Vanikoro, il était de coutume d’enterrer les morts et non de les livrer à la mer ». Mais la vieille tradition « océanienne » utilisait la technique du pourrissement des chairs  par immersion dans l’eau de mer. Le capitaine Dillon  nous rapporte cet usage en ces termes, p. 394 : «  quand un ennemi tombe entre les mains (des Vanikoriens),  il est tué immédiatement ; son corps est déposé dans de l’eau de mer et y est conservé jusqu’à ce que les os soient complètement dépouillés.  Le squelette est alors retiré : on gratte les os que l’on coupe de diverses manières pour former les extrémités aiguës des flèches et des lames. » L’eau boueuse et habitée des mangroves fait très bien l’affaire. Les bras et les jambes sont seuls mangés. Les autres ossements servent, une fois polis, à faire des pointes de flèches, etc. On a montré à l’expédition Salomon, à Lalé  un morceau d’humérus de 16 cm aux deux extrémités cassées, mais non fendu dans le sens de la longueur (p. 27, bulletin de la SEHNC n°90) : appartenait-il à Marin ?  

Ce rescapé de la Boussole avec ses amis polynésiens et avec Laprise-Mouton a péri  devant Tanema lorsque leur chaloupe a été assaillie, puis il a été mangé. C’était le matelot Alain  Marin,   originaire de Quimper, dont le nom, estropié sous la forme Mazrin, se retrouve sous la forme Mara dans le nom de la tombe [entendons  le pourrissoir, le lieu de décharnement]  de Mara, de Marin,  redécouverte dans les palétuviers en 1990 par l’Association Salomon et située justement sur le territoire de Tanema. Lorsque Dillon, puis Dumont d’Urville interrogèrent les indigènes polynésiens  sur le  nom mara, ils répondirent : « il a été impossible à Valiko de me donner l’origine du nom mara qu’ils assignèrent aux Français ; seulement, il dit que quand on demandait à ceux-ci d’où ils venaient, ils répondaient : Mara [France]… Avant ces deux navires, ils n’avaient jamais entendu parler des papalagui, mot qu’ils ont adopté de la race polynésienne pour désigner tous les blancs. »  Mara vient, non de marin, mais de France, Françai Le nom propre  Marin est un  paronyme de Mara (n), Français, cf le tahitien Farani. B. Brou raconte   qu’un  crâne et une dent, -ceux de l’in fortuné Marin, - y ont été retrouvés près d’un polissoir de basalte. Les  vainqueurs ont emporté à Lalé  certains os, l’humérus notamment,   pour les manger. 

mercredi 4 octobre 2017

Deux fausses pistes dont celle du survivant du détroit de Torrès (à la mode) et l’origine d’une rumeur concernant les survivants de l’expédition Lapérouse.

Deux fausses pistes et l’origine d’une rumeur concernant les survivants de l’expédition Lapérouse.

1)            Une  fausse piste : le survivant du détroit de Torrès ou Endeavour channel, entre la Nouvelle-Guinée et l’Australie.
Rappelons d’abord qu’au début du XIX e siècle trois navires français voguent dans les parages de l’Australie : le Géographe et le Naturaliste de l’expédition Baudin (1801) et la Casuarina de Freycinet qui les rejoint. De plus, la traversée de ce détroit très dangereux permettait de joindre le comptoir portugais de Timor, avant-poste isolé de la civilisation occidentale et chrétienne. Il y a 10 îles au moins, au nom variable, à l’entrée du détroit :Warmwax, Bristow, Dalrymple, Rennell, Retour, Cornwallis, Talbot , Delivrance, et Murray (ce n’est  pas , malgré les apparences, un  nom d’origine anglaise) ou plutôt Mairee, ou  Merae  ou  Mer. Ajoutons Daxar, XWa ier, Tod ou Tudu (ou Warrior island au centre), Naghir, Erub ou Damley au nord-ouest de Murray,  Quoin island, Fisson, Eel Reefs , où , à la mi-1814, eut lieu le naufrage du Morning Star  avec à bord le  lascar de Calcutta  Shaik Jumaul , dit Sumoon. C’est sur Todu (altération probable du nom de Baudin) qu’on aurait aperçu une boussole  et plusieurs pistolets, -c’est donc entre Todu et Naghir que le survivant  a partagé son temps, -tandis qu’à Mairee on aurait vu 2 sabres et  des  chiens d’origine européenne .
A-T -ON  DES NOUVELLES DE M. DE LAPEROUSE  (paroles prêtées à  Louis XVI peu d’instants avant de monter à la guillotine) ?
De M. de Lapérouse  non. Mais d’un   mousse surnuméraire de l’Astrolabe, originaire de Tréguier (Côtes-d’Armor),  François Mordelle, oui, selon l’universitaire australien Garrick Hitchcock (2017): Manuscript XXXII The Final Fate of the La Pérouse Expedition?The 1818 Account of Shaik Jumaul, A Lascar Castaway in Torres Strait, The Journal of
Pacific History, DOI: 10.1080/00223344.2017.1335370, publié en ligne le 29 août 2017.
En réalité, l’affaire n’est pas nouvelle depuis l’information donnée dans son Supplément par The Madras Courrier du 29 décembre 1818. Dans Au-delà d’un naufrage, Les survivants de l’expédition Lapérouse, de Jean-Christophe Galipaud et Valérie Jauneau, mai 2012, p.226, sous le titre Les rumeurs s’intensifient, on peut lire : « avant la localisation du naufrage au sud des Salomon, d’autres récits circulent sur le  passage de survivants français de l’expédition Lapérouse  au nord de l’Australie et au nord des Salomon. Un journal anglais, publié en octobre 1819,  raconte les aventures d’un Indien contraint de vivre dans l’île de Murray, aux Torrès, après le naufrage de son bateau, l’Etoile du Matin. Pendant ce séjour forcé de plusieurs années aux côtés des insulaires, le Lascar Shaïk Djamal affirme avoir vu  des fusils, une boussole marine ,   des sabres et même une montre en or dans l’île de Todd [ou Tudu ou île du Guerrier]. L’ancien employé de la compagnie des Indes orientales parle de son expérience à l’équipage du bateau  qui vient de le secourir, la Claudine, et livre des informations détenues par les indigènes .Ils lui ont appris qu’un bateau avait naufragé près de leur île, trente ans auparavant, et que ses passagers, des Blancs, avaient été massacrés lors de leur descente à terre .Une partie de ces hommes, aux vêtements bleus, aurait fui vers une île voisine et rencontré le même sort funeste. La tradition  orale rapporte encore que seul un enfant aurait eu la vie sauve après s’être échappé à bord d ‘un canot avec deux jeunes filles .Comme dans le cas de la rumeur sur Lepaute d’Agelet, il apparaît délicat de se fier à ce témoignage qui mélange visiblement plusieurs récits  se rapportant à ce détroit redouté des navigateurs. »



Ci-dessus, l’’île Murray (photo datant de 2016 prise  par Garrick Hitchcock.



François Mordelle, de Tréguier, mousse à bord de  l'Astrolabe. serait, selon l’universitaire australien, le jeune homme échappé . En effet, les vêtements bleus peuvent être ceux d’un matelot français de l’époque,  comme ces armes dont le Lascar nous dit qu’elles n’étaient pas de type anglais. La Dépêche du Midi , le Journal de bord d’Albi (numéro 73, d’automne 2017)ont repris cette rumeur qui s’est répandue dans les médias comme  une traînée de poudre .
  Mais, parmi les autres navires français passant dans ce détroit au début du XIX e  siècle, il y a les deux navires de l’explorateur français  bien méconnu  Nicolas Baudin, le Naturaliste et le Géographe, qui nous a laissé la première carte d’ensemble de l’Australie. On pourrait alors songer, plutôt qu’à  François Mordelle, à n’importe  lequel des 17 mousses du Naturaliste, ou bien surtout, en raison du boîtier doré de montre  avec un verre démodé qui suppose un état de fortune supérieur à celui d’un simple mousse, à Timothée Armand Thomas Joseph Ambroise  Vasse, né le 27 février 1774 à Dieppe, alors âgé de 26 ans, matelot, gabier de seconde classe du Naturaliste.
Thomas Vasse.
Baudin, qui avait quitté le Havre le 19 octobre 1800, explora l'Australie à partir de  juillet 1801.  Sur Internet, on peut lire ,  à propos de Vasse « Il fut laissé pour mort au large de l’Australie le 8 juin 1801, mais aurait peut-être échappé à la noyade et survécu quelque temps sur les côtes de ce qui est aujourd’hui l’Australie occidentale selon plusieurs témoignages d’aborigènes. »  L’arrière-petit-neveu de TimothéeThomas Vasse , ancien élève de l’ENA et créateur de l’Association France- Australie  , a fait paraître en 2001 , pour le bicentenaire de l’expédition Baudin , une oeuvre initiatique somptueuse , dans la ligne du Jean Mariotti de La conquête du Séjour paisible,, mais se rapportant non plus au canaque, Poindi, mais à son propre  ancêtre métamorphosé en aborigène :  Wonnerup, La Dune sacrée qui décrit la vie de T. Vasse au sein d’une tribu australienne (« Wonnerup Vasse »  étant le nom d’un estuaire australien de l’Australie occidentale, ainsi nommé vers 1830 en l’honneur du navigateur français) .
On raconte qu’il était descendu à terre en compagnie d’autres hommes à la baie du Géographe  au sud -est de l’Australie Occidentale ,près de la ville actuelle de Busselton et du cap Leeuwin ,à des fins exploratoires , avec ses savants ; que la nuit, par vent de tempête, il voulut regagner le bord du Naturaliste . C’est alors qu’il disparut et qu’on le supposa noyé, alors que c’était un excellent nageur. Peron dans Voyage aux terres australes  (1807) écrit , p ;98 sqq.: « [le 8 juin 1801] ce qu’il y eut de plus déplorable dans ce dernier désastre,ce fut  la perte d’un des meilleurs matelots du Naturaliste.le nommé Vasse, de la ville de Dieppe.En,traîné trois fois par les vagues au moment où il cherchait à se rembarquer, il disparut au milieu d’elles sans qu’il fût possible de lui porter aucun secours, ou même de s’assurer de sa mort, tant la violence des flots était grande alors, tant l’obscurité de la nuit était profonde. Cependant, toutes les circonstances se réunissant pour rendre cette mort inévitable, aucun individu de l’expédition  ne con,servait le moindre doute à cet égard, lorsqu’un article reproduit dans tous les journaux français vint fixer l’intérêt et rappeler l’espoir dans le cœur de ses compagnons .
« On assurait danscet article qu’échappé comme par miracle à la fureur des flots, Vasse, après le dé^part des deux navires,s’était joint aux sauvages de cetyte partie de la terre de Leeuwin (le lion en hollandais, nom du navire qui le premier le découvrit),avait adopté leurs mœurs, appris leur langage , et qu’il avait ainsi passé deux ou trois ans avec eux ; puis, sans expliquer en rien la chose, on le faisait rencontrer àtrois ou quatre cent lieues dans le sud de son naufrage, par un bâtiùent américain , à bord duquel il avait été reçu, et quelque temps après arrêté par un croiseur anglais : on ajoutait même qu’il venait d’arriver en Angleterre où, contre le droit des gens,il se trouvait détenu. Quelque invraisemblable que pût être une aventure de ce genre , nous ne crûmes pas , cependant devoir, MM. Freycinet, Lesueur et moi, négliger cette rumeur publique, et nous nous empressâmes d’appeler l’attention du Ministère sur un événement qui, sous tous les rapports,aurait été d’un si grand intérêt, s’il eût été véritable ; malheureusement,cette douce erreur se trouve détruite par le résultat des recherches ordonnées à cet égard par Son Excellence le ministre de la Marine ; tous les détails de l’article concernant l’infortuné Vasse sont controuvés. »
L’objectivité doit nous amener à dire que Vasse avait à sa disposition les objets abandonnés par les savants précipitamment rembarqués en raison de la tempête : « indépendamment de la chaloupe, écrit Péron, on avait été contraint d’abandonner sur le rivage une trentaine  de fusils,beaucoup de sabres,de pistolets, deux espingoles, un baril de poudre, beaucoup de cartouches, toute la voilure de la chaloupe, tous les cordages, les tonneaux,les palans, les caliornes [gros palans]  apportés successivement pour la déséchouer, outre une petite quantité de vivres, ainsi qu’un excellent chien de chasse. »
Enfin le lieu était fréquenté à cette saison de baleines que, deux jours plus tard, Péron  aperçoit : « le 10, nous eûmes  la vue de plusieurs grosses baleines qui se jouaient au milieu des flots courroucés » et par conséquent de baleiniers américains ; Vasse avait vis-à-vis d’eux de quoi monnayer son passage avec la chaloupe,  les palans, sabres et pistolets divers. Il n’a pas attendu longtemps pour laisser les sauvages et embarquer sur ces baleiniers qui se rendaient à Coupang, sur le comptoir portugais de Timor, après avoir franchi le détroit de Torrès entre la Papouasie et l’Australie. Malheureusement pour Vasse, son baleinier fit naufrage dans l’archipel Murray de ce détroit. Il réussit à s’échapper encore une fois. Il  épousa la fille du chef de l’île de Naghir , au sud-ouest de Todd (île du Mont Ennel) et s’enfuit avec elle : ici on perd sa trace .On voit ce qu’il y avait de vrai dans l’article cité par Peron et comment l’Endeavour Channel, le chenal de l’Endeavour entre la Papouasie et l’Australie découvert par Cook et auquel on donna le nom de son bâtiment, est devenu le Channel, la Manche, par incompréhension ! 
 Le survivant du détroit de Torrès est donc , selon moi,, Vasse et n’a rien à voir avec Lapérouse. .Le boîtier doré d’une montre d’un modèle ancien aperçu à Tod peut lui avoir appartenu, ce qui est  moins étonnant que pour un mousse. De même, les deux sabres, le vêtement de laine bleue, typique des matelots français à l’époque, vus à murray , les espingoles et pistolets abandonnés par l’expédition Baudin sur la plage, la boussole laissée par les savants du naturaliste et récupérés par Vasse,  et même le chien de chasse   se sont retrouvés dans le détroit de Torrès. De même, le demi- dollar d’argent trahit la présence d’un baleinier américain et non pas la présence d’un mousse de Lapérouse.
Telle est sans doute la raison pour laquelle  Jean Guillou .dans Lapérouse …et après, Dernières nouvelles du mystère de l’Astrolabe (2011), consacré aux survivants de l’expédition Lapérouse  n’en fait pas état, alors qu’il se soucie très sérieusement du chirurgien –major de l’Astrolabe,  Simon Lavo, le seul survivant dont l’existence soit assurée dans les îles de l’Amirauté.   
2  Une autre  fausse piste, liée à la première : l’épave de Temple island au nord de  la côte oust de l’Australie.
Jean Guillou, dans Moi, Jean Guillou, second chirurgien de l’Astrolabe, s’est penché sur les restes découverts  près de Temple Island, sur le cap Pamerston , en Australie sur une côte déserte (la ville de Mackay où Jean Guillou s’est rendu en personne  n’existait pas encore), le nord de la  côte ouest ,  aperçus en 1802 par Flinders. Ce sont les restes d’une chaloupe en chêne européen, avec des trous prêts à recevoir des chevilles : les trous de chevilles dénotent que les planches ont servi à  une construction antérieure. Jean Guillou  a attribué cette épave mystérieuse à des survivants de l’expédition  Lapérouse, mais il se peut qu’elle provienne d’un baleinier américain qui, après avoir pris à son bord Vasse  et probablement récupéré  la chaloupe abandonnée par l’expédition Baudin , perdit une chaloupe sur cette côte avant de  faire  naufrage dans le détroit de Torrès ou Endeavour channel, entre la Nouvelle-Guinée et l’Australie.

3) L’origine vraisemblable de la rumeur tenace concernant Lepaute d’Agelet, astronome de la Boussole.
Dès 1795, un ouvrage anonyme, Découvertes dans la mer du Sud : Nouvelles deM. de La Peyrouse jusqu’en 1794. Traces de son passage trouvées en diverses îles de l’Océan Pacifique ; grande île peuplée d’émigrés français. Paris : Everat. Imprimeur libraire, n°3 , rue Montorgueil, près le passage de Saumon.397, 8°et la réédition de 1796 font état d’une rumeur , rapportée avec des traits invraisemblables et mensongers,concernant la découverte par un Portugais nommé de Grisalva (?) de l’astronome Lepaute d’Agelet de la Boussole,  mourant,  en une île ont on ne nous dit pas le nom, bien entendu. De Lesseps, dans son édition de 1831, Le voyage de Lapérouse, annoté par J. B. B ; de Lesseps (réédition de 2005), p .177 à 180, publie ce texte, en disant : « le document  suivant est d’une telle importance qu’on s’étonne q u’aucun des écrivains qui ont parlé du naufrage de Lapérouse, n’e n ait fait mention … Le silence des marins  sur cette relation  doit rendre circonspect celui qui paraît la citer pour la première fois .».
 Le 14 mai 1794, ils secourent Lepaute d’Agelet, mais celui-ci meurt le 24 mai 1794. Celui-ci leur raconte qu’un incendie de la Boussole le 16 mars 1792 (sic ! plutôt 1788) les oblige à descendre à terre et à abandonner le navire. Ils y restent trois mois ; ils coupent des arbres  bois pour  construire un bâtiment avec lequel ils espéraient regagner l’Europe , ce qui occasionne une rixe avec les indigènes où meurt Lapérouse. Lepaute d’Agelet avec 8 hommes s’enfuit sur une embarcation et tous sauf lui meurent de faim au bout de 18 mois sur cette terre. « Nous vîmes , écrit le Portugais, distinctement un homme qui se promenait sur la cime d’un rocher, et qui faisait des gestes pour nous appeler. » Quelle était cette île ? Il s’agit, selon moi, de Kapingamarangi, en Micronésie, nom qui signifie l’île du Français (marangi) au chapeau pointu (pinga) .  Or, -et Jean Guillou me l’avait  fait remarquer, -ce n’est qu’en 1797 que Millet- Mureau fit paraître le récit des voyages de Lapérouse, il y a donc des détails troublants qu’on ne pouvait connaître à l’époque.
La source de l’ouvrage.
Nous supposons qu’un capitaine portugais toucha Coupang à Timor,  ou bien deux comptoirs  portugais Macao , tous deux  comptoirs  portugais,  et raconta ce qu’il avait découvert en Micronésie, sur l’île Kapingamangi et sur  l’ile Pohnapeï ,savoir,  sur cette dernière , un canon fleurdelysé laissé par un rescapé de la Boussole . Les Français attribuèrent l’aventure, à Lepaute d’Agelet l’aventure, alors qu’elle revient à celui qui était connu comme le chef Mathew par  les indigènes de Vanikoro, savoir Mouton ( –Laprise)  dont le nom avait été altéré en Mathew .  
Un  indice : le canon fleurdelisé  trouvé à Pohnapéï.
 En lisant La Pérouse … Et après ? de Jean Guillou ,  p.137   j’appris la présence  en Micronésie d’un canon fleurdelisé: l’embarcation portant 8 hommes , savoir  le rescapé de la Boussole ,  le chef polynésien et  6  de ses hommes,  après son escale à Nutt, sur le chemin de  Kapingamarangi , fut envoyée par un sérieux coup de vent sur le récif entourant Pohnapéï et  Laprise-Mouton réussit   à sauver un canon fleurdelisé , en cuivre,    ressemblant à celui que Dillon  avait  rapporté (« un canon de 2 pouces avec fleur de lis ».Edmond Jurien de La Gravière,  dans son Voyage en chine (1854) ,  mentionne la présence  à Pohnapeï, d’après Rosamel,  d’ « un petit pierrier de bronze frappé d’une fleur de lys  » que l’amiral  supposait provenir du navire de secours construit par les rescapés de l’expédition Lapérouse [en réalité d’une chaloupe  de secours]».  Un  héritier de l’amiral, Charles Jurien de La Gravière, fit  des recherches sur ce canon. Ne trouvant rien dans les papiers familiaux, il  eut l’idée de consulter les archives d’un arrière-petit-neveu de Rosamel et y découvrit le manuscrit de Joseph de Rosamel, catalogué sous le nom anglais de Pohnapeï (île de l’Ascension  prise pour l’île homonyme de l’Atlantique). J. C. Galipaud a donné, en 2005,  une excellente édition de ce manuscrit. 
En 1840, Rosamel ,  p.35 , avait pris ses informations auprès du Français  Louis Corgat, qui vivait avec une Micronésienne et avait aperçu  le canon à Kiti sur l’île de Pohnapé.  « Un [des passagers] descendit à terre à la nage tenant un pierrier (bouche à feu, ancien mortier de marine) d’une main et nageant de l’autre ; il maniait cette arme comme un fusil. C’est ce pierrier ou canon de cuivre qui fut porté dans l’intérieur et taboué par les indigènes. Le capitaine Dudoit le vit en 1834 et 1835. La corvette anglaise le Larne qui vint à Bonnebey [Pohnapeï] en janvier 1838 le fit transporter à bord et l’emporta. Le canon avait eu la culasse sciée par les naturels, la chambre pouvait avoir un diamètre double de la bouche et une fleur de lys, mal gravée, était sur  le bourrelet de la culasse qui n’avait pas été enlevé. ».  Le canon fleurdelysé fut apporté à Macao, où on perd sa trace.
 Autre trace : le nom de Kapingamarangi, l’île du  Français à chapeau pointu, une « exclave » polynésienne en Micronésie.
Le chef polynésien de Vanikoro, de la tribu de Paukori , continua sa route avec 6 autres Polynésiens et son « captif » vers  une autre  île  de Micronésie, voisine de  Nukuoro,  nommée Kapingamarangi,  où l’on peut reconnaître le mot signifiant Français,   marangi (Farani en tahitien, altération du mot  Français, marang à Vanikoro), ka signifiant celui qui,  pinga signifiant  en forme de  courbe et faisant allusion au chapeau , au bicorne d’officier).
Ces  îles sont les seules  « exclaves» polynésiennes en Micronésie et les linguistes rangent leur langue  dans un  sous-groupe  comprenant Ouvéa (Loyalty), Futuna du Vanuatu et Wallis et Futuna. Kapingamranangi  se trouve  dans l’Etat de  Pohnapeï dont une ville  s’appelle Palikir. Dans ce dernier toponyme  on reconnaît une forme voisine de Paukori, le nom de l’endroit de Vanikoro d’où est parti le  chef polynésien  :  Palikir  signifie le pays  du serpent (likir cf. le nom de l’île Riger en Papouasie, où un autre survivant , Simon Lavo, trouva refuge ) enroulé en entonnoir (comme les Engyralis australis de Lifou ou les Morelia viridis de Papouasie, pythons sacrés ayant la curieuse habitude de tendre un piège aux oiseaux dont ils se nourrissent en recueillant l’eau de pluie dans une sorte d’entonnoir qu’ils forment en se lovant pour les attirer). Le nom de l’île, Nukuoro est d’ailleurs  un emploi métaphorique  du nom de ce serpent  (Nigoro),  formant un  entonnoir plein d’eau, utilisé  pour désigner un atoll avec  une  lagune circulaire au centre, comme précisément l’atoll de Nukuoro.


Les deux  rescapés de la Boussole  et ses compagnons polynésiens quittèrent Vanikoro sur une  défaite à Tanema, à bord d’une biscayenne probablement à un mât, et émigrèrent  en Micronésie, vers Nutt et Pohnapé ,précisément  Kiti où le canon a   été trouvé, puis vers Nukuoro et enfin vers  Kapingamarangi.
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Un autre  indice de l’odyssée de Laprise- Mouton : l’île de Nutt en Micronésie.
James O’Connell, dans A ressidence of eleven years in New Holland and the Caroline Islands (réédition, p .201) écrit que selon ses calculs c’est  environ quarante ans (une génération ou deux) avant son arrivée en 1826, c’est-à-dire vers 1790, qu’un blanc moustachu présenta un couple de poules européennes à un chef de Nutt. Il était arrivé sur un bâtiment à un mât. Pour moi, l’introducteur de ces volailles de Vanikoro à Nutt était Laprise- Mouton, notre rescapé.
.


Un autre bâtiment européen, deux siècles plus tôt : le naufrage de la  Santa Catalina en 1595
Dans la nuit du  10 au 11 décembre 1695, la frégate Santa Catalina, de l’expédition de Mendana et Quiros , toutes voiles hissées, avec le cadavre de Mendana et les hommes d’équipage morts et décomposés pour la plupart (est-ce une généralisation à partir du cadavre de Mendana ?), échoua à Ponapé en Micronésie. Certains rescapés, des Péruviens et des femmes, selon Langdon, s’échappèrent aux îles Truk. Interrogeons O’Connell sur les restes européens qu’il a pu connaître à Ponapé.
« Le sujet d’un autre chant était une figure de poupe d’un vaisseau qui fit naufrage et qui fut conservé dans le hangar à bateaux de Nutt. C’était le buste d’une femme » auprès de laquelle on voyait  un bras brisé.    La figure de poupe  peut être celle de sainte Catherine et appartenir à la Santa Catalina ;  lorsque Rosamel écrit, p. 36 : « Il y a trois ans [en 1837], l’étrave de cette jonque existait encore dans la maison d’un chef de Métaloline,  elle a été détruite dans un incendie de cette case »,
Le  déplacement de la figure de proue depuis Kiti à Métaloline  est intervenu avant  1836, car le naufrage de la Santa Catalina s’est produit devant le port  de Ronkti, Lohd ou Rohr ou Lohn Kiti,  nom signifiant le chien (kiti) qui aboie (rohr) et renvoyant à l’anecdote rapportée par O’Connell qui évoque un chant célébrant l’aboiement d’un chien à bord d’un vaisseau européen : les chiens indigènes n’aboyaient pas, et les aboiements des chiens européens ont surpris les natifs.  Cité par les éditeurs de Joseph de Rosamel, savoir  J. C. Galipaud et Pierre de Rosamel, Hambruch parle  d’habit noir, de crucifix en or, de pièces de monnaie espagnoles en argent  et d’un cercle en argent trouvés à Métaloline et qui appartenaient à la frégate.
Conclusion.

Jérôme Mouton et  Simon Lavo (voir mes blogs pour ce dernier, celui sur Lapérouse , celui sur Lavongaïe et celui sur l’ouvrage de John Fairhead concernant le capitaine Morrell avec, en particulier  le nom du blanc qui se dit peruco, de lapérouse) sont les survivants dont l’identité et l’existence sont le mieux établies.

lundi 28 août 2017

Version 2017, reversion rectifiée :UNE CLOCHE DE FRONTEAU D’AVANT APPARTENANT A LA BOUSSOLE IDENTIFIEE GRACE A SES ARMOIRIES .

  Version 2017, rectifiée :UNE CLOCHE DE FRONTEAU D’AVANT  APPARTENANT A LA BOUSSOLE IDENTIFIEE GRACE A SES ARMOIRIES .    
A La cloche signée « Pichard », cloche du fronteau d’avant de la Boussole
Une  grande  cloche a été  retrouvée à Vanikoro, pesant 35 kilos, soit environ 69 livres,  sans le battant qui ferait 4 kilo environ : elle est  signée  PICHARD, avec deux branches de houx et l’avertissement en latin  Ne objecta ! (Ne t’y frotte pas ! Qui s’y frotte s’y pique !). Elle a été récupérée en mer  par  Claude Magnier sur le site de la faille du récif, site selon moi du bateau de secours des naufragés, et non de la Boussole comme en le croit souvent.. .Or, le houx est  la marque d’Aigrefeuille d’Aunis, aigrefeuille venant du pluriel latin acrifolia  qui signifie feuilles piquantes, acrifolium  désignant  le houx. Dans la paroisse d’Aigrefeuille se trouvait l’actuelle commune   des   Forges qui fabriquait les objets en bronze  pour l’arsenal de Rochefort et c’est à Rochefort que la gabarre le Portefaix avait été  armée le 26 avril 1785 avant de changer de nom à deux reprises,  devenant d’abord l’Astrolabe, puis,  à partir du 1er juin 1985,  la Boussole. Le vice-amiral Duperrey, le 3 décembre 1829, répond au Ministre de la Marine : « Chacun des bâtiments de cette expédition avait deux cloches, une grande et une petite ; celles de la Boussole provenaient de son précédent armement; et, quant à l’Astrolabe,  la grosse cloche se trouvait à bord à l’époque de son réarmement, et la petite fut délivrée en complément le 23 juin 1785…. Ce n’est donc  qu’au port de Rochefort  qu’il est possible de s’assurer si, à cette époque ou précédemment, la grosse cloche du bâtiment a pu être livrée dans les magasins de l’arsenal par le sieur Bazin [Pichard pour nous]. … Suivant l’usage, la grosse cloche [du fronteau avant] était restée constamment à bord pendant le désarmement de ce bâtiment. ». Une certitude : cette cloche PICHARD est donc la cloche du fronteau avant de la Boussole.
A noter que le maître de forges de l’Arsenal de Rochefort était, soit un R . Dupont (qui s’installa à Brest par la suite, soit  par un Lonlaigne qui travaillait aux forges de Lathaussade, mais que les noms ni  de l’un ni de l’autre ne figurent sur la cloche et que celle-ci n’a pas été fabriquée à l’arsenal de Rochefort, mais à Aigrefeuille ou à la commune voisine de Forge, dépendant de la paroisse de Rochefort.  La forge de Lathaussade était-elle installée à la Forge et employait-elle un Pichard ? Nous ne le savons pas.
Brossard, p . 204, écrit dans Rendez-vous avec Lapérouse à Vanikoro : « on lit sur la collerette supérieure « LA », le A est au1/3 cassé et la brèche s’étend  sur une longueur, où peut normalement tenir « BOUSSSOLE » .L’inscription repart aussitôt  après la brèche et porte parfaitement conservé, en capitales, le nom «PICHARD ; De plus, sur la jupe, on a fait apparaître, en grattant le léger dépôt de corail et l’oxydation, plusieurs figures en relief représentant l’une une feuille de fougère très fine, une autre une feuille de platane et deux branchages ou chardons . L’identification par ces inscriptions portera  surle nom du fondeur. Il prouve en tout cas que l’épave est bien celle d’un vaisseau français. Comme pour celle de l’Astrolabe [la cloche Bazin qui n’est pas une cloche de fronteau, mais une cloche à usage religieux fondue à Nantes et appartenant au père Receveur, cordelier nantais, voir mon blog plus ancien], la cloche ne porte pas son nom.» En réalité, on ne peut absolument pas lire ni LA ni L sur cette cloche. Au surplus, le nom serait LE PORTEFAIX.  
Illustration, p. 38 in Bicentenaire du voyage de Lapérouse , 1785-1788 ,  colloque Lapérouse d’Albi, mars 1985, association Lapérouse- Albi France, 1522 p . Annexe, p.1-55





B Une  cloche de fronteau d’arrière à trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas.  
 Dillon a  trouvé à terre  une petite cloche de fronteau arrière, pesant  5 kgs  (sans battant), soit environ 9 livres,  proche avec le battant du poids habituel des cloches de fronteau arrière  de 14 livres et comptant  trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas: c’étaient aussi   les armoiries de la ville de Brest.
Bossard a publié dans Rendez-vous avec Lapérouse à Vanikoro, p .284, la reproduction  d’un billet d’armement de la Boussole : « Une cloche de fronteau d’arrière avec un dé (sic pour dais), et à établir avec un montant en fer. A bord, ce 17 juin 1785. J.Walin-Audiffret ( lecture incertaine, signature difficile à déchiffrer). Le chevalier de Clonard  » Est-ce à dire qu’il s’agit de cette cloche ? Tout dépend du sens qu’on donne au mot dais. Mais on peut pencher plutôt pour une cloche de l’Astrolabe. Car si l’on comprend que les survivants de l’expédition aient, par une délicate attention, voulu récupérer la cloche originelle de la Boussole sur l’épave du nord-est  pour l’installer sur le bateau de secours nommé par eux, selon Makataï, le Lapérouse (ce qui prouve que celui-ci était mort) et incendié par ce dernier à l’endroit où l’on a trouvé la cloche Pichard, on voit mal l’intérêt d’une récupération de la cloche de fronteau arrière de la Boussole.De surplus, ils devaient avoir celle de l’Astrolabe à portée de la main.
On n’a pas encore retrouvé au minimum 4 cloches :
les  deux cloches de fronteau avant de l’Astrolabe,   ni celle qui est originelle   (l’Autruche, fondue  au Havre), ni celle qui fut achetée à Brest « en complément » et mise en réserve ;
 la cloche de fronteau avant de la Boussole achetée à Brest ; 
une cloche de fronteau arrière pour la Boussole (voir le billet d’armement) achetée à Brest. Illustration, p. 40, op.  cit.


A noter que le maître de forges de l’Arsenal de Rochefort était, soit un R . Dupont (qui s’installa à Brest par la suite, soit  par un Lonlaigne qui travaillait aux forges de Lathaussade, mais que les noms ni  de l’un ni de l’autre ne figurent sur la cloche et que celle-ci n’a pas été fabriquée à l’arsenal de Rochefort, mais à Aigrefeuille ou à la commune voisine de Forge, dépendant de la paroisse de Rochefort.  La forge de Lathaussade était-elle installée à la Forge et employait-elle un Pichard ? Nous ne le savons pas.
Illustration, p. 38 in Bicentenaire du voyage de Lapérouse, .785-1788 ,  colloque Lapérouse d’Albi, mars 1985, association Lapérouse- Albi France, 1522 p . Annexe, p.1-55





B La cloche à trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas, cloche de fronteau arrière de la Boussole ou de l’Astrolabe.   
 Dillon a  trouvé à terre  une petite cloche de fronteau arrière, pesant  5 kgs  (sans battant), soit environ 9 livres,  proche avec le battant du poids habituel des cloches de fronteau arrière  de 14 livres et comptant  trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas: c’étaient aussi   les armoiries de la ville de Brest.  Dans Brossard, Rendez-vous avec Lapérouse à Vanikoro  figure la reproduction, p. 224, d’un billet d’armement signé « à bord, ce 17 juin 1785 » par « le chevalier  de Clonard » pour la Boussole et, pour le  fournisseur  de la cloche, par (peu lisible) J.R.  Val-Naurffet   : « Armement, Une cloche de fronteau d’arrière Avec un dé (sic, dais) et à établir avec un montant en fer. » C’était, en principe,  Madame Veuve  Beurier qui fournissait les cloches.
L’article du pilote  nous donne comme achetées à Brest  2 cloches pour l’Astrolabe et 2 cloches pour la Boussole au prix identique qui surprend de 340 livres la cloche, soit au total 1360 livres. On peut supposer que le total a été  divisé par 4 pour simplifier et que, pour la Boussole, la cloche de fronteau avant ainsi achetée a été mise en réserve ; pour l’Astrolabe, aucune des deux  cloches achetées n’a été retrouvée, pas plus que les cloches d’origine, si elles subsistaient en réserve.
Cette  cloche trouvée sur terre appartenait-elle à la Boussole ou à l’Astrolabe ? Aucun élément ne permet de répondre de façon certaine, car le dais qui ornait celle de la Boussole peut avoir été plus grand que celui de la cloche retrouvée (voir la reproduction), mais on peut pencher plutôt  pour l’Astrolabe, car le bâtiment désossé était  l’Astrolabe et on peut se demander si les marins ont  pu récupérer les deux cloches sur la Boussole. Bref, il n’y a aucune certitude.

Il manque  encore au minimum 3 cloches :
1 la cloche de fronteau avant originelle, fondue pour l’Autruche au Havre, appartenant à  l’Astrolabe ;
2la cloche de fronteau  avant de la Boussole mie en réserve ;
3 une cloche de fronteau arrière pour l’Astrolabe  ou pour la Boussole fondues à Brest.
 C La cloche la plus énigmatique, la cloche signée « Bazin ».
Illustration, p. 42, op. cit.
 La plus célèbre des cloches de Vanikoro est celle dont parle Jules Verne   dans Vingt mille lieues sous les mers, « une cloche en bronze, dit-il,  portant l’inscription : « Bazin m’a fait », marque de la fonderie de l’Arsenal de Brest vers 1785 » , ce qui est faux, même si cela a été répété à l’envi. Mais cette cloche  n’a pas le poids requis pour être ni  une cloche de fronteau avant ni une cloche de fronteau arrière, donc pour être une cloche de navire.  C’est Dillon qui rapporta cette cloche , qu’il avait récupérée à terre : il nous décrit la cloche comme présentant, d’un côté  saint Jean Baptiste, de l’autre côté la Sainte Famille mais la description  doit être  complétée ainsi : il y a , d’un côté saint Jacques à la gauche d’une croix et , à la droite,  saint Jean   avec de l’autre côté  la Sainte Famille (Joseph, Marie et Jésus).C’est une allusion au curieux nom de la paroisse nantaise de «  Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille » , où se trouvait le couvent franciscain de Nantes,   Saint Jean étant l’évangéliste et non saint Jean -Baptiste comme l’a cru Dillon.
Or, à bord, figurait ce qu’on a retrouvé dans la faille du récif,  une cloche d’office, une clochette, un grelot (qui était peut-être une objet d’échange destiné aux insulaires), une pierre d’autel (4 fragments dont certains ont été trouvés sur l’épave de l’Astrolabe), une boîte à huiles saintes, un crucifix avec 2 fleurs de lis  et l’inscription INRI,  un étui à missel en bois orné d’une fleur de lis, une médaille religieuse. Le Père Laurent  Receveur, blessé à Tutuila et enterré à Sydney où il mourut des blessures, qui lui furent infligées par les insulaires samoans,  était un franciscain et avait servi un temps  au couvent franciscain de Nantes (couvent dit  des cordeliers). On peut supposer que cette cloche était un souvenir du couvent nantais et qu’elle lui appartenait.  En effet, les Bazin  étaient une famille de fondeurs nantais  selon Champeaux, Dictionnaire des fondeurs de cloches, 1886, et ils  étaient spécialisés dans les cloches d’églises ou de couvents : selon Berthele, Enquêtes campanaires, ils avaient fondu deux cloches  en 1754  pour le grand  séminaire de Nantes  (elles étaient pareillement  signées Bazin ,sans prénom ) ; ils avaient aussi fondu une autre cloche , en 1779 pour une église de Vendée  (elle  signée pareillement Bazin sans prénom ). Jean Bazin le père est  l’auteur de la grande cloche de Saint-Martin, paroisse de Châteauthébaud en 1753,
 Les plus connus  des Bazin sont Jean Bazin  père et  Jean Bazin fils,  qui figure sur la liste de la milice bourgeoise de Nantes  de 1774 à 1778, avec l’indication « fondeur de la ville ». La  cloche appartenait  ainsi au  Père Laurent Receveur, qui avait dû servir à Nantes comme régent dans un collège de  la  paroisse  de «  Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille ». 
Le canon signée Jean  Bazin Nantes : à l’origine en  lest sur  l’Astrolabe ?
On rencontre une autre fois le nom de Bazin sur un pierrier en bronze trouvé dans  la faille du récif, avec «  Fc (fecit) J(ean) Bazin à Nantes 1779 Dragon »  . Le Dragon est le nom d’un bateau corsaire anglais capturé dans la Manche en 1781 et transformé en corvette par la Marine royale. Il était percé pour 20 canons et 4 obusiers ou pierriers. En 1782, et le 11 décembre 1787, il est à Brest d’où il part pour Saint-Domingue où les Anglais l’attaquent. Son épave a été fouillée par le Musée de la Marine et François Gendron.
  Le scénario qu’on peut imaginer est que Jean Bazin fils fond le canon à Nantes en 1779  et  que la Marine le lui achète  en 1781 pour le Dragon, mais , comme il n’y a de place à bord que pour quatre obusiers,  elle reprend son pierrier et  le remise  à Brest : le Comte d’Hector le fournit en lest  à Lapérouse.
Etant donné que c’est sur la faille du récif, donc sur l’épave du bateau de secours principalement construit avec des éléments de l’Astrolabe, que le pierrier a été repêché, on  doit en déduire  que le pierrier fut chargé sur l’Astrolabe.
       








vendredi 25 août 2017

UN AGENT ANGLAIS D’ORIGINE CORSE SOUS NAPOLEON, CIPRIANI, DEVENU L’HÔTE DES INVALIDE


UN AGENT ANGLAIS D’ORIGINE CORSE SOUS NAPOLEON, CIPRIANI, DEVENU  L’HÔTE DES INVALIDES,
par un Corse de la région de Corte. 

Bibliographie :
1.  Pour mémoire, non lu et introuvable sauf au prix de 500€ sur Internet., Georges Rétif de  la Bretonne, Anglais, rendez-nous le corps de Napoléon ! 1969.
2.. Bruno Roy- Henry, Napoléon, L‘énigme de l’exhumé de 1840, 2000, ouvrage passionnant. 






L identité mystérieuse d’un agent anglais de l’entourage de Napoléon, Jean-Baptiste François -Marie  Ramolino, dit Cipriani.
Dans son ouvrage sur Napoléon, Une imposture, 1969, le psychiatre corse Roger Caratini prétend  que Charles Bonaparte et Letizia Ramolino, les parents de Napoléon, vivaient en concubinage car ils n’avaient jamais réalisé leur mariage officiellement ; bien que son ouvrage soit très intéressant et novateur, nous ne partageons pas son point de vue sur cette question, car la Corse était alors sous le régime légal de Gênes, et  les Bonaparte s’y sont conformés. L’acte de mariage avait été dressé, le 2 février « 1745 »  (coquille manifeste  du baron H. Larrey dans Madame Mère, 1892, pour 1764),car en 01745 charles Bonaparte n’était pas né : il naquit le 27 mars 1746) , par Pierre-François Costa, à Ajaccio (Madame Mère, du Baron H. Larrey, 1892) et transmis au père de la mariée mineure de 14 ans, le Comte Jean –Jérôme Ramolino, avec une note sur la tante de Letitizia qui nous intéresse au premier chef, car il s’agit de la mère du futur Cipriani : celle-ci  portait les mêmes prénoms que sa nièce Maria –Letizia , si bien qu’on a pu la prendre pour une sœur aînée de la mère de Napoléon , née vers 1745 et  morte assassinée alors qu’elle était jeune. C’est en réalité la mère de Napoléon qui reçut les prénoms de sa tante lors de sa naissance le 24 août 1750.
De Jean –Augustin Ramolino, lieutenant dans la compagnie corse ducapitaine Rocca, et de Marie-Thérèse Ricci sont nés 4 fils et 1 fille :jean –Jérôme , marié à Angela –Maria  Pietra Santa, noble de Sartène, grands-parents de Napoléon (celle-ci avait une sœur Antoinette qui épousa un Benielli dont elle eut une fille Antoinette, devenue en 1774 la femme de Hyacinthe Arrighi de Casanova, d’où naquit le futur général de division Jean -Toussaint  Arrighi de Casanova, créé  duc de Padoue ) ; François- Marie, prêtre, curé archiprêtre d’Ajaccio ; Bernardin marié à Angela-Marie Seta , père du comte André ; Paduo Antonio , marié à M. Levie (dont les descendants actuels, autorisés à relever le nom). Angela –Maria Seta devenue veuve épouse en secondes noces Joseph Antoine d’Ornano, né le 20 janvier 1738 suivant l’acte  original présenté au conseil supérieur, commissaire de la junte de Guagno par brevet du 2 novembre 1772 (extrait baptistaire admis au conseil supérieur). Ils auront pour enfants Luc Antoine, comte d’Ornano, major de l’armée française,  qui laisse deux filles : Claire, , mariée d’abord à Vincent Poli, de Guagno (dont une fille a épousé Pompée Chiaroni d’Aullène : leurs héritiers possèdent une partie des archives de cette branche d’Ornano),  puis à Charles Folacci et Rosine, mariée à Pompée Colonna d’Istria ; François –Xavier ; François-Marie, lieutenant-colonel d’infanterie, né en 1781, mort à Ajaccio le 20 mars 1825 . On verra que le frère aîné de Joseph Antoine, Jean-Baptiste François- Marie  d’Ornano, qui fut le  parrain représenté de Cipriani, parce qu’il était absent, et en  l’honneur de qui le futur Cipriani recevra ses prénoms de François- Marie et de Jean-Baptiste,  jouera un rôle dans la vie de Cipriani à Bordeaux lors de l’affaire Louis XVII, voir ci-dessous.
Voilà selon moi, l’explication du nom Franceschi qu’on a cru être son patronyme.  Comme Napoléon s’adressait à lui en corse, langue qui ne prononce pas les syllabes finales, en l’appelant  par son prénom Francesch’[o] , o en a déduit qu’il s’appelait Franceschi. Précisons que Cipriani parlait mal le français et s’exprimait en corse, en italien et en anglais.
Nous pouvons compléter ce que dit de lui Marchand, le valet de Napoléon (savoir ,  qu’il était corse et non italien et qu’il avait été élevé dans la famille de Napoléon)  en lui assignant pour lieu de naissance Guagno- les- Bains , pour date de naissance 1773 ou 1780 et pour mère la tante de Letizia , Maria Letizia
Ramolino, qui mourut étranglée dans son lit. Il fut recueilli par les Bonaparte à la mort de celle-ci, à la demande de son père, C. Salicetti. Il aurait donc dû s’appeler Jean-Baptiste François- Marie  (  Ramolino , du nom de sa seule mère).
 Maintenant, d’où vient le nom de guerre de Cipriani ? Ce n’est ni  son  prénom (ce serait Cipriano,celui qui est originaire de Chypre,par allusion à saint Cyprien, père de l’Eglise dont,la fête a lieu le 16 septembre et d’ailleurs Cipriani était athée et anticlérical) , ni , au pluriel, son nom de famille. Il l’aurait choisi à partir du nom de Louis- Antoine de Cipières, officier de marine et député de Marseille, propriétaire de l’Hôtel Cipières à Marseille , où Letizia et lui-même durent se réfugier en fuyant la Corse, en1793.
Christophe Salicetti, agent anglais et père de Cipriani.
Né en Corse à Saliceto près de Corte, le 26 août 1757, il étudie à Bastia et il est reçu avocat à Pise. Il est élu député du tiers Etat  pour la Corse en 1789 et  réélu à la Convention . Il est l’ami de Robespierre, vote la mort du roi  et siège avec les Montagnards. Le 30 novembre 1789. il fait voter l’intégration de la Corse au Royaume de France et fait rappeler Pascal Paoli exilé en Angleterre. Mais la Convention, qui se méfie de Paoli, l’envoie en Corse pour surveiller ce dernier. En 1793, il doit fuir la Corse avec Letizia Bonaparte à Marseille à l’Hôtel Cipières dont est propriétaire un de ses anciens collègues à l’Assemblée nationale, le baron de Cipières, avec le futur Cipriani qui  en tirera son pseudonyme. Il fait nommer général le capitaine Napoléon Bonaparte, commandant de l’artillerie à l’armée qui assiège Toulon détenu par les royalistes. Il aide à la répression de l’agitation royaliste à Marseille. En janvier 1789, il est nommé à l’armée d’Italie auprès de Napoléon Bonaparte. En octobre 1797, il  participe à la reconquête de la Corse et divise l’île en deux départements. Il est élu député au Conseil des Cinq- Cents. En 1798, il est en mission à gênes. Napoléon l’envoie représenter la France à Lucques de 1801 à 1802, puis à gênes à nouveau en 1805 : il y fait voter le rattachement  de Gênes  et de la Ligurie à La France.
En janvier 1808, alors que , à Naples, il est le ministre de la police (renseignements généraux) et de la guerre du roi de Naples, Joseph Bonaparte,et qu’il est une sorte de vice-roi pour le compte de l’Empereur, éclate une conspiration montée par le futur Louis XVII et dirigée parle commandant sicilien dans l’île de Ponza, le prince de Canosa, avec le soutien des catholiques pontificaux . Ils font exploser la demeure de Salicetti, mais celui-ci s’en tire, miraculeusement. En octobre1808, au service de Murat, il lui donne son seul succès militaire, la prise de Capri, île où sévit déjà le tristement célèbre lieutenant-colonel Hudson Lowe, à la tête de son Corsican Rangers  et chargé d’espionner tout le secteur italien. Salicetti a préparé le siège de Capri avec son fils Cipriani qu’il a mis à la tête d’un réseau d’agents secrets corses ; Cipriani contacta  au Corsican Rangers son compatriote Antoine Suzarelli et retourna cet ancien condisciple de Salicetti à Bastia, ce qui aboutit à la capitulation de Lowe et de  la garnison napolitaine et corse  de Capri. Le 20 janvier 1809, Napoléon ordonne à Salicetti de démissionner du ministère de la guerre et l’envoie à Rome présider la Commission chargée des ex-territoires pontificaux. En juin 1809, il revient à Naples qui est menacée par une expédition sicilienne contre Ischia et Procida.  En 1809,le 23 décembre , il est assassiné  par son préfet de police, un génois Antonio Maghella, agissant pour le compte des Bourbons et des catholiques pontificaux ;
Napoléon a dit de Salicetti qu’il admirait et qui avait été son bienfaiteur et celui de toute la famille Bonaparte : « Salicetti, les jours de danger, valait cent mille hommes ! »
Il avait épousé la fille de Jean- Thomas Boerio et de Marie Catherine Arrighi de Casanova, ces derniers étant des alliés de la famille Bonaparte, ce qui l’empêcha de reconnaître son fils Cipriani  et sa liaison  avec sa mère : celle-ci , qui menaçait le mariage de Salicetti, mourut étranglée dans son lit , probablement par un Arrighi de Casanova.


 Cipriani, l’agent double des Anglais et de Napoléon.
Cipriani, vénal et aimant beaucoup l’argent, préféra conserver un compte à Gênes, largement alimenté par les Anglais,  par Salicetti, et par Napoléon qui l’appelle « son espion » sans se rendre compte qu’il est surtout celui des Anglais. Il met à l’abri sa femme et sa fille chez Madame Mère et son fils chez  le cardinal Fesch,-le  demi-frère de Letizia.
1 Sous la Révolution, une tentative d’évasion ratée de Louis XVII ourdie parles Anglais  et où Cipriani joue un rôle méconnu.
Un pseudo-Louis XVII méconnu : le tambour de Belgiojoso,en 1800 , avant Marengo dans l’armée du général autrichien Mélas, un blond aux yeux bleus selon Silvio Pellico qui l’a rencontré dans leur prison commune et  qu’on retrouve, selon ses propres dires ,  à Bordeaux et à Bastia, chaperonné par Cipriani.
Nous avons dit dans notre blog sur  le baron de Richemont, pseudonyme du   marquis de Bourbon Conti, qu’il avait deux tombes : l’une, celle du baron de Richemont,  à Gleizé (Rhône), au château de Vaurenard, chez Madame d’Apchier, datant de 1853,  et l’autre au Père Lachaise datant de 1832-1833  , où  fut enterré ,  avec l’assentiment du baron de Richemont,  le faux dauphin en qui croyaient Fouché et Joséphine , ainsi que ,  peut-être,  le baron de Richemont qui semble  avoir porté beaucoup d’affection à ce demi-frère qui portait le nom de Jean Louis  Bourbon .Il avait été emporté par l’épidémie de choléra qui sévit à Paris à cette époque. Comme sur Richemont (j’ai oublié dans mon blog de citer parmi les origines possibles de son  pseudonyme le fait qu’à la mort de Jeanne d’Arc c’est le colonel de Richemont qui reprit le flambeau contre mes Anglais , comme le baron estimait qu’il le faisait contre la monarchie de Juillet), on a fait de nombreuses hypothèses sur l’ identité de ce faux dauphin  : il pourrait  avoir été le fils adultérin (elle en eut au moins trois et, curieusement, le Directoire la contraignit de les reconnaître) de la femme de lettres parisienne Fanny de Beauharnais, née Marie Anne Françoise ou Fanny  Mouchard de Chaban (1737-1813), l’épouse de Claude de Beauharnais, et du propre père du baron de Richemont, le marquis de Bourbon -Conti, à en juger par les anagrammes dont sont truffés ses pseudonymes.  Parmi les nombreux autres  amants de Fanny de Beauharnais, il nous faut citer les hébertistes Michel de Cubières et   Mororo, un Corse. Lorsque Jacques René Hébert sera guillotiné, Fanny de Beauharnais sera inquiétée et devra quitter précipitamment Paris. De là le nom d’Hébert que prendra le faux dauphin, car Hébert était un agent royaliste payé par les Anglais,  contrairement à ce qu’on croit.
 Hébert , qui voulait instituer durant la minorité de Louis XVII un grand juge , savoir lui-même ou le maire de Paris Pache, trempa dans un projet d’évasion du dauphin et  eut besoin d’un garçon du même âge pour faire illusion lorsque le dauphin serait exfiltré.  L’enfant qu’on projetait de substituer au dauphin fut vite   trouvé : le fils du Prince de Bourbon et de Fanny de Beauharnais, enfant  blond, aux yeux bleus, du même âge, qui lui ressemblait  ce qui s’explique par sa parenté, car c’était un Bourbon.  On invita celui-ci à entrer dans un cheval de carton que le cocher Genès  Ojardias amena du logement de Simon dans la cour des écuries au Temple pour opérer la substitution et l’y cacher,  ceci se passant  le 5 janvier 1794. mais l’ordre final de Hébert, inquiet pour sa propre sécurité, n’arriva pas. On a  deux témoignages crédibles de Voisin et de la veuve Ladrée qui ont aperçu ce cheval de carton. Les témoignages sont cités par Marina Grey dans Enquête sur la mort de Louis XVII, Le prince et le savetier, p.108 dans le chapitre intitulé Le cheval de carton. Le déménagement de Simon,  qui avait été révoqué par Chaumette, a lieu en direction de son nouvel appartement, au-dessus des écuries,  à l’angle ouest de l’Enclos, près des cuisines, de la caserne et du cloître, aménagés pour des artisans  Là attendait le futur tambour de Belgiojoso destiné à  remplacer le dauphin.
Le projet échoua,  mais le garçonnet en garda le souvenir.
Vers 1800, Fouché, ministre de la police, vint trouver Napoléon Bonaparte pour lui apprendre l’affaire dite du tambour de Belgiojoso. Joséphine de Beauharnais,  bien informée grâce à sa grand- tante Fanny  de Beauharnais  et grâce à Madame Campan, d’une famille créole comme elle, intervient auprès de Fouché pour qu’il protège ce garçonnet de 14 ans qui avait été condamné pour une peccadille à un traitement cruel, celui de passer trois fois par les baguettes, et qui, pour tenter d’y échapper, avait déclaré à son colonel qu’il était  fils de Marie-Antoinette. Le colonel l’envoie à Turin et, en chemin, à Asti, il est reconnu par un Suisse du château de Versailles, ainsi que par diverses personnes qui avaient séjourné à la cour de France, notamment, dit-on, à cause d’une cicatrice au bas de la mâchoire gauche provenant de la morsure d’un lapin blanc que le Prince élevait. Selon son récit, après être sorti du temple dans un cheval de carton,  il aurait été élevé par Madame Fanny de Beauharnais et se serait rendu d’abord à Bordeaux,
Pourquoi Bordeaux ? Cipriani  y avait un allié, François- Marie  Jean-Baptiste d’Ornano, chevalier de Saint Louis, général de brigade, maréchal de camp et gouverneur de Bayonne en 1768.  Il avait épousé à Saint-Domingue en premières noces Charlotte Maingart, fille de riches colons de l’île Maurice. Ses accointances avec les créoles le firent nommer tuteur de Theresa Cabarrus, la future Madame Tallien , Madame Ouvrard, et princesse de Chimay. .En secondes noces, il épousa la fille de Jean-Baptiste de Campennes, marquis d’Amon, gouverneur de Bayonne, et de Marie-Charlotte de Menou, dont il eut une fille unique, Victoire, mariée au vicomte  André- Guy du Hamel, plus tard maire de Bordeaux. Elle mourut en 1796. François- Marie  Jean-Baptiste d’Ornano était installé à Versailles où la révolution décida de l’arrêter ; ^prévenu ; il voulut fuir vers Bordeaux, mais il fut arrêté en chemin au château de Castels  près de Langon en Gironde , en décembre1793. Enfermé au Luxembourg, il fut guillotiné le 6 juillet 1794, pour avoir entretenu une correspondance avec les princes étrangers, l’Angleterre en particulier.
De Bordeaux, Cipriani et son protégé  se rendirent à Bastia où  le jeune adolescent  apprit  l’italien, un italien mâtiné de corse. Il prétend  qu’il devint garçon limonadier à Bastia.
De  Bastia, le faux dauphin  gagne l’Italie   cherchant à gagner Vienne, mais,  dès son arrivée en Italie , il est enrôlé dès son arrivée en Italie dans un régiment autrichien, juste avant Marengo (14 juin 1800).
 Lorsque Cipriani cessera de s’occuper du faux dauphin, il sera rapidement emprisonné (voir mon blog sur le baron de Richemont).
2 1815, à l’île d’Elbe, la première grande trahison de Cipriani : la vraie cause des Cent- Jours et du retour prématuré de Napoléon à l’instigation de l’Angleterre.
A Gênes , Cipriani avait fondé une prospère compagnie de navigation spécialisée dans les trajets Gênes- Porto –Ferrajo Ile d’Elbe  et qui ne fut , bien entendu, jamais arraisonnée par les Anglais, pourtant très actifs en Méditerranée. Ajoutons que Cipriai a été vu au Congrès de Vienne, où il attendait les ordres du cabinet anglais. La coalition contre la France et contre Napoléon y  bat alors de l’aile, n’étant d’accord sur pratiquement rien, en particulier sur le rétablissement des Bourbons. Le tsar, mécontent, a déjà abandonné les lieux. Tout ceci inquiète le cabinet anglais qui donne l’ordre à son agent Cipriani de tout faire pour que napoléon quitte sans attendre son petit royaume de l’île d’Elbe, afin de cimenter à nouveau devant le danger  une coalition en voie de dislocation. Cipriani  apporte à Napoléon, à l’île d’Elbe, les informations voulues pour que l’empereur précipite son départ. Eût –il attendu quelques jours d’autres informations plus honnêtes, -même s’il est vain de vouloir refaire l’histoire, -on est en droit de penser que le sort eût été différent pour la France et son chef.
3 A Sainte-Hélène, le suicide à l’arsenic  de Cipriani, « vie et destin d’un traître », titre du dernier chapitre de l’ouvrage cité de B. Roy-Henry.
En 1818, l’empoisonnement de Cipriani à l’arsenic.
Napoléon avait pour Cipriani une affection qui l’aveuglait. Mais tel n’était pas le cas , dans son entourage, du général Gourgaud en particulier.
Citons deux incidents. Le premier est un repas secret de napoléon avec Albine de Montholon, la femme du général. Or, le marquis de Montchenu, commissaire extraordinaire de Louis XVIIII à Sainte-Hélène, dont Napoléon disait : « C’est un vieux con, un général de carrosse qui n’a jamais entendu un coup de fusil»,vint à l’apprendre et Napoléon le sut à sa grande colère : « Il y adonc des agents ici ! » s’exclama-t-il. L’indiscrétion venait de Cipriani.
Le deuxième incident  est le suivant. Emmanuel Pons de Las Cases (prononcez kaz) , l’auteur du Mémorial de Sainte –Hélène,et son fils le jeune Emmanuel Pons qui signait Pons pour se différencier de son père avaient cousu dans la doublure  de la veste de leur domestique deux messages à acheminer , l’un à Lucien Bonaparte, l’autre à Lady  Clavering, une Française émigrée à Londres chez laquelle le marquis de Las Cases, royaliste émigré à l’époque, avait été précepteur. Or, marchand nous apprend que l’infortuné domestique fut jeté en prison sur dénonciation de Cipriani, avec aussi pour conséquence  que H. Lowe assigna à résidence à Jamestown les deux Las Cases avant de les expulser sur le Cap en Afrique  pour une quarantaine imposée avant leur  retour en Europe. Cipriani avait surnommé Las Cases le jésuite. Les généraux Montholon  et Bertrand ainsi que son épouse s’étaient ligués contre lui. Cipriani fut mis au courant par le fils de Montholon  du projet de Las Cases. Dans ces conditions, il n’y a rien d’étonnant que les Las Cases ne désiraient pas retourner à Longwood, alors que Lowe leur en offrait la possibilité, car las Cases se doutait que Napoléon  ne le  soutiendrait pas contre un compatriote, même  s’il leur était redevable d’une grosse somme qu’il avait été obligé de leur emprunter. Lors de ses descentes en ville, pour l’approvisionnement, Cipriani en profitait pour livrer des renseignements aux Anglais. Mais l’alerte avait été chaude pour lui et il dut se faire remplacer par un domestique anglais  pour éviter de se griller » complètement. Napoléon se plaignit, naïvement , à Montholon, bien au fait des trahisons de toutes sortes dont l’Empereur était la victime,  que Thomas Reade, l’adjoint de Lowe, « assurait  qu’il savait tout ce qui se passait  chez eux ».
Le 30 octobre 1818, Gourgaud  trouve sa fenêtre forcée et Tristan, le fils de Montholon, lui révèle que le coup a été fait par Cipriani. L’ancien aide de camp de Napoléon, ne réussissant pas, lui non plus, à lui ouvrir les yeux, préfère demander son retour en Europe et fait ses adieux à l’Empereur le 15 février 1818. Il quitte définitivement Longwood, la résidence de Napoléon, pour Jamestown, la petite capitale de l’île. Il y dîne avec Balmain, le commissaire russe , et avec d’autres commissaires alliés, et Gourgaud obtient des preuves formelles sur l’espionnage dont Cipriani s’est rendu coupable. Il envoie son valet Fritz remettre à Montholon un rapport accablant pour le protégé de l’Empereur. Le dimanche 22 février 1818, l’Empereur prend connaissance de ce rapport  de Gourgaud que Montholon lui a remis et entre dans une violente colère. Il convoque le traître et lui montre le rapport qui le confond, le traitant de  bâtard, de chien qui mord la main de son maître, d’individu qui n’a pas même pas eu la reconnaissance du ventre. Encore ne sait-il pas que Cipriani trempe dans le projet anglais de l’empoisonner à l’arsenic. L’Empereur lui annonce sa décision de le renvoyer en Europe, n’étant pas libre d’appliquer la seule sentence qui s’impose pour les espions et les traîtres à leur pays, la mort. Il fera connaître à la famille de Cipriani  par le cardinal Fesch les raisons déshonorantes qui motivent son renvoi.
Le lendemain, lundi 23 février, Cipriani  a pris sa décision. Avec Piéron, il se rend à Jamestown et, sous prétexte de lutter contre les rats, y achète de l’arsenic afin de s’empoisonner. Le soir même, écrit Montholon, « ce pauvre Cipriani servait le dîner de l’Empereur quand il se sentit pris de si violentes douleurs qu’il lui fut impossible de regagner seul sa chambre. A peine sorti de la salle à manger, le malheureux se  roulait par terre en poussant des cris déchirants. » Le docteur O’Méara et Noverraz le portent dans son lit et lui apportent  toute leur aide. Le docteur Arnott et deux autres médecins anglais du 66 e régiment, Buxter et  Henry, dépêchés en hâte par Lowe qui ne veut pas perdre son informateur, se joignent au docteur O’ Méara pour tenter de le sauver .Mais, le vendredi 27 février 1818, Cipriani meurt . Il sera enterré, non pas  dans le lieu qui abritera la dernière dépouille de Napoléon, mais dans le cimetière  qui entoure l’église anglicane, en bordure du parc de Plantation House. Plus tard, il sera  étrangement impossible de retrouver la tombe qui, en 1827, avait été vidée de son occupant  sur ordre du  roi d’Angleterre George IV dans des conditions  que nous allons exposer.
Ce qui a animé Cipriani, c’est la jalousie du bâtard: son suicide est une sorte d’amok corse, provoqué par l’humiliation insoutenable de voir ses traîtrises percées à jour, de perdre la face,d’être démasqué. Mais jusque dans son dernier acte, le suicide à l’arsenic, se glisse une allusion mauvaise à la fin de Napoléon à laquelle Cipriani a trempé parle même poison.
De quoi est mort Napoléon à Sainte-Hélène le 5 avril 1821(son âge était inscrit dans la date de sa mort, 51 ans, 8 mois, 21 jours !) ?
Bien que le problème ait donné lieu à de nombreuses polémiques (on a invoqué en particulier  un cancer de l’estomac, du pylore plus précisément), il semble acquis aujourd’hui, grâce aux chercheurs et historiens américains, que Napoléon a bel et bien été assassiné à l’arsenic , sur ordre des Anglais, avec la complicité active de Cipriani, de O’Méara,de Montholon et du médecin anglais Arnott. Il faut lire à ce sujet René Maury , L’assassin de Napoléon, 1994 , et Ben Weider, Napoléon est-il mort assassiné ?1999.
Hudson Lowe , le geôlier et espion de Napoléon, a dit, en 1818, au docteur O’Méara, Irlandais, mais protestant, que « la vie d’un homme est peu de chose, surtout quand il est responsable de millions de morts et qu’il pourrait l’être encore », l’incitant à assassiner l’Empereur .Napoléon lui-même disait de H.  Lowe : « je suis sûr que cet homme-là a reçu l’ordre de me tuer. »
La jalousie de Montholon , dont la femme Albine était la maîtresse de Napoléon, aurait été un motif , selon certains historiens, de l’assassiner, mais ce motif ne tient pas à mes yeux , car Albine a eu , à Sainte-Hélène,bien d’autres amants, comme le docteur O’Méara ou  le lieutenant Jackson ,  qui, par la suite, l’accompagna en Europe et ne fut pas victime d’ empoisonnement . Ce qu’il y a de certain, -c’est le journal de Las Cases  qui nous l’apprend, - Montholon possédait à Sainte-Hélène un livre sur l’affaire des Poisons qui exposait en détail la méthode de la Brinvilliers administrant  l’arsenic  avec une trentaine de doses sur plusieurs mois et avec le calomel pour parachever l’œuvre et faire que les médecins diagnostiquent, comme chez Napoléon,  un cancer de l’estomac.
Montholon disposait  en 1822 de 50 millions de francs lourds et le voilà ruiné en 1829. Sa complicité dans l’assassinat tient à l’argent et aux ordres de l’Angleterre. Maury se demande qui a fait chanter Montholon pour qu’il se retrouve ainsi ruiné (est-ce Antommarchi qui finira ses jours à Cuba ?).  Dès la fin  de 1817, à une époque,où Cipriani ne s’était pas encore suicidé et jusqu’à la mort de Napoléon en 1821, l’Empereur présentait tous les symptômes d’un empoisonnement à l’arsenic, avec , naturellement, des périodes de rémission qui, loin d’infirmer l’hypothèse, la confirment bien au contraire . C’est une dose massive de calomel qui, associée  à un sirop d’orgeat, et administrée à Napoléon le 3 mai 1821 à l’instigation du docteur Arnott, approuvé par Montholon, qui en connaissait les effets grâce au livre qu’il possédait sur la marquise de  Brinvilliers, mais contre l’avis d’Antommarchi, provoqua une formation foudroyante et mortelle  de cyanure de mercure.
Une affaire compliquée : celle des masques mortuaires de Napoléon.
1 La prise d’un masque mortuaire en 1818 par O’Méara sur le visage de Cipriani et sur ses mains, trois ou quatre jours après son décès, peut-être  le 3 mars 1818.
Le masque mortuaire de Cipriani sera repris par un Corse, le docteur François Antommarchi après la mort de Napoléon, lorsqu’il était de retour à Londres. Il l’a alors remanié pour alimenter pour alimenter la légende impériale. Il nous est présenté aujourd’hui par les historiens comme celui de Napoléon ! Il est vrai que les visages des deux hommes se ressemblaient.
I Le seul masque mortuaire de Napoléon.
Le masque Burton (1821), seul masque authentique de Napoléon, qualifié de « Death mask of Napoleon », exposé aujourd’hui encore à Londres au Royal United Service Museum.Il porte une inscription anglo-française : « L’Empereur Napoleone à Saint –Helena » , Saint -Helena étant  le nom anglais de Sainte-Hélène (voir p . IV du cahier photographique  du livre cité de B. Roy- Henry). Il a été pris  sur le visage mortuaire de Napoléon, mais, comme il n’a pas été jugé convenable pour la légende napoléonienne, on lui préféra le masque de Cipriani pris par O’Méara, mais retouché par Antommarchi, ce qui se prêtait
à merveille au plan anglais de substitution des cadavres ..
II Les masques de Cipriani.
Le masque en cire Noverraz , 1818 et 1828 (photo, p. XII, cahier photographique, op. cit.) ressemble à tous les masques dit Antommarchi. Ce ne peut être le masque de Napoléon, car celui-ci avait été rasé six heures après sa mort, à la différence de Cipriani qui, en 1818, n’avait pas été rasé, et ce masque en cire contient  des éléments pileux ; il a été pris trois ou quatre jours après la mort de Cipriani par O’Méara, en présence du docteur Arnott.

Le masque Arnott ( 1818) .
Il fut vendu par le docteur Arnott, qui était présent auprès du lit de mort de Napoléon, 3000 livres sterling au roi de Wurtemberg. En 1837, son beau-frère, Jérôme Bonaparte , le  roi de Westphalie, en devint le propriétaire et inscrivit : « Arnot [avec un seul t], mai 1821) ». Napoléon rachète ce masque 4000 livres et l’expose  aux Tuileries en 1863, où il est photographié (photo publiée, p . XVI, cahier photographique, op. Cit. ). Puis le masque refait surface  à Nice où une dame Pardee en fait don au Musée Masséna. C’est en réalité le visage de Cipriani pris par le docteur Arnott.
Les masques dit Antommarchi, masques de Cipriani, fabriqués à Londres  en 1827 pour alimenter la légende impériale.
De la tête de  Cipriani  moulée par O’Méara en 1818, Antommarchi fait à Londres avec le dessinateur Rubidge rentré de Sainte-Hélène et avec quelques autres, en 1827,  un premier masque de cire qui finira à Cuba où Antommarchi finit ses jours. Il en fait  une copie en plâtre fin qui lui servira désormais d’ « original » et sera  abondamment dupliquée ; ce prétendu « original » est conservé dans  la chapelle de la Miséricorde à l’île d’Elbe. On en a un double  donné par Antommarchi à la ville de la Nouvelle-Orléans où il a exercé comme médecin. Dans La vie qotidienne  en Louisiane, 1815-1830,par Liliane Crété, p. 112 , on peut lire  qu’en 1834, les bonapartistes de la Nouvelle-Orléans  accueillirent «  avec joie et émotion »  « le médecin particulier  de Napoléon, le docteur Antommarchi, qui devait ouvrir un cabinet rue Royale [à la Nouvelle-Orléans], et offrit à la ville  le masque mortuaire, en bronze [Comme les légendes vont vite ! Ce devait être, plus modestement, un masque  de cire], de
L’Empereur. »

Conclusion : le masque Antommarchi est une imposture et représente, non pas le visage de Napoléon, , mais le faciès de Cipriani dûment retouché.
L’affaire des masques mortuaires dits de Napoléon est certes fort compliquée, mais c’est un détail  et cela ne touche que légèrement le point fort de l’histoire, qui est la substitution  du cadavre de Napoléon et son remplacement  par celui du traître Cipriani sous l’auguste dôme des Invalides , une mystification qui dure encore , puisque ce monument vient d’être visité par le Président Trump et son épouse Mélanie.
1840,  le rapatriement  des cendres de  Napoléon et la substitution de Cipriani  à Napoléon par les Anglais.
Le mot cendres  au pluriel est d’emploi noble et désigne, dit le Littré, « les restes des morts », à une époque où l’incinération donnant de la cendre (en ce sens, selon Littré, « poudre qui reste  après la combustion du bois et autres matériaux » comme le corps humain) n’était guère pratiquée.
Napoléon avait dit de façon prémonitoire au Grand maréchal Bertrand, le 27 mars 1821 : « la seule chose à craindre, c’est que les Anglais ne veuillent garder mon cadavre  et le mettre à Westminster [c’est ce qui fut effectivement fait]. Mais qu’ on les force à le rendre à la France ; qu’on le signifie au Prince Régent, de telle manière qu’il ne soit pas tenté de garder mes cendres ; après m’avoir assassiné, c’est le moins qu’il rende mes cendres à la France, la seule patrie que j’aie aimé, où je désire être enterré [ pas la Corse, la terre du traître Cipriani ; pas Sainte-Hélène non plus, la terre où le traître Cipriani est enterré]. » Le 13 avril, il avait déclaré : « je viens d’écrire au Prince régent pour lui demander  de ne pas garder mes cendres à Londres et de les renvoyer sur les bords de la seine. Je lui prédis que s’il me fait un monument ,  John Bull un jour  jurera sur ce monument  la destruction de son trône et la ruine de l’oligarchie .Il verra cela ;ce serait, du reste, un monument de la honte. »Le 23avril, il apostrophe  le docteur Arnott, l’assassin qui prescrira la dose mortelle  de calomel  : « Il ne me reste  plus qu’à aller à Londres (à travers son cadavre ; vivant, Napoléon, prisonnier d’Etat , était déporté, mais mort son cadavre appartient à la Couronne…Vous m’avez assassiné. Je suis venu me livrer  à vous de bonne foi, non au Prince régent que je méprise, ni à vos oligarques : je les connaissais, mais je croyais que le peuple anglais  ne permettrait pas qu’on me traitât ainsi. Mais votre oligarchie est trop puissante. »

La substitution.
1° Premier acte en 1826 après la fabrication et la vulgarisation d’un masque mortuaire frauduleux, celui de Cipriani, donné comme celui de Napoléon, : le retour surprenant du docteur O’Méara , qui avait moulé le masque sur le visage de Cipriani et assisté à son enterrement, donc connaissait l’emplacement de sa tombe, à Sainte-Hélène .
En 1826, le cabinet anglais  chargea le  docteur O’Méara de retourner à Sainte-Hélène pour faire l’autopsie du cadavre de Cipriani, quelque neuf ans après son inhumation , et pour préparer les cadavres  en vue de la substitution de Cipriani à Napoléon en  habillant Cipriani  comme l’Empereur et en transférant son corps dans la tombe de Napoléon, tandis que le corps de Napoléon était provisoirement remisé près des anciennes écuries . Au cours de l’autopsie de Napoléon, l’intestin qui était sain  fut laissé en place. Mais , pour Cipriani,  O’Méara  retira un bout d’intestin grêle qui présentait une grosse perforation due à la dose massive d’arsenic  ingéré et le rapporta à Londres, où il le remit au Collège Royal des Chirurgiens d’Angleterre,sous la rubrique mensongère : « Incipiunt fungus in the glands of intestins of Napoleon », , c’est- à dire les champignons commencent à apparaître  dans les viscères de Napoléon,Il faut rapprocher cette inscription latino- anglaise de l’aveu d’O’Méara à Sir Ashley Cowper : « le fragment d’intestin n’avait pas la provenance qu’on lui assignait » ( c’est -à - dire qu’il ne provenait pas de l’intestin de Napoléon, mais de celui de Cipriani) ; ce prélèvement d’intestin perforé avait pour but de faire disparaître toute trace d’empoisonnement arsenical de Napoléon par les Anglais au cas où les Français voudraient pratiquer une nouvelle autopsie du cadavre qu’on leur donnerait comme celui de Napoléon. Il fut prescrit  par le cabinet que ce fragment accusateur ne pourrait pas être montré avant cent ans et seuls les présidents successifs  du collège  de chirurgiens purent le voir. En 1927, Sir Berkeley Moynihan, nouveau président du collège britannique, le montre au professeur Leriche au cours d’une réception officielle destinée aux médecins étrangers.
2 L’escale intrigante de Lowe à Sainte-Hélène en 1827, ou l’assassin revient toujours sur les lieux de son crime.
Après Sainte-Hélène, Lowe fut nommé en 1825 pour commander les troupes à Ceylan. Il  fut rappelé en cours de mission par George IV  pour se rendre à Sainte-Hélène, où son service consisterait à rapporter en Angleterre  le corbillard qui avait servi pour l’enterrement de Napoléon, avec,  à l’intérieur,  le corps de Napoléon , afin de l’inhumer , de nuit et secrètement,  dans une crypte de l’abbaye de Westminster. Il devait aussi remplacer le cadavre de Napoléon par le cadavre de Cipriani que O’Méara avait habillé comme l’Empereur avec quelques erreurs, qui sont autant d’indices pour nous .Lowe laissa le corbillard , vidé de son illustreoccupant, à l’arsenal de Woolwich. Il fut donné parvlareine Victoria à Napoléon III et exposé dans la chapelle Napoléon de l’église Saint-Louis des Invalides.

3° L’exhumé de 1840.
Il nous faut comparer quelques détails de l’exhumation de 1840 qui, bien curieusement, se passa, sur ordre des Anglais,  en pleine nuit  noire , après minuit , avec l’inhumation de 1821.
Examinons d’abord, dans la relation de Rohan- Chabot du  15 octobre 1840, cette phrase : « Le général Bertrand  fait un bond involontaire, comme s’il était surle point de se jeter dans les bras de l’Empereur. » on peut imaginer sa surprise : il s’attendait à voir l’empereur plus ou moins décomposé et il voit, parfaitement bien conservé grâce à l’arsenic ingéré,… Cipriani lui-même. Mais Rohan -Chabot  avait fait promettre sur l’honneur à  tous les assistants  de ne  manifester leurs sentiments en aucun cas, car tout différend avec l’Angleterre  risquait, disait-il, de déclencher un conflit international, voire une guerre. Aussi le général Bertrand se tut-il.
Premier détail surprenant : la barbe . Celle de l’Empereur avait été rasée six heures après le décès  par son valet Marchand et , contrairement aux croyances populaires, la barbe ne repousse pas chez les morts, en tout cas jamais quelques heures après le décès. Or, le cadavre exhumé  avait une barbe et Cipriani, lui, n’avait pas été rasé après sa mort ;
Ensuite, les décorations  étaient au nombre de trois sur l’Empereur .Manque celle de l’Ordre de la Réunion sur le cadavre exhumé en  1840.
Le cadavre ne porte pas les bas blancs qui lui avaient été mis, et les bottes ne portent plus les éperons d’argent. Surtout, les quatre petits doigts  de chaque pied, nus, dépassent de chaque botte dont les coutures ont été coupées. La pointure de Cipriani était plus grande que celle de Napoléon, ce qui contraignit, pour pouvoir  lui enfiler les bottes de Napoléon , à enlever les bas  et à  découdre, cela se révélant insuffisant , l’extrémité des bottes .Les dents de Napoléon étaient fort mauvaises et noircies, tandis que celles du cadavre de Cipriani sont d’une blancheur éclatante . De plus, les objets personnels mis à côté du cadavre en 1821 (assiette, couteau, etc.) n’ont pas été aperçus en 1840.
Secret d’Etat : les Gorrequer Documents .
Après le 25 juillet 1821, date du départ de h. Lowe, ce fut le gouverneur Gorrequer qui lui succéda  sur l’île .sa correspondance avec le cabinet anglais esr conservée à la Chancellery Direction à Londres et le vice-chancelier bacon déclarait qu’ils étaient « d’une si haute importance politique que leur contenu ne devait pas être dévoilé » et aujourd’hui encore elle n’est pas accessible aux chercheurs. Ils recèlent, «écrit B. Roy-Henry, op. cit., p.171, « la preuve que le gouvernement de Sa Majesté envisageait bien  de rapporter en Angleterre la dépouille de celui qu’il s’obstinait à ne vouloir nommer que le général Bonaparte »et qu’il  avait «  le dessein secret de procéder à une substitution avec le cadavre de Cipriani. » Mais pour cela il devait attendre, par prudence, que le masque de Cipriani (masque dit Antommarchi) soit officialisé comme étant le masque authentique  de Napoléon. Auprès de la petite cour de Marie-Louise d’Autriche à Parme, de son amant Neipperg et de leurs enfants, les époux Burghersh virent les enfants de Marie-Louise et de Neipperg  traîner pour s’amuser le masque qu’Antommarchi lui avait remis (masque dit Burghersh.