dimanche 23 juillet 2017

UN AGENT ANGLAIS D’ORIGINE CORSE SOUS NAPOLEON, CIPRIANI, DEVENU L’HÔTE DES INVALIDES, par un Corse de la région de Corte.


UN AGENT ANGLAIS D’ORIGINE CORSE SOUS NAPOLEON, CIPRIANI, DEVENU  L’HÔTE DES INVALIDES,
par un Corse de la région de Corte. 

Bibliographie :
1.  Pour mémoire, non lu et introuvable sauf au prix de 500€ sur Internet., Georges Rétif de  la Bretonne, Anglais, rendez-nous le corps de Napoléon ! 1969.
2.. Bruno Roy- Henry, Napoléon, L‘énigme de l’exhumé de 1840, 2000, ouvrage passionnant. 






L identité mystérieuse d’un agent anglais de l’entourage de Napoléon, Jean-Baptiste François -Marie  Ramolino, dit Cipriani.
Dans son ouvrage sur Napoléon, Une imposture, 1969, le psychiatre corse Roger Caratini prétend  que Charles Bonaparte et Letizia Ramolino, les parents de Napoléon, vivaient en concubinage car ils n’avaient jamais réalisé leur mariage officiellement ; bien que son ouvrage soit très intéressant et novateur, nous ne partageons pas son point de vue sur cette question, car la Corse était alors sous le régime légal de Gênes, et  les Bonaparte s’y sont conformés. L’acte de mariage avait été dressé, le 2 février « 1745 »  (coquille manifeste  du baron H. Larrey dans Madame Mère, 1892, pour 1764),car en 01745 charles Bonaparte n’était pas né : il naquit le 27 mars 1746) , par Pierre-François Costa, à Ajaccio (Madame Mère, du Baron H. Larrey, 1892) et transmis au père de la mariée mineure de 14 ans, le Comte Jean –Jérôme Ramolino, avec une note sur la tante de Letitizia qui nous intéresse au premier chef, car il s’agit de la mère du futur Cipriani : celle-ci  portait les mêmes prénoms que sa nièce Maria –Letizia , si bien qu’on a pu la prendre pour une sœur aînée de la mère de Napoléon , née vers 1745 et  morte assassinée alors qu’elle était jeune. C’est en réalité la mère de Napoléon qui reçut les prénoms de sa tante lors de sa naissance le 24 août 1750.
De Jean –Augustin Ramolino, lieutenant dans la compagnie corse ducapitaine Rocca, et de Marie-Thérèse Ricci sont nés 4 fils et 1 fille :jean –Jérôme , marié à Angela –Maria  Pietra Santa, noble de Sartène, grands-parents de Napoléon (celle-ci avait une sœur Antoinette qui épousa un Benielli dont elle eut une fille Antoinette, devenue en 1774 la femme de Hyacinthe Arrighi de Casanova, d’où naquit le futur général de division Jean -Toussaint  Arrighi de Casanova, créé  duc de Padoue ) ; François- Marie, prêtre, curé archiprêtre d’Ajaccio ; Bernardin marié à Angela-Marie Seta , père du comte André ; Paduo Antonio , marié à M. Levie (dont les descendants actuels, autorisés à relever le nom). Angela –Maria Seta devenue veuve épouse en secondes noces Joseph Antoine d’Ornano, né le 20 janvier 1738 suivant l’acte  original présenté au conseil supérieur, commissaire de la junte de Guagno par brevet du 2 novembre 1772 (extrait baptistaire admis au conseil supérieur). Ils auront pour enfants Luc Antoine, comte d’Ornano, major de l’armée française,  qui laisse deux filles : Claire, , mariée d’abord à Vincent Poli, de Guagno (dont une fille a épousé Pompée Chiaroni d’Aullène : leurs héritiers possèdent une partie des archives de cette branche d’Ornano),  puis à Charles Folacci et Rosine, mariée à Pompée Colonna d’Istria ; François –Xavier ; François-Marie, lieutenant-colonel d’infanterie, né en 1781, mort à Ajaccio le 20 mars 1825 . On verra que le frère aîné de Joseph Antoine, Jean-Baptiste François- Marie  d’Ornano, qui fut le  parrain représenté de Cipriani, parce qu’il était absent, et en  l’honneur de qui le futur Cipriani recevra ses prénoms de François- Marie et de Jean-Baptiste,  jouera un rôle dans la vie de Cipriani à Bordeaux lors de l’affaire Louis XVII, voir ci-dessous.
Voilà selon moi, l’explication du nom Franceschi qu’on a cru être son patronyme.  Comme Napoléon s’adressait à lui en corse, langue qui ne prononce pas les syllabes finales, en l’appelant  par son prénom Francesch’[o] , o en a déduit qu’il s’appelait Franceschi. Précisons que Cipriani parlait mal le français et s’exprimait en corse, en italien et en anglais.
Nous pouvons compléter ce que dit de lui Marchand, le valet de Napoléon (savoir ,  qu’il était corse et non italien et qu’il avait été élevé dans la famille de Napoléon)  en lui assignant pour lieu de naissance Guagno- les- Bains , pour date de naissance 1773 ou 1780 et pour mère la tante de Letizia , Maria Letizia
Ramolino, qui mourut étranglée dans son lit. Il fut recueilli par les Bonaparte à la mort de celle-ci, à la demande de son père, C. Salicetti. Il aurait donc dû s’appeler Jean-Baptiste François- Marie  (  Ramolino , du nom de sa seule mère).
 Maintenant, d’où vient le nom de guerre de Cipriani ? Ce n’est ni  son  prénom (ce serait Cipriano,celui qui est originaire de Chypre,par allusion à saint Cyprien, père de l’Eglise dont,la fête a lieu le 16 septembre et d’ailleurs Cipriani était athée et anticlérical) , ni , au pluriel, son nom de famille. Il l’aurait choisi à partir du nom de Louis- Antoine de Cipières, officier de marine et député de Marseille, propriétaire de l’Hôtel Cipières à Marseille , où Letizia et lui-même durent se réfugier en fuyant la Corse, en1793.
Christophe Salicetti, agent anglais et père de Cipriani.
Né en Corse à Saliceto près de Corte, le 26 août 1757, il étudie à Bastia et il est reçu avocat à Pise. Il est élu député du tiers Etat  pour la Corse en 1789 et  réélu à la Convention . Il est l’ami de Robespierre, vote la mort du roi  et siège avec les Montagnards. Le 30 novembre 1789. il fait voter l’intégration de la Corse au Royaume de France et fait rappeler Pascal Paoli exilé en Angleterre. Mais la Convention, qui se méfie de Paoli, l’envoie en Corse pour surveiller ce dernier. En 1793, il doit fuir la Corse avec Letizia Bonaparte à Marseille à l’Hôtel Cipières dont est propriétaire un de ses anciens collègues à l’Assemblée nationale, le baron de Cipières, avec le futur Cipriani qui  en tirera son pseudonyme. Il fait nommer général le capitaine Napoléon Bonaparte, commandant de l’artillerie à l’armée qui assiège Toulon détenu par les royalistes. Il aide à la répression de l’agitation royaliste à Marseille. En janvier 1789, il est nommé à l’armée d’Italie auprès de Napoléon Bonaparte. En octobre 1797, il  participe à la reconquête de la Corse et divise l’île en deux départements. Il est élu député au Conseil des Cinq- Cents. En 1798, il est en mission à gênes. Napoléon l’envoie représenter la France à Lucques de 1801 à 1802, puis à gênes à nouveau en 1805 : il y fait voter le rattachement  de Gênes  et de la Ligurie à La France.
En janvier 1808, alors que , à Naples, il est le ministre de la police (renseignements généraux) et de la guerre du roi de Naples, Joseph Bonaparte,et qu’il est une sorte de vice-roi pour le compte de l’Empereur, éclate une conspiration montée par le futur Louis XVII et dirigée parle commandant sicilien dans l’île de Ponza, le prince de Canosa, avec le soutien des catholiques pontificaux . Ils font exploser la demeure de Salicetti, mais celui-ci s’en tire, miraculeusement. En octobre1808, au service de Murat, il lui donne son seul succès militaire, la prise de Capri, île où sévit déjà le tristement célèbre lieutenant-colonel Hudson Lowe, à la tête de son Corsican Rangers  et chargé d’espionner tout le secteur italien. Salicetti a préparé le siège de Capri avec son fils Cipriani qu’il a mis à la tête d’un réseau d’agents secrets corses ; Cipriani contacta  au Corsican Rangers son compatriote Antoine Suzarelli et retourna cet ancien condisciple de Salicetti à Bastia, ce qui aboutit à la capitulation de Lowe et de  la garnison napolitaine et corse  de Capri. Le 20 janvier 1809, Napoléon ordonne à Salicetti de démissionner du ministère de la guerre et l’envoie à Rome présider la Commission chargée des ex-territoires pontificaux. En juin 1809, il revient à Naples qui est menacée par une expédition sicilienne contre Ischia et Procida.  En 1809,le 23 décembre , il est assassiné  par son préfet de police, un génois Antonio Maghella, agissant pour le compte des Bourbons et des catholiques pontificaux ;
Napoléon a dit de Salicetti qu’il admirait et qui avait été son bienfaiteur et celui de toute la famille Bonaparte : « Salicetti, les jours de danger, valait cent mille hommes ! »
Il avait épousé la fille de Jean- Thomas Boerio et de Marie Catherine Arrighi de Casanova, ces derniers étant des alliés de la famille Bonaparte, ce qui l’empêcha de reconnaître son fils Cipriani  et sa liaison  avec sa mère : celle-ci , qui menaçait le mariage de Salicetti, mourut étranglée dans son lit , probablement par un Arrighi de Casanova.


 Cipriani, l’agent double des Anglais et de Napoléon.
Cipriani, vénal et aimant beaucoup l’argent, préféra conserver un compte à Gênes, largement alimenté par les Anglais,  par Salicetti, et par Napoléon qui l’appelle « son espion » sans se rendre compte qu’il est surtout celui des Anglais. Il met à l’abri sa femme et sa fille chez Madame Mère et son fils chez  le cardinal Fesch,-le  demi-frère de Letizia.
1 Sous la Révolution, une tentative d’évasion ratée de Louis XVII ourdie parles Anglais  et où Cipriani joue un rôle méconnu.
Un pseudo-Louis XVII méconnu : le tambour de Belgiojoso,en 1800 , avant Marengo dans l’armée du général autrichien Mélas, un blond aux yeux bleus selon Silvio Pellico qui l’a rencontré dans leur prison commune et  qu’on retrouve, selon ses propres dires ,  à Bordeaux et à Bastia, chaperonné par Cipriani.
Nous avons dit dans notre blog sur  le baron de Richemont, pseudonyme du   marquis de Bourbon Conti, qu’il avait deux tombes : l’une, celle du baron de Richemont,  à Gleizé (Rhône), au château de Vaurenard, chez Madame d’Apchier, datant de 1853,  et l’autre au Père Lachaise datant de 1832-1833  , où  fut enterré ,  avec l’assentiment du baron de Richemont,  le faux dauphin en qui croyaient Fouché et Joséphine , ainsi que ,  peut-être,  le baron de Richemont qui semble  avoir porté beaucoup d’affection à ce demi-frère qui portait le nom de Jean Louis  Bourbon .Il avait été emporté par l’épidémie de choléra qui sévit à Paris à cette époque. Comme sur Richemont (j’ai oublié dans mon blog de citer parmi les origines possibles de son  pseudonyme le fait qu’à la mort de Jeanne d’Arc c’est le colonel de Richemont qui reprit le flambeau contre mes Anglais , comme le baron estimait qu’il le faisait contre la monarchie de Juillet), on a fait de nombreuses hypothèses sur l’ identité de ce faux dauphin  : il pourrait  avoir été le fils adultérin (elle en eut au moins trois et, curieusement, le Directoire la contraignit de les reconnaître) de la femme de lettres parisienne Fanny de Beauharnais, née Marie Anne Françoise ou Fanny  Mouchard de Chaban (1737-1813), l’épouse de Claude de Beauharnais, et du propre père du baron de Richemont, le marquis de Bourbon -Conti, à en juger par les anagrammes dont sont truffés ses pseudonymes.  Parmi les nombreux autres  amants de Fanny de Beauharnais, il nous faut citer les hébertistes Michel de Cubières et   Mororo, un Corse. Lorsque Jacques René Hébert sera guillotiné, Fanny de Beauharnais sera inquiétée et devra quitter précipitamment Paris. De là le nom d’Hébert que prendra le faux dauphin, car Hébert était un agent royaliste payé par les Anglais,  contrairement à ce qu’on croit.
 Hébert , qui voulait instituer durant la minorité de Louis XVII un grand juge , savoir lui-même ou le maire de Paris Pache, trempa dans un projet d’évasion du dauphin et  eut besoin d’un garçon du même âge pour faire illusion lorsque le dauphin serait exfiltré.  L’enfant qu’on projetait de substituer au dauphin fut vite   trouvé : le fils du Prince de Bourbon et de Fanny de Beauharnais, enfant  blond, aux yeux bleus, du même âge, qui lui ressemblait  ce qui s’explique par sa parenté, car c’était un Bourbon.  On invita celui-ci à entrer dans un cheval de carton que le cocher Genès  Ojardias amena du logement de Simon dans la cour des écuries au Temple pour opérer la substitution et l’y cacher,  ceci se passant  le 5 janvier 1794. mais l’ordre final de Hébert, inquiet pour sa propre sécurité, n’arriva pas. On a  deux témoignages crédibles de Voisin et de la veuve Ladrée qui ont aperçu ce cheval de carton. Les témoignages sont cités par Marina Grey dans Enquête sur la mort de Louis XVII, Le prince et le savetier, p.108 dans le chapitre intitulé Le cheval de carton. Le déménagement de Simon,  qui avait été révoqué par Chaumette, a lieu en direction de son nouvel appartement, au-dessus des écuries,  à l’angle ouest de l’Enclos, près des cuisines, de la caserne et du cloître, aménagés pour des artisans  Là attendait le futur tambour de Belgiojoso destiné à  remplacer le dauphin.
Le projet échoua,  mais le garçonnet en garda le souvenir.
Vers 1800, Fouché, ministre de la police, vint trouver Napoléon Bonaparte pour lui apprendre l’affaire dite du tambour de Belgiojoso. Joséphine de Beauharnais,  bien informée grâce à sa grand- tante Fanny  de Beauharnais  et grâce à Madame Campan, d’une famille créole comme elle, intervient auprès de Fouché pour qu’il protège ce garçonnet de 14 ans qui avait été condamné pour une peccadille à un traitement cruel, celui de passer trois fois par les baguettes, et qui, pour tenter d’y échapper, avait déclaré à son colonel qu’il était  fils de Marie-Antoinette. Le colonel l’envoie à Turin et, en chemin, à Asti, il est reconnu par un Suisse du château de Versailles, ainsi que par diverses personnes qui avaient séjourné à la cour de France, notamment, dit-on, à cause d’une cicatrice au bas de la mâchoire gauche provenant de la morsure d’un lapin blanc que le Prince élevait. Selon son récit, après être sorti du temple dans un cheval de carton,  il aurait été élevé par Madame Fanny de Beauharnais et se serait rendu d’abord à Bordeaux,
Pourquoi Bordeaux ? Cipriani  y avait un allié, François- Marie  Jean-Baptiste d’Ornano, chevalier de Saint Louis, général de brigade, maréchal de camp et gouverneur de Bayonne en 1768.  Il avait épousé à Saint-Domingue en premières noces Charlotte Maingart, fille de riches colons de l’île Maurice. Ses accointances avec les créoles le firent nommer tuteur de Theresa Cabarrus, la future Madame Tallien , Madame Ouvrard, et princesse de Chimay. .En secondes noces, il épousa la fille de Jean-Baptiste de Campennes, marquis d’Amon, gouverneur de Bayonne, et de Marie-Charlotte de Menou, dont il eut une fille unique, Victoire, mariée au vicomte  André- Guy du Hamel, plus tard maire de Bordeaux. Elle mourut en 1796. François- Marie  Jean-Baptiste d’Ornano était installé à Versailles où la révolution décida de l’arrêter ; ^prévenu ; il voulut fuir vers Bordeaux, mais il fut arrêté en chemin au château de Castels  près de Langon en Gironde , en décembre1793. Enfermé au Luxembourg, il fut guillotiné le 6 juillet 1794, pour avoir entretenu une correspondance avec les princes étrangers, l’Angleterre en particulier.
De Bordeaux, Cipriani et son protégé  se rendirent à Bastia où  le jeune adolescent  apprit  l’italien, un italien mâtiné de corse. Il prétend  qu’il devint garçon limonadier à Bastia.
De  Bastia, le faux dauphin  gagne l’Italie   cherchant à gagner Vienne, mais,  dès son arrivée en Italie , il est enrôlé dès son arrivée en Italie dans un régiment autrichien, juste avant Marengo (14 juin 1800).
 Lorsque Cipriani cessera de s’occuper du faux dauphin, il sera rapidement emprisonné (voir mon blog sur le baron de Richemont).
2 1815, à l’île d’Elbe, la première grande trahison de Cipriani : la vraie cause des Cent- Jours et du retour prématuré de Napoléon à l’instigation de l’Angleterre.
A Gênes , Cipriani avait fondé une prospère compagnie de navigation spécialisée dans les trajets Gênes- Porto –Ferrajo Ile d’Elbe  et qui ne fut , bien entendu, jamais arraisonnée par les Anglais, pourtant très actifs en Méditerranée. Ajoutons que Cipriai a été vu au Congrès de Vienne, où il attendait les ordres du cabinet anglais. La coalition contre la France et contre Napoléon y  bat alors de l’aile, n’étant d’accord sur pratiquement rien, en particulier sur le rétablissement des Bourbons. Le tsar, mécontent, a déjà abandonné les lieux. Tout ceci inquiète le cabinet anglais qui donne l’ordre à son agent Cipriani de tout faire pour que napoléon quitte sans attendre son petit royaume de l’île d’Elbe, afin de cimenter à nouveau devant le danger  une coalition en voie de dislocation. Cipriani  apporte à Napoléon, à l’île d’Elbe, les informations voulues pour que l’empereur précipite son départ. Eût –il attendu quelques jours d’autres informations plus honnêtes, -même s’il est vain de vouloir refaire l’histoire, -on est en droit de penser que le sort eût été différent pour la France et son chef.
3 A Sainte-Hélène, le suicide à l’arsenic  de Cipriani, « vie et destin d’un traître », titre du dernier chapitre de l’ouvrage cité de B. Roy-Henry.
En 1818, l’empoisonnement de Cipriani à l’arsenic.
Napoléon avait pour Cipriani une affection qui l’aveuglait. Mais tel n’était pas le cas , dans son entourage, du général Gourgaud en particulier.
Citons deux incidents. Le premier est un repas secret de napoléon avec Albine de Montholon, la femme du général. Or, le marquis de Montchenu, commissaire extraordinaire de Louis XVIIII à Sainte-Hélène, dont Napoléon disait : « C’est un vieux con, un général de carrosse qui n’a jamais entendu un coup de fusil»,vint à l’apprendre et Napoléon le sut à sa grande colère : « Il y adonc des agents ici ! » s’exclama-t-il. L’indiscrétion venait de Cipriani.
Le deuxième incident  est le suivant. Emmanuel Pons de Las Cases (prononcez kaz) , l’auteur du Mémorial de Sainte –Hélène,et son fils le jeune Emmanuel Pons qui signait Pons pour se différencier de son père avaient cousu dans la doublure  de la veste de leur domestique deux messages à acheminer , l’un à Lucien Bonaparte, l’autre à Lady  Clavering, une Française émigrée à Londres chez laquelle le marquis de Las Cases, royaliste émigré à l’époque, avait été précepteur. Or, marchand nous apprend que l’infortuné domestique fut jeté en prison sur dénonciation de Cipriani, avec aussi pour conséquence  que H. Lowe assigna à résidence à Jamestown les deux Las Cases avant de les expulser sur le Cap en Afrique  pour une quarantaine imposée avant leur  retour en Europe. Cipriani avait surnommé Las Cases le jésuite. Les généraux Montholon  et Bertrand ainsi que son épouse s’étaient ligués contre lui. Cipriani fut mis au courant par le fils de Montholon  du projet de Las Cases. Dans ces conditions, il n’y a rien d’étonnant que les Las Cases ne désiraient pas retourner à Longwood, alors que Lowe leur en offrait la possibilité, car las Cases se doutait que Napoléon  ne le  soutiendrait pas contre un compatriote, même  s’il leur était redevable d’une grosse somme qu’il avait été obligé de leur emprunter. Lors de ses descentes en ville, pour l’approvisionnement, Cipriani en profitait pour livrer des renseignements aux Anglais. Mais l’alerte avait été chaude pour lui et il dut se faire remplacer par un domestique anglais  pour éviter de se griller » complètement. Napoléon se plaignit, naïvement , à Montholon, bien au fait des trahisons de toutes sortes dont l’Empereur était la victime,  que Thomas Reade, l’adjoint de Lowe, « assurait  qu’il savait tout ce qui se passait  chez eux ».
Le 30 octobre 1818, Gourgaud  trouve sa fenêtre forcée et Tristan, le fils de Montholon, lui révèle que le coup a été fait par Cipriani. L’ancien aide de camp de Napoléon, ne réussissant pas, lui non plus, à lui ouvrir les yeux, préfère demander son retour en Europe et fait ses adieux à l’Empereur le 15 février 1818. Il quitte définitivement Longwood, la résidence de Napoléon, pour Jamestown, la petite capitale de l’île. Il y dîne avec Balmain, le commissaire russe , et avec d’autres commissaires alliés, et Gourgaud obtient des preuves formelles sur l’espionnage dont Cipriani s’est rendu coupable. Il envoie son valet Fritz remettre à Montholon un rapport accablant pour le protégé de l’Empereur. Le dimanche 22 février 1818, l’Empereur prend connaissance de ce rapport  de Gourgaud que Montholon lui a remis et entre dans une violente colère. Il convoque le traître et lui montre le rapport qui le confond, le traitant de  bâtard, de chien qui mord la main de son maître, d’individu qui n’a pas même pas eu la reconnaissance du ventre. Encore ne sait-il pas que Cipriani trempe dans le projet anglais de l’empoisonner à l’arsenic. L’Empereur lui annonce sa décision de le renvoyer en Europe, n’étant pas libre d’appliquer la seule sentence qui s’impose pour les espions et les traîtres à leur pays, la mort. Il fera connaître à la famille de Cipriani  par le cardinal Fesch les raisons déshonorantes qui motivent son renvoi.
Le lendemain, lundi 23 février, Cipriani  a pris sa décision. Avec Piéron, il se rend à Jamestown et, sous prétexte de lutter contre les rats, y achète de l’arsenic afin de s’empoisonner. Le soir même, écrit Montholon, « ce pauvre Cipriani servait le dîner de l’Empereur quand il se sentit pris de si violentes douleurs qu’il lui fut impossible de regagner seul sa chambre. A peine sorti de la salle à manger, le malheureux se  roulait par terre en poussant des cris déchirants. » Le docteur O’Méara et Noverraz le portent dans son lit et lui apportent  toute leur aide. Le docteur Arnott et deux autres médecins anglais du 66 e régiment, Buxter et  Henry, dépêchés en hâte par Lowe qui ne veut pas perdre son informateur, se joignent au docteur O’ Méara pour tenter de le sauver .Mais, le vendredi 27 février 1818, Cipriani meurt . Il sera enterré, non pas  dans le lieu qui abritera la dernière dépouille de Napoléon, mais dans le cimetière  qui entoure l’église anglicane, en bordure du parc de Plantation House. Plus tard, il sera  étrangement impossible de retrouver la tombe qui, en 1827, avait été vidée de son occupant  sur ordre du  roi d’Angleterre George IV dans des conditions  que nous allons exposer.
Ce qui a animé Cipriani, c’est la jalousie du bâtard: son suicide est une sorte d’amok corse, provoqué par l’humiliation insoutenable de voir ses traîtrises percées à jour, de perdre la face,d’être démasqué. Mais jusque dans son dernier acte, le suicide à l’arsenic, se glisse une allusion mauvaise à la fin de Napoléon à laquelle Cipriani a trempé parle même poison.
De quoi est mort Napoléon à Sainte-Hélène le 5 avril 1821(son âge était inscrit dans la date de sa mort, 51 ans, 8 mois, 21 jours !) ?
Bien que le problème ait donné lieu à de nombreuses polémiques (on a invoqué en particulier  un cancer de l’estomac, du pylore plus précisément), il semble acquis aujourd’hui, grâce aux chercheurs et historiens américains, que Napoléon a bel et bien été assassiné à l’arsenic , sur ordre des Anglais, avec la complicité active de Cipriani, de O’Méara,de Montholon et du médecin anglais Arnott. Il faut lire à ce sujet René Maury , L’assassin de Napoléon, 1994 , et Ben Weider, Napoléon est-il mort assassiné ?1999.
Hudson Lowe , le geôlier et espion de Napoléon, a dit, en 1818, au docteur O’Méara, Irlandais, mais protestant, que « la vie d’un homme est peu de chose, surtout quand il est responsable de millions de morts et qu’il pourrait l’être encore », l’incitant à assassiner l’Empereur .Napoléon lui-même disait de H.  Lowe : « je suis sûr que cet homme-là a reçu l’ordre de me tuer. »
La jalousie de Montholon , dont la femme Albine était la maîtresse de Napoléon, aurait été un motif , selon certains historiens, de l’assassiner, mais ce motif ne tient pas à mes yeux , car Albine a eu , à Sainte-Hélène,bien d’autres amants, comme le docteur O’Méara ou  le lieutenant Jackson ,  qui, par la suite, l’accompagna en Europe et ne fut pas victime d’ empoisonnement . Ce qu’il y a de certain, -c’est le journal de Las Cases  qui nous l’apprend, - Montholon possédait à Sainte-Hélène un livre sur l’affaire des Poisons qui exposait en détail la méthode de la Brinvilliers administrant  l’arsenic  avec une trentaine de doses sur plusieurs mois et avec le calomel pour parachever l’œuvre et faire que les médecins diagnostiquent, comme chez Napoléon,  un cancer de l’estomac.
Montholon disposait  en 1822 de 50 millions de francs lourds et le voilà ruiné en 1829. Sa complicité dans l’assassinat tient à l’argent et aux ordres de l’Angleterre. Maury se demande qui a fait chanter Montholon pour qu’il se retrouve ainsi ruiné (est-ce Antommarchi qui finira ses jours à Cuba ?).  Dès la fin  de 1817, à une époque,où Cipriani ne s’était pas encore suicidé et jusqu’à la mort de Napoléon en 1821, l’Empereur présentait tous les symptômes d’un empoisonnement à l’arsenic, avec , naturellement, des périodes de rémission qui, loin d’infirmer l’hypothèse, la confirment bien au contraire . C’est une dose massive de calomel qui, associée  à un sirop d’orgeat, et administrée à Napoléon le 3 mai 1821 à l’instigation du docteur Arnott, approuvé par Montholon, qui en connaissait les effets grâce au livre qu’il possédait sur la marquise de  Brinvilliers, mais contre l’avis d’Antommarchi, provoqua une formation foudroyante et mortelle  de cyanure de mercure.
Une affaire compliquée : celle des masques mortuaires de Napoléon.
1 La prise d’un masque mortuaire en 1818 par O’Méara sur le visage de Cipriani et sur ses mains, trois ou quatre jours après son décès, peut-être  le 3 mars 1818.
Le masque mortuaire de Cipriani sera repris par un Corse, le docteur François Antommarchi après la mort de Napoléon, lorsqu’il était de retour à Londres. Il l’a alors remanié pour alimenter pour alimenter la légende impériale. Il nous est présenté aujourd’hui par les historiens comme celui de Napoléon ! Il est vrai que les visages des deux hommes se ressemblaient.
I Le seul masque mortuaire de Napoléon.
Le masque Burton (1821), seul masque authentique de Napoléon, qualifié de « Death mask of Napoleon », exposé aujourd’hui encore à Londres au Royal United Service Museum.Il porte une inscription anglo-française : « L’Empereur Napoleone à Saint –Helena » , Saint -Helena étant  le nom anglais de Sainte-Hélène (voir p . IV du cahier photographique  du livre cité de B. Roy- Henry). Il a été pris  sur le visage mortuaire de Napoléon, mais, comme il n’a pas été jugé convenable pour la légende napoléonienne, on lui préféra le masque de Cipriani pris par O’Méara, mais retouché par Antommarchi, ce qui se prêtait
à merveille au plan anglais de substitution des cadavres ..
II Les masques de Cipriani.
Le masque en cire Noverraz , 1818 et 1828 (photo, p. XII, cahier photographique, op. cit.) ressemble à tous les masques dit Antommarchi. Ce ne peut être le masque de Napoléon, car celui-ci avait été rasé six heures après sa mort, à la différence de Cipriani qui, en 1818, n’avait pas été rasé, et ce masque en cire contient  des éléments pileux ; il a été pris trois ou quatre jours après la mort de Cipriani par O’Méara, en présence du docteur Arnott.

Le masque Arnott ( 1818) .
Il fut vendu par le docteur Arnott, qui était présent auprès du lit de mort de Napoléon, 3000 livres sterling au roi de Wurtemberg. En 1837, son beau-frère, Jérôme Bonaparte , le  roi de Westphalie, en devint le propriétaire et inscrivit : « Arnot [avec un seul t], mai 1821) ». Napoléon rachète ce masque 4000 livres et l’expose  aux Tuileries en 1863, où il est photographié (photo publiée, p . XVI, cahier photographique, op. Cit. ). Puis le masque refait surface  à Nice où une dame Pardee en fait don au Musée Masséna. C’est en réalité le visage de Cipriani pris par le docteur Arnott.
Les masques dit Antommarchi, masques de Cipriani, fabriqués à Londres  en 1827 pour alimenter la légende impériale.
De la tête de  Cipriani  moulée par O’Méara en 1818, Antommarchi fait à Londres avec le dessinateur Rubidge rentré de Sainte-Hélène et avec quelques autres, en 1827,  un premier masque de cire qui finira à Cuba où Antommarchi finit ses jours. Il en fait  une copie en plâtre fin qui lui servira désormais d’ « original » et sera  abondamment dupliqué ; ce prétendu « original » est conservé dans  la chapelle de la Miséricorde à l’île d’Elbe.

Conclusion : le masque Antommarchi est une imposture et représente, non pas le visage de Napoléon, , mais le faciès de Cipriani dûment retouché.
L’affaire des masques mortuaires dits de Napoléon est certes fort compliquée, mais c’est un détail  et cela ne touche que légèrement le point fort de l’histoire, qui est la substitution  du cadavre de Napoléon et son remplacement  par celui du traître Cipriani sous l’auguste dôme des Invalides , une mystification qui dure encore , puisque ce monument vient d’être visité par le Président Trump et son épouse Mélanie.
1840,  le rapatriement  des cendres de  Napoléon et la substitution de Cipriani  à Napoléon par les Anglais.
Le mot cendres  au pluriel est d’emploi noble et désigne, dit le Littré, « les restes des morts », à une époque où l’incinération donnant de la cendre (en ce sens, selon Littré, « poudre qui reste  après la combustion du bois et autres matériaux » comme le corps humain) n’était guère pratiquée.
Napoléon avait dit de façon prémonitoire au Grand maréchal Bertrand, le 27 mars 1821 : « la seule chose à craindre, c’est que les Anglais ne veuillent garder mon cadavre  et le mettre à Westminster [c’est ce qui fut effectivement fait]. Mais qu’ on les force à le rendre à la France ; qu’on le signifie au Prince Régent, de telle manière qu’il ne soit pas tenté de garder mes cendres ; après m’avoir assassiné, c’est le moins qu’il rende mes cendres à la France, la seule patrie que j’aie aimé, où je désire être enterré [ pas la Corse, la terre du traître Cipriani ; pas Sainte-Hélène non plus, la terre où le traître Cipriani est enterré]. » Le 13 avril, il avait déclaré : « je viens d’écrire au Prince régent pour lui demander  de ne pas garder mes cendres à Londres et de les renvoyer sur les bords de la seine. Je lui prédis que s’il me fait un monument ,  John Bull un jour  jurera sur ce monument  la destruction de son trône et la ruine de l’oligarchie .Il verra cela ;ce serait, du reste, un monument de la honte. »Le 23avril, il apostrophe  le docteur Arnott, l’assassin qui prescrira la dose mortelle  de calomel  : « Il ne me reste  plus qu’à aller à Londres (à travers son cadavre ; vivant, Napoléon, prisonnier d’Etat , était déporté, mais mort son cadavre appartient à la Couronne…Vous m’avez assassiné. Je suis venu me livrer  à vous de bonne foi, non au Prince régent que je méprise, ni à vos oligarques : je les connaissais, mais je croyais que le peuple anglais  ne permettrait pas qu’on me traitât ainsi. Mais votre oligarchie est trop puissante. »

La substitution.
1° Premier acte en 1826 après la fabrication et la vulgarisation d’un masque mortuaire frauduleux, celui de Cipriani, donné comme celui de Napoléon, : le retour surprenant du docteur O’Méara , qui avait moulé le masque sur le visage de Cipriani et assisté à son enterrement, donc connaissait l’emplacement de sa tombe, à Sainte-Hélène .
En 1826, le cabinet anglais  chargea le  docteur O’Méara de retourner à Sainte-Hélène pour faire l’autopsie du cadavre de Cipriani, quelque neuf ans après son inhumation , et pour préparer les cadavres  en vue de la substitution de Cipriani à Napoléon en  habillant Cipriani  comme l’Empereur et en transférant son corps dans la tombe de Napoléon, tandis que le corps de Napoléon était provisoirement remisé près des anciennes écuries . Au cours de l’autopsie de Napoléon, l’intestin qui était sain  fut laissé en place. Mais , pour Cipriani,  O’Méara  retira un bout d’intestin grêle qui présentait une grosse perforation due à la dose massive d’arsenic  ingéré et le rapporta à Londres, où il le remit au Collège Royal des Chirurgiens d’Angleterre,sous la rubrique mensongère : « Incipiunt fungus in the glands of intestins of Napoleon », , c’est- à dire les champignons commencent à apparaître  dans les viscères de Napoléon,Il faut rapprocher cette inscription latino- anglaise de l’aveu d’O’Méara à Sir Ashley Cowper : « le fragment d’intestin n’avait pas la provenance qu’on lui assignait » ( c’est -à - dire qu’il ne provenait pas de l’intestin de Napoléon, mais de celui de Cipriani) ; ce prélèvement d’intestin perforé avait pour but de faire disparaître toute trace d’empoisonnement arsenical de Napoléon par les Anglais au cas où les Français voudraient pratiquer une nouvelle autopsie du cadavre qu’on leur donnerait comme celui de Napoléon. Il fut prescrit  par le cabinet que ce fragment accusateur ne pourrait pas être montré avant cent ans et seuls les présidents successifs  du collège  de chirurgiens purent le voir. En 1927, Sir Berkeley Moynihan, nouveau président du collège britannique, le montre au professeur Leriche au cours d’une réception officielle destinée aux médecins étrangers.
2 L’escale intrigante de Lowe à Sainte-Hélène en 1827, ou l’assassin revient toujours sur les lieux de son crime.
Après Sainte-Hélène, Lowe fut nommé en 1825 pour commander les troupes à Ceylan. Il  fut rappelé en cours de mission par George IV  pour se rendre à Sainte-Hélène, où son service consisterait à rapporter en Angleterre  le corbillard qui avait servi pour l’enterrement de Napoléon, avec,  à l’intérieur,  le corps de Napoléon , afin de l’inhumer , de nuit et secrètement,  dans une crypte de l’abbaye de Westminster. Il devait aussi remplacer le cadavre de Napoléon par le cadavre de Cipriani que O’Méara avait habillé comme l’Empereur avec quelques erreurs, qui sont autant d’indices pour nous .Lowe laissa le corbillard , vidé de son illustreoccupant, à l’arsenal de Woolwich. Il fut donné parvlareine Victoria à Napoléon III et exposé dans la chapelle Napoléon de l’église Saint-Louis des Invalides.

3° L’exhumé de 1840.
Il nous faut comparer quelques détails de l’exhumation de 1840 qui, bien curieusement, se passa, sur ordre des Anglais,  en pleine nuit  noire , après minuit , avec l’inhumation de 1821.
Examinons d’abord, dans la relation de Rohan- Chabot du  15 octobre 1840, cette phrase : « Le général Bertrand  fait un bond involontaire, comme s’il était surle point de se jeter dans les bras de l’Empereur. » on peut imaginer sa surprise : il s’attendait à voir l’empereur plus ou moins décomposé et il voit, parfaitement bien conservé grâce à l’arsenic ingéré,… Cipriani lui-même. Mais Rohan -Chabot  avait fait promettre sur l’honneur à  tous les assistants  de ne  manifester leurs sentiments en aucun cas, car tout différend avec l’Angleterre  risquait, disait-il, de déclencher un conflit international, voire une guerre. Aussi le général Bertrand se tut-il.
Premier détail surprenant : la barbe . Celle de l’Empereur avait été rasée six heures après le décès  par son valet Marchand et , contrairement aux croyances populaires, la barbe ne repousse pas chez les morts, en tout cas jamais quelques heures après le décès. Or, le cadavre exhumé  avait une barbe et Cipriani, lui, n’avait pas été rasé après sa mort ;
Ensuite, les décorations  étaient au nombre de trois sur l’Empereur .Manque celle de l’Ordre de la Réunion sur le cadavre exhumé en  1840.
Le cadavre ne porte pas les bas blancs qui lui avaient été mis, et les bottes ne portent plus les éperons d’argent. Surtout, les quatre petits doigts  de chaque pied, nus, dépassent de chaque botte dont les coutures ont été coupées. La pointure de Cipriani était plus grande que celle de Napoléon, ce qui contraignit, pour pouvoir  lui enfiler les bottes de Napoléon , à enlever les bas  et à  découdre, cela se révélant insuffisant , l’extrémité des bottes .Les dents de Napoléon étaient fort mauvaises et noircies, tandis que celles du cadavre de Cipriani sont d’une blancheur éclatante . De plus, les objets personnels mis à côté du cadavre en 1821 (assiette, couteau, etc.) n’ont pas été aperçus en 1840.
Secret d’Etat : les Gorrequer Documents .
Après le 25 juillet 1821, date du départ de h. Lowe, ce fut le gouverneur Gorrequer qui lui succéda  sur l’île .sa correspondance avec le cabinet anglais esr conservée à la Chancellery Direction à Londres et le vice-chancelier bacon déclarait qu’ils étaient « d’une si haute importance politique que leur contenu ne devait pas être dévoilé » et aujourd’hui encore elle n’est pas accessible aux chercheurs. Ils recèlent, «écrit B. Roy-Henry, op. cit., p.171, « la preuve que le gouvernement de Sa Majesté envisageait bien  de rapporter en Angleterre la dépouille de celui qu’il s’obstinait à ne vouloir nommer que le général Bonaparte »et qu’il  avait «  le dessein secret de procéder à une substitution avec le cadavre de Cipriani. » Mais pour cela il devait attendre, par prudence, que le masque de Cipriani (masque dit Antommarchi) soit officialisé comme étant le masque authentique  de Napoléon. Auprès de la petite cour de Marie-Louise d’Autriche à Parme, de son amant Neipperg et de leurs enfants, les époux Burghersh virent les enfants de Marie-Louise et de Neipperg  traîner pour s’amuser le masque qu’Antommarchi lui avait remis (masque dit Burghersh.


lundi 19 juin 2017

CENT ANS APRES : UNE CONSPIRATION EUROPÉENNE APPUYÉE SUR DES RIVALITÉS INTERTRIBALES DANS LE NORD DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE,

CENT ANS APRES: UNE CONSPIRATION EUROPÉENNE APPUYÉE SUR DES RIVALITÉS  INTERTRIBALES DANS LE NORD DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE,
               PAR LE DERNIER DESCENDANT des colons massacrés, Paul -François Griscelli,
ou comment mes grands-parents ont été mangés par le chef                 Noël et par son frère Poigny .
Est-ce les tribus de tendance catholique comme celles de Kavéat qui sont les rebelles, ou plutôt les protestants du chef  Néa , du chef Noël, de son frère Poigny et de leurs hommes ?Kavéat n’est-il pas plutôt innocent et victime, tandis que des coupables comme Néa sont innocentés par la justice ?






 Il n’y a pas eu, en 1917, d’insurrection canaque dans le nord calédonien, mais seulement une agitation fomentée par certains européens qui refusaient de partir au front, auprès de tribus canaques protestantes animées par le chef Néa de Ouanash près de Touho et de Hienghène sur la côte est, par le chef de Netchaot Maurice Poindet, par  le chef de Tiamou Noël (celui qui avait montré son postérieur nu à l’administration au fameux pilou) près de Koné sur la côte ouest. Le racisme antiblanc et non pas le nationalisme était leur  principal moteur. Alain Laubreaux dans son journal Le Messager titrait à la une : « Quand  la Ligue des Droits de l’Homme protestera-t-elle contre le massacre des  colons Grassin et Papin ? », faisant allusion à l’intervention de mon grand-père maternel, Henri Grassin, en faveur des Canaques de Oué Hava dont les cultures étaient dévastées par les divagations du bétail appartenant à un  gros colon  élu  conseiller général , Laborderie, -et à leur massacre par des Canaques  en 1917 à Oué- Hava, dans la Haute- Tipindjé. L’intervention de mon grand-père en faveur des canaques est révélatrice de la mésentente qui régnait entre Laborderie et mon grand-père et pesa  très lourd dans les mobiles de son assassinat en attisant la haine de Laborderie.
Le communard  Claude Petitjean, après son amnistie en 1879, s’était installé dans la Basse- Tipindjé sur une concession de 1050 hectares. Voici le portrait, en 1901, de ce colon : « C’est le plus grand colon de la côte [est]. Il possède 5000 hectares de terres ou forêts, une plantation de caféiers de 1 000 000 pieds, 1200 têtes de bétail qui courent dans les bois, sans compter les chevaux,
30 000 cocotiers pour faire du coprah et occupe un personnel de 180 domestiques, libérés, canaques, hommes, femmes ou enfants (voir, entre autres,  le détail des propriétés dans l’ article de Luc Legeard dans le numéro 137 , 4e trimestre 2003  « Claude Petitjean, de la Commune de Paris à l’œuvre de colonisation et dans deux  articles de mon condisciple Daniel Morignat « Note complémentaire à propos de la famille Petitjean », bulletin numéro 175 de la Société d’Etudes Historiques  de la Nouvelle-Calédonie , SEHNC, 2e trimestre 2013) et Les colons de l’Oué Hava , bulletin n° 181, 4e trimestre 2014, C’est amusant de voir un des plus grands propriétaires fonciers de la colonie professer des doctrines socialistes et révolutionnaires » (17 novembre 1901, Le salut Public). En 1897, il se plaint au gouverneur Feillet de ce que « les canaques de la localité deviennent de plus en plus insolents. C’est à peine si le colon est maître chez lui. » Il achète à Hienghène, à Biganda, 70 hectares de caféiers. Il reçoit, semble-t-il, un parent Edmond- Marie Petitjean (1844-1925), peintre, qui lui laisse un  tableau non signé, dont on s’est demandé à tort si ce n’était pas l’œuvre de Gaston Roullet (articles de Claude Dolbeau-Cornet dans le bulletin de la SEHNC).A sa mort, il laisse sa propriété à sa soeur, Jeanne Petitjean, qui épousera, le 14 janvier 1915, le gendarme Auguste Laborderie (1867-1944). Arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1894, ce gendarme  exerce  d’abord à Touho, puis devient le gérant de Claude Petitjean : après la mort de celui-ci, il épouse sa soeur. Il est élu conseiller général. Suivant  l’usage en vigueur dans la colonie, Laborderie qui n’appréciait pas que la colonie ait loti et donné à des colons les terres sur lesquelles il faisait paître ses chevaux et ses bœufs,  demanda à un homme de paille, un  Indien  nommé Gobalou, qui conduisait ordinairement sa pétrolette sur la Tipindjé, de solliciter 25 hectares en concession et 250 hectares en location pour agrandir ses propriétés : ce n’était  pas un « colon Feillet », comme l’a cru l’ « historien » Saussol.
 On devine qu’il ne portait pas dans son cœur ses voisins Grassin, Papin et Jauneau de la Haute- Tipindjé, lieu  encore appelé Oué Hava du nom d’un affluent de la Tipindjé. Henri Grassin  ou Jules et Emile Jauneau (ces derniers partis de France le 29 janvier 1899),  après un séjour à Koumak pour ces derniers,  ont obtenu, du moins pour Grassin, grâce  aux 5000 francs –or dont devaient disposer les colons Feillet,   25 hectares chacun en concession sous condition d’y planter du café arabica avec 250 hectares de location. Papin n’était pas un colon Feillet originellement mais un immigrant.  L’intervention de son voisin  Henri Grassin à Paris auprès de la Ligue des Droits de l’Homme contre les divagations  du bétail de Laborderie fit déborder le vase.
Comme je rencontrai à Nouméa un ami de mon père, le meilleur  sociologue des mélanésiens, M.Métais, celui-ci me dit : « je vais vous choquer mais nous, blancs humanistes, nous avons tort. »



Qui était mon grand-père Henri Grassin, colon libre comme disent les Calédoniens ou « colon Feillet » suivant l’appellation des historiens?
Né à Souvigné en Indre-et-Loire le 28 juin  1863, François Henri Grassin , tisseur- dessinateur sur soie à la soierie de Saint-Symphorien près de Tours  en Touraine, croyait à la vertu des cours du soir de promotion sociale  qu’il donnait bénévolement aux ouvriers.  C’était un militant syndicaliste et socialiste, grand ami du futur député-maire  socialiste de Tours Morin et il recevait le journal de Jean Jaurès, L’Humanité, à Oué Hava. Il en eut assez des ennuis que lui causaient ses opinions politiques  et décida d’émigrer avec sa famille, après avoir épargné les 5000 francs- or demandés par le gouverneur Feillet aux futurs colons. A Oué Hava, il commence par planter du café arabica, mais découvre l’atteinte de la maladie sur ses pieds d’arabica. Il doit arracher les caféiers arabica et les remplacer par du robusta. Il tient un  petit commerce et vend ses légumes à l’usine de Tao, où il se rend à bord de sa plate. Une gitane à Tours  lui avait prédit  qu’il finirait d’une mort accidentelle et il imaginait que ce serait sur son petit bateau, au cours d’une pêche. Ma mère, Marguerite Grassin, est née à Tipindjé le 6 novembre 1907, elle devint institutrice et devait se marier à un instituteur corse, François -Antoine Griscelli, né à Ajaccio, le 4 novembre 1901.

Qui était le frère aîné de ma mère,   Roger Grassin ?
Un protestant , Jacques Vasseur,   crut bon, à la suite de la parution de mes articles sur le sujet, pourtant prudemment expurgés( « Le massacre des Grassin », bulletin n°51 de la Société historique d’étude de la Nouvelle-Calédonie,  2e trimestre 1982 et Colonisation, histoire et engagement : « Est-ce ainsi qu’on écrit l’histoire ? », bulletin n° 52) ,  de prétendre qu’il y avait une contradiction entre le fait que mon oncle, seul blanc à parler le pinjé, choisi comme interprète par le tribunal, malgré sa partialité évidente, n’avait pas mis en cause la version officielle. Je me crois obligé, maintenant  que ma mère et  mon oncle sont morts tous les deux, de donner des explications.
Mon oncle ne put refuser la fonction d’interprète du pinjé, d’ailleurs payée. Il est remarquable que les accusés ne voulurent pas s’exprimer en français, -la langue de l’occupant, -alors qu’ils la comprenaient fort bien, répondant aux questions du tribunal avant même que mon oncle n’ait commencé à traduire la question.  La traduction était donc contrôlée par les intéressés eux-mêmes, et mon oncle était payé pour traduire, non pour donner son opinion, même s’il savait bien qu’il s’agissait de mensonges. Avait-il le poids contre pasteurs, gros colons et conseillers généraux ? Mon oncle,  né à Tours le 29 avril 1893, était de caractère faible, influençable et alcoolique, ce qui explique que les pressions eurent facilement raison de lui.  
C’est à Tiouandé, le long de la rivière, que bivouaquait en 1919 sur la propriété Ragot l’armée et ses prisonniers. L’armée se garda d’interroger ceux-ci et notamment le plus responsable. Un conscrit du nom de Winchester, qui habitait Koné , à Kataviti,  tendit un piège odieux  à un prisonnier canaque , Poigny,le frère de Noël,  en lui laissant croire  qu’il le laisserait  s ‘évader en traversant la rivière, la Tiouandé,  à la nage. Il n’eut pas plus tôt le dos tourné pour nager qu’il tira sur lui et le tua  (certainement sur ordre) afin de l’empêcher de révéler le secret de la conspiration de 1917. Lorsque les autorités militaires eurent connaissance de  ce crime de guerre et de  cette trahison, Winchester demanda à mon oncle, qui me l’a lui-même raconté, de prétendre que c était lui qui avait tué le canaque Poigny. Il aurait les circonstances atténuantes du conseil de guerre vu le meurtre de son père dont celui-ci était coupable. Mon oncle passa devant le conseil de guerre où il fut défendu par un colon libre de la côte est (à Ponérihouen) ,  Paul Bloc (de gauche à l’époque), arrivé en 1901 comme mon grand-père dont il était l’ami,  et l’affaire fut enterrée. Elle ne figurait même pas sur son livret militaire. Mon oncle n’avait pas compris qu’il était tombé dans un piège et qu’il lui faudrait ensuite raconter ce que voulaient les comploteurs. En réalité Winchester, qui n’avait aucun motif personnel, de vengeance,  désirait faire taire le canaque Poigny et empêcher ses révélations.
Qui était leur voisin et ami  Ludovic Papin ?
Cet ouvrier cirier, célibataire, né  à Nantes le 10 août 1862 et déclaré avec les prénoms Louis, Marie, arrive en Nouvelle-Calédonie le 7 février 1900 par le Polynésien. Il s’attache à ma mère et joue de la guitare, tandis que Henri Grassin joue de la flûte.
Les causes de l’agitation et les principaux partenaires
On était à la fin de la guerre de 1914-1918, mais on ne savait pas quand elle finirait et les départs de quatre contingents pour le front avaient suscité de la résistance chez ceux qui craignaient de partir, comme la mutinerie de  Bourail à l’occasion  du départ du El Kantara pour la métropole .José- Louis Barbançon a raison d’insister sur ce point. Ceux qui refusaient d’aller se battre voulaient créer en Nouvelle-Calédonie un abcès de fixation en fomentant un début de rébellion canaque qui aurait rendu nécessaire leur maintien sur l’île et qui leur aurait permis, accessoirement, de faire disparaître un certain nombre de Canaques. .  Citons l’assassin de Poigny, Josiah Winchester, fils d’un tahitien et de Emma Winchester (1867-1956),  installé à Koné (Kataviti) et agissant pour les mobilisés de Koné. On peut ajouter un  bagnard de droit commun originaire
 du Maroc,  Mohamed Ben Ahmed, arrivé par le Calédonie le 29/09/1883 et  qui avait bénéficié d’une concession , agissant pour ses  coreligionnaires musulmans menacés d’un départ pour le front, mais chez «  cet Arabe », ainsi qu’on se contente le plus souvent de  l’appeler , sans autre précision,  comme il est question de  l’Arabe dans l’Etranger de Camus , il faut aussi compter  avec le racisme antifrançais et le désir que « Guillaume » triomphe de la France.
On a évoqué le cas des  lépreux mécontents de leur isolement, comme Pierre Delhumeau, fils de Félix Delhumeau (né vers 1827), lépreux aussi,  employé chez Laborderie en 1907 (né en 1856), qui, selon Edouard  Normandon,  aurait fait partie de ceux qui remuaient les Kanaks, profitant des dissensions  religieuses entre tribus catholiques et tribus  protestantes, sur un fond de guerres coutumières. On  retrouve Pierre Delhumeau, le lépreux, ce comparse de Laborderie,  vendant à Petitjean le lot 13 bis de 5 hectares 83 centiares à Tipindjé.  Le but de Pierre  Delhumeau aurait été d’obtenir la suppression des mesures d’isolement concernant les lépreux comme lui. La mère de Pierre, Mélanie Théotiste Savis,   aurait abandonné, dit-on,  son mari et son fils lépreux, pour aller vivre dans la région  de Yaté avec un métis mélanésien dont elle eut des enfants, en particulier  Victorin Delhumeau, acte 99 bis, le 10/11/ 1877, par jugement du 29/08/1879, acte 71, à Nouméa.
  D’un côté les catholiques et païens, menés par le grand chef de Ouenkout et de Oué Hava, Kavéat, plutôt favorable à la présence française qui les protégeait  des insulaires protestants; de l’autre, les tribus protestantes des Poyes et de Ouanache, menées par Néa, plutôt hostiles à la présence française. A Néa s’adjoignaient sur la côte ouest, vers Koné, les tribus qui obéissaient au chef Noël et au chef Poindet . Quand on pense qu’une stèle a été construite, en 2008,  pour rendre  hommage à Noël dans sa tribu de Tiamou,  à Koniambo ! Heureusement,  des jeunes de la  tribu l’ont détruite, estimant à bon droit qu’un cannibale sadique n’avait pas à être honoré.
Et pourtant ! Un nègre parisien, David Sagnot, dans l’affaire de l’assassinat  et du viol sur le pont de Neuilly de deux femmes blanches  âgées de plus de 50 ans, s’est pris tout récemment  pour un guerrier sanguinaire qu’il appelait  Tein Kanaka :   ce grand lecteur avait trouvé en bibliothèque le  livre de Rosélène Dousset- Leenhardt, Terre natale, terre d’exil,  consacré à Ataï, mais avec la photo de la tête coupée du chef Noël sur la couverture. La tignasse du Kanak Noël ressemblait à la sienne et aidait à cette  fatale identification schizophrénique, dont Marc Machin, 19 ans, fit les frais, en se faisant accuser à tort du premier meurtre  jusqu’au jour où le juge Courroie reprit l’affaire en main. Madame Rosélène Dousset-Leenhardt a supprimé la photographie qui adornait la page de garde sur les autres éditions et fait la chasse, semble-t-il, sur PriceMinister aux anciens exemplaires pendant un certain temps.

L’assassinat du chef Kavéat , dont le corps a été retrouvé, longtemps après sa mort, dans un creek,  qui  aurait pu donner des informations intéressantes, et qui était favorable à mon grand-père et plus généralement à la présence européenne (sa sœur était mariée à un stockman européen, nommé Guillemard, gérant de la station Gros à Pamalé, à Neouyo), peut être attribué à Noël A la fin de la rébellion, une prime avait été promise par le gouverneur Repiquet à qui permettrait la capture de Noël. Mais c’était plutôt le désir de faire taire un complice gênant qui anima Mohmed Ben Ahmed,  un commerçant arabe de Koné, de Koniambo plus exactement,  chez  qui  Noël allait s’approvisionner  et qui était bien au fait de la rébellion : l’arabe, avec l’aide peut-être d’un Javanais à son service,  lui trancha la tête avec un tomahawk (hachette, prononcer tamioc) (carte postale à 500€, sur laquelle on voit  le manche du tamioc, sur d’autres cartes postales,  arrangement « esthétique » avec un faisceau d’armes canaques : casse-tête à bec d’oiseau et deux autres casse-tête ) et l’apporta aux gendarmes. Ceux-ci, loin de lui remettre la prime attendue, le firent emprisonner aussitôt pour l’interroger. C’est à la suite de l’interrogatoire de Ben Ahmed que l’on sut les vraies raisons de cette agitation. Le PV est daté du 19 janvier 1918 (lendemain de l’interrogatoire) et le rapport du gouverneur Repiquet est  indiqué comme « très confidentiel, sans copie, sur les vraies causes de l’insurrection ». Ce  PV a été rédigé à la suite des aveux  du meurtrier arabe.  Un autre dossier, n°345, également intéressant, concerne aussi  le meurtrier arabe. Celui-ci  s‘était mis à table rapidement, si bien qu’il fut obligé de quitter Koné pour Pouembout par crainte de représailles des blancs incriminés par lui. Le gouverneur préféra garder le secret à cause du membre du conseil général Laborderie et des colons impliqués, car Ahmed indiquait bien que Laborderie avait  profité de cette agitation pour que mon grand-père et son voisin Papîn soient éliminés.



L’origine de l’agitation et la prophétie autoréalisatrice  du Bulletin du commerce.
Un article « prophétique », en date du 10 février 1917, date où il n’y a pas de rébellion,  anonyme bien entendu, censé provenir de Koné, mais provenant de Hienghène (Biganda , propriété de Laborderie) , parut dans le  Bulletin du Commerce de M. Henri  Legras. [Les Canaques], disait-il, «  s’inquiètent constamment des dates de départ [allusion à la date , prochaine, du 15 mars 1917, sur l’El Kantara, avec la mutinerie de Bourail] de ceux qu’ils savent touchés par la mobilisation.  Il est de toute nécessité de prévoir des événements sanglants en rétablissant le poste militaire de Koné, avec un effectif suffisant, toutefois, pour se porter rapidement à Voh et à Poembout, localités non seulement menacées par ces Canaques toujours turbulents, mais aussi par ceux des tribus de Hienghène. A Hienghène, le rétablissement d’un poste militaire s’impose ; ce poste devra même pouvoir fournir de petits détachements qui protègeraient des colons isolés et toujours menacés d’être massacrés les premiers. » Suivit un autre article, daté du 5 février 1917 et localisé à La Foa, mais émanant du même auteur : «  Retrouverons-nous  nos caféeries et nos cultures si nous revenons [du front] ? Nous sommes prêts à faire notre devoir, comme nos frères qui sont au front. Mais il est vrai que l’administration n’a pas exposé (au gouvernement de la métropole], sous son véritable aspect,  la situation. »  Henri Legras  a toujours été embarrassé par ce qui est l’annonce des  meurtres de H. Grassin, de son épouse et de son voisin et ami L.  Papin. Le grand historien de la Calédonie,  Bernard Brou,  qui s’était montré fort circonspect dans son Histoire de la Nouvelle-Calédonie sur ces événements de 1917,  m’a raconté comment  le fils de Henri Legras, Fernand Legras lui avait dit d’un ton peiné : « Alors nous [mon père et moi] ne vous avons  pas convaincu sur la rébellion canaque de 1917 ? Pourtant,  nous avons  publié l’intégralité du procès des meurtriers. »Il faisait allusion aux deux Kanaks guillotinés,le 8 octobre 1920,Emile Oué et Doui Iatein
L’envoi de militaires … mais d’abord à Biganda chez Laborderie , puis à  la station Laborderie à la Basse-Tipindjé , enfin à Ouelis à 4 kilomètre de cette station !
Le Bulletin du commerce, au 18 mars 1925 dont le directeur semble  pris tardivement  de remords, écrit : 
« Nous devons parler tout d’abord d’un adjudant  mobilisé [Bécu], lequel, après tant d’autres fautes commises, semble avoir à supporter la responsabilité capitale de ce sombre drame [le massacre de Henri Grassin, de son épouse, de L. Papin et d’un Indonésien à leur sevice Santaviredjo].
« Voici, continue Le Bulletin du Commerce, le résumé de la déposition du sergent Maillet devant la Cour d’assises de novembre 1919.
« Le sergent Maillet  a été envoyé dans la région de Hienghène [à Biganda, chez Laborderie], avec un détachement, lequel était commandé par l’adjudant Bécu. Il remarqua dans les ordres qu’il recevait [de Bécu] une certaine hésitation, résultant probablement d’influences [celle de Laborderie, car Bécu se trouve chez lui, dans son habitation, à Biganda dans la vallée de Hienghène, où se trouve aussi le détachement de Maillet]. »
Mon grand-père s’était plaint une première fois. auprès du gouverneur Repiquet. Celui-ci télégraphia à Bécu à Biganda l’ordre de se rendre « à Tipindjé », c’est-à-dire au centre européen de Tipindjé, qui abritait plusieurs colons de la Haute et Moyenne Tipindjé, et le centre d’état-civil (qui sera d’ailleurs brûlé en même temps que la maison de mon grand-père et qui concernait les mélanésiens et les européens). Ainsi, Thiéou, le petit chef de la tribu de Oué Hava, est-il dit  chef de la (haute)Tipindjé.]
« Le 9 juin, à la suite de l’attaque de la station Gros, l’adjudant Bécu l’envoya à la grande station Laborderie [Basse-Tipindjé,  que notre criminel et lâche   adjudant s’obstinait à appeler Tipindjé tout court].  Le témoin [Maillet] demanda à l’adjudant Bécu si, de ce point [la grande station Laborderie],  il pouvait détacher des patrouilles et reconnaissances dans la direction de la Moyenne Tipindjé, où se trouvait un groupe de colons [Grassin, Papin, etc.]. L’adjudant refusa, en lui enjoignant de rester chez Laborderie et ajouta : « Je dois savoir lire les ordres que je reçois. J’obéis. »
Le 11 juin, à la suite d’une nouvelle intervention de mon grand-père, cinq jours avant le massacre, les ordres du gouverneur Repiquet portaient l’injonction pour les militaires d’avoir à se rendre « chez Grassin, à Tipindjé ». C’était clair, cette fois; mais Bécu désobéit encore sous prétexte que Grassin habitait, non pas Tipindjé, mais Oué Hava et se contenta de déplacer ses hommes de la grande  station Laborderie dans la Basse Tipindjé jusqu’ à la tribu de Ouélis, toujours  dans  la station Laborderie , à 4 kilomètres de la grande station Laborderie,
  A noter que, quoi qu’en aient dit les militaires postés  sur la rive droite,   la rivière Oué Hava  n’est guère profonde au niveau des propriétés Grassin et Papin et qu’elle y  est guéable  à pied presque sec à marée basse. C’est sur la rive gauche que se trouvaient la propriété Grassin, la maison secondaire de Papin bâtie sur la propriété Grassin, et , bien en aval, à 4 kilomètres,  la grande station Laborderie. Sur la rive droite  de la Oué Hava se trouvait, sur la propriété de Papin, son habitation originelle  . Sur la rive gauche de la Hienghène, se trouvait une autre habitation des Laborderie,  près de Galnida et Biganda, nom altéré par le colonel Curicque, royaliste, héritier par sa femme née Fouchier –Laborderie  dont la femme de Albert  Etuvé,fils de Mademoiselle Etuvé,  homme de droite, ongtemps secrétaire de l’assemblée,puis  président du Congrès (sa femme travaillait sous ses ordres à l’Assemblée territoriale) et membre de la SEHNC (héritière avec d’autres comme les Decize, les Coutant, la femme de Maître Rolland et celle de Ferrand, l’adjoint au maire de Nouméa), en Puiganda, de façon à  pouvoir faire de grotesques  armoiries : un puits, un gant et la moitié d’un cheval ou dada. .
Le piège du 10 février 1917, à un moment où il n’y a pas de rébellion, mais où paraît l’article du Bulletin du commerce : l’arrestation du petit chef de la Oué Hava, Tiéou, chez mon grand-père, en présence de ma mère et de son frère, militaire en permission en temps de guerre.
Roger Grassin faisait son service militaire à Nouméa et il eut la bonne surprise de recevoir une permission qu’il n’avait pas sollicitée, mais qui avait été demandée pour lui afin qu’il puisse se rendre chez ses parents. Le piège, dès lors,  était en place. Le gendarme de Touho Saint-Martin, ami de Laborderie qui avait aussi été gendarme à Touho,  décida, à l’instigation de Néa, cette arrestation pour une broutille: refus de Tiéou, le petit chef de Oué Hava, de fournir des hommes au géomètre  et  refus  de  se rendre à la gendarmerie de Touho pour en rendre compte. Néa savait bien qu’il se rendait fréquemment au commerce voisin  de Henri Grassin, en qui il avait confiance. Chez Henri Grassin, le gendarme exigea l’aide du militaire Roger Grassin qui se trouvait sur les lieux afin d’arrêter le chef, de façon à compromettre le colon aux yeux des indigènes. Mais Tiéou, au bout d’une quinzaine de jours, fut seulement  exilé à l’île des Pins où il demeura pendant toute la rébellion et, comme par hasard, il  ne fut jamais interrogé au procès.   Kavéat , lui, ne s’y est pas trompé et il  a déclaré au  colon libre Petrus  Poulet de Hienghène : « Néa veut être le chef de toute la Tipindjé et c’est pour cette raison qu’il a fait « emboîter » (mettre en « carabousse », en prison) Tiéou. Grassin, c’est colon. Pas gendarme, pas police », niant tout complot dans lequel Henri Grassin aurait trempé pour arrêter Tiéou (Pourquoi d’ailleurs ?). C’est en effet le chef de Ouanach, Néa, qui, complice de Saint-Martin, conduisit l’infortuné Tiéou chez mon grand-père, une scène à laquelle assistait ma mère qui, terrorisée par le bruit, se cacha dans le grenier. Au procès, Néa déclare : « Thiéou avait reçu l’ordre de l’administration (du gendarme de Touho , Saint –Martin) de fournir des hommes au géomètre et comme il ne répondit pas aux convocations des gendarmes, son arrestation fut décidée (par qui ? bien évidemment, par Saint-Martin à l’instigation de Néa). Elle eut lieu chez Grassin, chez lequel il [Thiéou] avait été conduit par lui [ Néa]. Le chef Thiéou a été arrêté et lié, puis il fut conduit à la gendarmerie de Touho,  par le gendarme Traynard (subordonné de Saint-Martin).Les indigènes de Oué Hava étaient accourus pour délivrer leur chef, mais lui, Néa, les en empêcha. » Henri Grassin n’intervient pas dans cette arrestation. Saint-Martin requiert le militaire Roger Grassin, fils de Henri Grassin, en permission en temps de guerre, et qui ne peut donc refuser d’obéir,  refuser d’aider le gendarme Traynard  à faire monter Thiéou  sur un cheval. Selon le Bulletin du commerce du 29 août 1919, rapportant la déclaration du gendarme Saint-Martin : « C’est lui [Saint-Martin], qui, à la requête des colons (pluriel de majesté pour le seul Laborderie et non pas Grassin ni Papin ; en réalité, Néa], a demandé l’exil [à l’île des Pins] de Thiéou ». Le gendarme Saint-Martin n’hésite d’ailleurs pas un seul instant sur le responsable du massacre des Grassin et de Papin : il nomme Néa, l’homme qui a tendu la souricière à Thiéou.
La collusion du gendarme de Touho, Saint-Martin,  et de Laborderie.
C’est à Biganda , à Hienghène, chez Laborderie, que , après l’arrestation de Thiéou, le gendarme de Touho , Saint-Martin, passa quelques jours et rendit compte de l’opération à celui qui l’avait commanditée.
Le sort de ma mère
Tandis que Roger Grassin faisait son service militaire à Nouméa et par conséquent ne craignait rien, mon grand-père fut prévenu de l’imminence d’une attaque par la sœur de Kaveat , le  grand chef resté païen de la tribu catholique de Ouenkout,  savoir Madame Guillemard, née Kavéat. Si l’on avait vraiment cherché la vérité au procès, on aurait dû interroger la sœur de Kavéat, qui parlait un excellent français  et son époux M. Guillemard.
  Le 9 juin, la station Gros à Neouyo , dont M. Guillemard était le gérant,  fut attaquée par  Noël et incendiée par la tribu de Tiamou (Koné), mais son gérant,  Guillemard , averti par son beau-frère Kaveat,  eut le temps de fuir. Les hommes de Noël dévoilèrent le plan de leur chef et révélèrent  aux deux femmes autochtones qui étaient restées, notamment Madame Guilllemard , qui parlait leur langue,  la prochaine cible qu’on leur avait fixée  : les Grassin et Papin à Oué Hava. A pied, Madame Guillemard qui avait reçu des instructions de son mari se rendit des environs de Neouyo à Oué Hava pour prévenir Henri Grassin. Elle arriva dans l’après-midi  du  15 juin, la veille des meurtres.  Mais mon grand-père se  refusa à quitter sa plantation, d’abord parce qu’il avait confiance en général dans les Mélanésiens dont il se savait aimé, en particulier dans ceux de la tribu de Oué Hava : n’avait-il pas pris leur défense contre Laborderie à propos de la divagation du bétail sur leurs terres ? De plus, il bénéficiait de la protection du  grand chef de Ouenkout, Kavéat. Devait jouer aussi la  peur que sa propriété ne fût incendiée comme l’avait été, entre autres,   la station Gros,  car la saison de la récolte du café battait son plein et il avait racheté la récolte de son voisin Jules Jauneau, né en 1880,   appelé à Nouméa pour faire son service militaire. Madame Guillemard, née Kavéat, lui dit : « Puisque vous ne voulez pas partir, laissez-moi au moins la  petite Marguerite. »  C’est ainsi  une femme mélanésienne de la tribu de Oueenkout  qui sauva ma mère. La veille du massacre, à la fin de l’après- midi,  Madame Guillemard et ma mère longèrent la rivière  pour se rendre à pied à la station Laborderie, à 4 kilomètres environ.
  C’est là  qu’un soldat dit  à ma mère, le 16 juin, sans ménagement : « Ton père et ta mère ont été tués. »
Que faire de l’orpheline ? Les Laborderie , qui n’avaient pas d’enfant, proposèrent de l’adopter. A quoi se récrièrent avec indignation les amis de la famille : un colon libre de Ponerihouen,  Paul Bloc, né à Montpellier,  et Eugène Ragot, colon d’origine réunionnaise installé à Tiouandé. Il fut créé un conseil de famille qui décida de confier l’orpheline à Mademoiselle Gabrielle Ragot (qui tint longtemps le General Store à Nouméa) durant l’année scolaire et à Paul Bloc pendant les vacances scolaires. Le conseil général vota une bourse octroyée à Mademoiselle Gabrielle Ragot.
Le 16 juin 1917, de bon matin, un jeune que Monsieur  et Madame Grassin connaissaient et dont ils ne se méfiaient pas, un  familier du magasin, vint demander à Madame Grassin où était son mari. Elle le lui dit ; alors  les rebelles, qui étaient embusqués, sortirent de leur cachette et tuèrent Henri Grassin de deux coups de feu, puis Madame Grassin, d’un coup de tamioc à la tête, puis au cou.. C’est le fils de Madame Grassin  qui retrouva le cadavre de sa mère,qui avait été déplacé,  vingt jours plus tard.
 PV de gendarmerie du 5 juillet 1917 (Hienghène) constatant la découverte et l’inhumation de Madame Grassin, tuée le 16 juin 1917 par les indigènes rebelles
« Comme suite aux PV numéros  28 et 29 de notre brigade  en date des 19 et 28 juin dernier relatifs au meurtre des époux Grassin, le 3 juillet, vers 17 heures,étant en notre caserne,  le Capitaine Sicard, commandant de la section volante cantonnée chez M . Laborderie à Tipindjé nous a prévenu par téléphone que le cadavre de Madame Grassin avait été découvert à environ 300 mètres de son habitation par des hommes rentrant de reconnaissance dans la vallée de Oué-Hava [le gendarme ne mentionne pas le fait que c’est Roger Grassin,  le fils de la victime, faisant son service militaire, qui a découvert le corps de sa mère , Clémence  Maloisel, née le 15 février 1866 à Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados), qui s’était mariée  avec François Henri  Grassin  le 26 juin 1886 à Tours ; elle travaillait comme dévideuse de cocon à la même soierie de Saint-Symphorien que son mari.  Clémence avait 35 ans à son arrivée en Nouvelle-Calédonie en 1901 et 51 ans à sa mort en 1917. Elle eut  deux enfants : Roger, né à Tours le 29 avril 1893 et mort à Plum  le 1er juillet 1965, venu avec ses parents en Nouvelle-Calédonie à l’âge de 8 ans et Marguerite, ma mère, devenue orpheline à 9 ans, seule européenne avec Lucien Jauneau à être née à Oué Hava et à avoir été déclarée au centre d’état-civil de Tipindjé tenu par son père, le 6 novembre 1907. Lucien Jauneau devait, lui, être déclaré à
Hienghène. ]
« Hier, 4 juillet, nous nous sommes aussitôt rendus à Tipindjé où 19 hommes de troupe [dont Roger Grassin],  mis à notre disposition  par le Capitaine Sicard, nous ont accompagné sur les lieux du meurtre sis dans la vallée de Haute-Tipindjé.
Là, à environ 300 mètres de l’habitation Grassin et à 15 mètres à gauche du sentier qui conduit à la tribu de Oué-Hava , nous constatons que le cadavre, que nous reconnaissons pour être celui de Madame Grassin (formule traditionnelle  que rien ne justifie, sauf la vraisemblance , comme : « Le docteur  Livingstone, je présume ? », à moins que le nous n’englobe le fils de la victime, présent,  que le gendarme ne nomme jamais), est dans un état complet de putréfaction. Il est couché sur le dos, les jambes allongées et jointes, les bras allongés le long du corps, la tête légèrement penchée à gauche, dépourvue de chairs et du cuir chevelu, Une tresse de cheveux grisâtres existe sur place. La tête nous semble sectionnée, sans que nous puissions être affirmatif sur ce point, car elle se détache très facilement du tronc et ne porte aucune trace de fracture ; la mâchoire inférieure est détachée. Les membres, dépourvus de chair [il s’agit  de l’enlèvement des chairs des membres aux fins de cannibalisme],  sont intacts, apparents sous les effets. Elle est nu-pied [elle a perdu ses sabot dans le transport de son cadavre et  on retrouvera le sabot du pied droit], portant des bas noirs, une jupe courte à carreaux rouges et noirs et un corsage noirâtre boutonné sur le devant. Près du bras droit existe un tablier de femme à points grisâtres portant deux empreintes  de pied recouvertes de poussière. Aux alentours de ce cadavre, les herbes sont souillées, mais nous ne relevons aucune trace de sang. Sur le côté droit du sentier, à 20 mètres du cadavre, au pied d’un cocotier, nous retrouvons un sabot de femme du côté droit.
  « Nos constatations terminées, nous avons requis M. Laborderie, propriétaire à Tipindjé, de mettre à notre disposition le personnel nécessaire pour l’inhumation de ce cadavre, ce qui a été fait en notre présence [par la suite,  il sera transporté sur un terrain généreusement prêté par Eugène Ragot à Tiouande,  où sera bâti  le  monument qui abritera les  victimes].
 « Avant d’évacuer la vallée de Haute- Tipindjé, nous nous sommes rendu à l’habitation Jauneau, où nous avons constaté que depuis notre dernière enquête [le 16 juin] (P.V. 329) un nouveau feu avait été allumé [le 17 juin] dans la chambre à coucher de ce local.Tous les ouvrages de lecture, journaux etc., etc. sont réduits en cendres. Le bâtiment  lui-même  reste intact, sauf les déprédations relatées précédemment…Signé Chapdeville. »
Le cannibalisme dont témoigne l’état du cadavre  appelle de ma part certaines réflexions. Il s’agit d’un cannibalisme très particulier, dont on retrouve la trace dans les Asturties à l’intérieur de la grotte d’El Sidron : le cannibalisme des hommes de Néanderthal. En effet, les joues humaines  (cf les joues de porc) seraient un morceau très friand, mais il oblige à découper les maxillaires. La chair des  membres, la tête coupée sont  moins caractéristiques.
 Des conscrits polynésiens  postés sur la rive droite de la Oué Hava racontèrent qu’ils avaient vu de l’autre côté de la rivière, sur la rive gauche, Madame Grassin entre deux Canaques qui l’entraînaient. Ces militaires étaient sur la rive droite de la Oué Hava et ils ont prétendu ne pouvoir la traverser, étant donné sa profondeur, ce qui est faux. La terreur leur a fait trouver ce prétexte.
Observations sur le PV.
Le corps est disposé de façon bien trop ordonnée  pour qu’il ne s’agisse pas de mise en scène. Comment, d’ailleurs,  aurait-on pu lever la chair des membres en laissant en place les vêtements ? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de sang sur l’herbe à côté du corps, bien que l’herbe ait été « souillée » par des organes ? Elle a été tuée et dépecée ailleurs, à l’endroit où se trouvait le second sabot, celui que précisément on n’a pas retrouvé.  Pourquoi son cadavre  a-t-il  été charrié sur 300 mètres par deux canaques, Paraoui et Mangou Khella (scène  aperçue  par les Tahitiens), à l’endroit où son fils l’a retrouvé ? Vraisemblablement, son cadavre a été déposé sur le sentier de la tribu de Oue Hava pour  impliquer celle-ci et pour faire croire qu’elle était l’auteur de l’assassinat, elle qui aurait voulu, prétendaient les rebelles,  se venger de l’humiliation de l’arrestation  de son chef Thiéou. Ruse, feinte et fourberie intercanaques.
Le scénario du meurtre peut être rétabli ainsi : dans la maison,  ma grand-mère reçut un premier coup de tamioc (tomahawk, hachette, machette) à la tête qui la scalpa et la tua ou du moins lui fit perdre connaissance. Un second coup de tamioc la décapita ou peu s’en faut, la tête tenant encore au cou. Le sang a dû se répandre dans la maison.
A propos du tablier déposé à côté d’elle,  on peut supposer que nos  deux  Canaques superstitieux, qui étaient des  étrangers sur le territoire de la tribu de Oué Hava où ils avaient transporté le corps en perdant les deux sabots et en étant aperçus par les militaires tahitiens figés de l’autre côté de la rivière, soient allés chercher un bout d’étoffe, un tablier en vente, dans la maison où ils avaient mis le feu ?  Un des deux  canaques l’a déplié à côté de son cadavre et a  posé ses  pieds poussiéreux sur le tablier afin que ses pieds  n’aient pas  de contact tellurique avec une terre qu’il avait souillée par le dépeçage cannibalique  et qui, pour son esprit primitif, pouvait vouloir se venger.  De là les traces de ses deux pieds sur le tablier, qui ont été laissées tandis qu’il se penchait sur la morte pour briser la mâchoire inférieure et découper ses joues, ainsi que  pour enlever la chair de ses  bras et de ses  jambes.

Les assassins
 On ne sait pas avec certitude le nom de ceux qui ont assassiné ma grand-mère. Peut-être est-ce les mêmes que ceux qui, à coup de tomahawk (hachette, prononcer tamioc),  ont aussi décapité l’Indonésien Santaviredjo  au service de mes grands-parents, savoir Paraoui et Mangou Kella . « Un Javanais, qui travaillait pour Grassin, s’est  sauvé et a grimpé tout en haut d’un manguier. Ensuite les rebelles sont repartis…. » (Mwa Vee, bulletin n° 62,  le canaque oublie de dire qu’ « ensuite » un coup de tamioc régla son compte au Javanais) .
Qui a tué et dépecé Henri Grassin ? 
  C’est  le frère de Noël, Kaieu Poigny  Son neveu raconte (Mwa Vee, n°62) : « Les gens de Koné sont arrivés chez Kavéat [à Ouenkout, mais Kavéat n’y était plus]  et c’est de là ( [de Ouenkout] qu’ils sont partis  pour tuer du blanc à Oué Hava, le colon Grassin, qui était commerçant. Grassin était jaloux de Kavéat  à cause de sa femme «  [laquelle des quatre épouses du chef ? N’importe quoi !] Mon oncle jugeait Poigny  comme l’assassin de son père,  celui que Winchester tua, en janvier 1918, à Tiouandé où il était prisonnier.
 Quant à L. Papin, la scène du crime n’a pas eu lieu dans  sa maison officielle sur sa concession et sur la rive droite de la Oué Hava, mais dans  une maison secondaire plus proche de l’habitation de mon grand-père et qu’il avait bâtie sur la concession de mon grand-père,  avec son autorisation, sur la rive gauche de la Oué Hava. En effet, Ludovic Papin  avait été malade et dans l’incapacité d’appeler mes grands-parents à l’aide pendant une semaine et il avait failli en mourir (Voir Vie et mort de  Ludovic Papin chez les Canaques, L’Harmattan, 1999, -un émouvant recueil de lettres adressées par le colon à ses parents en métropole).Quand l’adjudant Bécu, de Biganda, le 16 juin, à 11 heures du matin, envoie un télégramme au gouverneur disant : « canaques de Laborderie ont entendu coups de feu (il n’y en a eu que deux) et gémissements (de Papin,ou du Javanais avant qu’ils ne soient décapités ? Peu vraisemblable, vu la distance !). Envoyé immédiatement sur les lieux deux caporaux (dont fils Letocart), dix hommes (des conscrits tahitiens).  Ont essuyé coups de feu avant d’atteindre maison en flammes (il s’agit de la première maison de Papin, celle où il n’était pas) ; ont riposté et poursuivirent les rebelles jusqu’à la rivière, puis rebelles introuvables. » Il se contentent d’observer et croient  apercevoir, sans intervenir,  sur  l’autre rive, deux canaques entraîner Madame Grassin.  .Il semble que ce soit Noël,  assisté de Poindet, le chef de Paola et de Netchaot ,   qui, après avoir insulté Papin et l’avoir  traité de « Lâche ! »,  l’ait  tué dans la seconde de ses maisons, près de celle de Grassin. .  
 Ils ont retiré le cœur de ces trois  victimes, Henri Grassin, Ludovic Papin et l’Indonésien afin de le manger cru, puis enlevé les foies et les rognons (testicules) afin de les faire partager au sorcier Paëtou.



Le sort de deux   responsables : le chef Noël et son frère Poigny.
Le 18 janvier 1918, Noël est décapité par son complice arabe à Koniambo. Le même mois, à Tiouandé, Winchester fait taire à jamais son frère Poigny.
Le sort de Kavéat , victime innocente  de l’insurrection.
Quant à Kaveat, son cadavre  décomposé a été reconnu,   le 16 février 1918,  dans un creek (ruisseau) : il en savait trop long, il devenait ainsi le bouc émissaire idéal et on peut penser que c’est Néa qui l’a fait  tuer. Kavéat avait déclaré au Père Murard         : « Je n’ai fait aucun mal aux européens. C’est à cause de Néa que je suis dans la brousse (que j’ai pris le maquis pour  fuir les autorités). Je descendrai [au bord de mer, je me rendrai aux autorités] quand Néa sera puni. »Ainsi disparaissent, presque en même temps,  trois  témoins bien gênants, Kavéat ,  Noël et Poigny . Sans jeu de mots, la rébellion est décapitée.


La tribu de Ouélis : revendications
Le leader canaque indépendantiste  Jean –Marie Tjibaou appartenait à la tribu catholique de Tiendanit. Son père, Ti Venceslas, m’a toujours assuré que sa tribu n’était pour rien, étant catholique, dans les troubles de 1917. Mais son fils avait besoin, lui, d’inventer un passé familial  de résistant à l’occupant .Aussi parla-t-il de sa mère, originaire de la tribu de Ouélis, tribu catholique   à 4 kilomètres environ de la propriété Laborderie et où les troupes étaient cantonnées : elle aurait été molestée , selon lui, par  l’armée.  Cela donna un amusant quiproquo : on peut lire dans Gabriel Païta, témoignage kanak, d’Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie, 1929-1999, par les métropolitains  Jérôme Casaumayou et Thomas de Decker, L’Harmattan, 1999, que la mère de Tjibaou était wallisienne (de Wallis et Futuna), au lieu de wellisienne , de la tribu de Ouélis!

La pseudo- attaque de la station Ragot, le 16 juillet 1917, à Tiouandé.
 On raconte souvent que la station Ragot ou plus exactement l’habitation fondée par  Higginson à Tiouandé, d’où la rivière permet d’accéder à la tribu de Ouanach par de jolis arroyos bordés de  palétuviers,  fut attaquée par les hommes de Néa et leur chef, Néa. . Rien n’est plus inexact. La propriété de Tiouandé de 80 hectares, avec une maison de pierre construite vers 1900 par des libérés du bagne, avait fait partie des mille hectares d'une concession de Higginson .Ce grand homme d'affaire et entrepreneur de mines de nickel et autres minerais, né le 13 novembre 1839 à Itchen (Southampton), mort à Paris , 2e arrondissement,  le 24 octobre 1904,  l'avait louée à une Anglaise, Madame Wilson, et le père d'Eugène Ragot arrivé de la Réunion s'était lié d'amitié avec Higginson à Ouégoa, où il s'était installé au lieu-dit la Boulange, comme boulanger. Il lui acheta 80 hectares et l'habitation, ainsi qu'à Nouméa, rue de Sébastopol, une maison coloniale en bois . Eugène Ragot naquit d’ailleurs  à Ouégoa. Le chef protestant  de Ouanache . Nea , le père du conseiller territorial Néa Kiolet Galet,  était l’ami du  colon de Tiouandé , Eugène Ragot,  et vint en personne le prévenir que sa famille et lui-même devaient s’en aller, s’ils tenaient à leur vie  : Néa ne pourrait refuser d’attaquer la maison du colon vis-à-vis de ses hommes. Craignant le  pillage et l’incendie  de ses biens, Eugène Ragot hésita beaucoup  et  lui arracha la promesse de ne pas attenter à sa propriété.  Il s’en alla avec sa famille sur l’îlot Camille, ainsi appelé , après 1946, à cause du métis japonais ou plutôt d’Okinawa, Camille, né en 1926 à Touho,  fils de Koki  Miyagushiku alias Hokama  et de la veuve EmilieVolcy installée au bord de mer à Touho (Pouïou),  qui avait loué ce très joli  îlot. Lorsque Eugène Ragot, sa femme , ses deux fils et des Javanais à son service revinrent de l’îlot  Camille sur leur bateau, ils eurent la désagréable surprise de découvrir que  leur  habitation avait été pillée , contrairement aux engagements du chef Néa qu’ils croyaient leur ami. Dans mon enfance, Sarmina, la jolie  Javanaise qui avait participé au séjour forcé sur l’îlot,  m’a monté la  trace de plusieurs  « pieds de marmite », utilisés comme projectiles par les canaques,  dans un mur pourtant de  bonne épaisseur, à l’arrière de la grande habitation notamment, du côté de la rivière..
Cette mise au point a surtout le mérite de démontrer qu’incontestablement   le chef protestant de Ouanache, Néa, n’en déplaise au pasteur Leenhardt et aux protestants qui lui emboîtent le pas au mépris de la vérité, faisait bien partie d’une conspiration dont il était peut-être l’âme. . Leenhardt carus mihi est, sed veritas carior. Mais Néa n’a pas été condamné, si bien que les vrais coupables n’ont aucunement été inquiétés, pour la plus grande surprise des  accusés mélanésiens. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »


Le monument érigé par la gauche calédonienne aux victimes de la rébellion canaque.
La gauche calédonienne animée par Florindo Paladini et par Paul Bloc lança une souscription à laquelle souscrivit Maître Bourdinat, défenseur pourtant des canaques prétendus insurgés, pour édifier , sur la propriété Ragot , au pied du Chapeau de Napoléon aux formes étranges, un monument qui abritât, après exhumation de la propriété Laborderie, les restes des victimes : Henri Grassin et son épouse, l’Indonésien nommé Santaviredjo employé par mon grand-père, Ludovic Papin,  le tahitien Eléazaramai  blessé par les rebelles et lâchement abandonné  par les militaires  à l’attaque contre Ouenkout, retrouvé dépecé par les indigènes aux fins de cannibalisme (le chef protestant rebelle Poindet , très important, a reçu sa portion de Eléazar )  et le fusillier-marin  quartier-maître Jean-Baptiste Marrec blessé par Atéou à l’attaque du Kopeto le 22 mai. Voici la version du neveu de Noël, Noël Tuai Gohoup dans la revue Mwa Vee, n° 62 : « le lendemain matin, les militaires sont retournés [à Ouenkout] pour récupérer le tahitien tué [seulement blessé en réalité, et agonisant], mais ils n’ont pas retrouvé son corps. Parce que les chefs de Koné et les autres  chefs rebelles étaient déjà passés, ils avaient tiré le cœur du Tahitien et l’avaient apporté à la chefferie de Ouenkout [par défi, son chef Kavéat n’y étant plus] : ils l’ont mangé cru [le cœur], et après ils ont fait le four avec les pierres, en bas à la rivière, et ils ont mis le corps dessus [pour le cuire et le manger]. »Bon appétit, Messieurs ! A l’instigation de Laborderie,conseiller général , à Biganda,  chez qui le quartier-maître Marec , seulement blessé au départ, était mort, on a  voulu, j’imagine, diminuer l hommage aux colons massacrés  , le seul justifié pourtant, en ajoutant sur le monument « et aux militaires », comme en prêtant une dernière phrase mémorable à ce Breton : « Dire que j’ai échappé aux balles des Boches sur l’Yser pour finir sous celles des canaques ! » .On ne comprend d’ailleurs pas comment  il a pu être distrait du front où , en 1917, on avait besoin de lui plus qu’en Calédonie. Or, malgré l’emphase de ce pluriel (et les militaires de carrière avaient brillé par leur lâcheté)  deux militaires seulement dont un conscrit, savoir le quartier-maître Marec et le conscrit polynésien Eléazaramai  , ont  péri  et été inhumés  près du  mausolée.
 Ma mère, vers 1950, étant la seule descendante des victimes en Calédonie, fut alertée par l’état de desagrégation du monument : les ossements et les crânes  de ses parents et de L. Papin en avaient été sortis. Elle fit,  à ses frais,   refaire le bas du monument. En ajoutant les noms de Vouta (gérant de la station Bardet de la Forêt plate, « disparu » le 18 mai 1917, c’est-à-dire dépecé et mangé), Bousquet père et fils, le 22 mai,  propriétaires d’une station d’élevage à la Forêt plate à 5 kilomètres de la station Bardet, pourtant bien vu des Canaques comme H. Grassin, ainsi que Baudouin,  le 23 mai 1917,Clément « disparu », c’est-à-dire dévoré,   un Japonais gardien de la mine  de Kopeto nommé Yanomine,  on obtient le total approximatif des morts tués par les rebelles, soit 9 européens,  un Indonésien, un Tahitien ,  un Japonais, soit une douzaine au total, ce qui est peu pour ce qu’on appelle emphatiquement une « rébellion ».



Les sources livresques, nulles ou orientées (protestantes), et en tout cas à prendre avec des pincettes (indépendantistes , métropolitaines et étrangères)
Epais dossier possédé par  l’Administration Générale, riche en factures de lacets de chaussures, etc.  mais peu intéressant. Le gouverneur Repiquet , devant l’incurie des militaires de carrière en général, des « planqués »  et d’un adjudant nommé  Bécu en particulier, fut contraint de confier aux civils calédoniens et surtout au géomètre le soin de rétablir l’ordre. En lisant le notes du géomètre Ratzel, publiées par la S.E. H. N.C. ;  intelligent et courageux qui, avec le géomètre Ratzel (notes publiées  par la SEHNC),  on s’aperçoit qu’en arrivant dans chaque tribu le géomètre s’interroge sur ses sentiments réels   sans pouvoir déterminer sa participation ou non aux événements. En réalité, les tribus visitées n’ont pas participé à l’agitation.
  Mérite une mention spéciale  le numéro 62, 2008, de la revue indépendantiste  Mwa vee.  Photos, nombreux articles de chercheurs, néo-zélandais (Suckle) et autres. Abondante bibliographie (j’y suis même cité) avec un complément.
  Mademoiselle Christophe, qui avait été mon élève en français en classe de Première, a fait un DES consacré à la rébellion de 1917. Elle était venue me voir et je lui avais indiqué mes articles en les lui expliquant clairement. Elle n’en a tenu aucun compte, et n’a pas exposé ma version des faits, fût-ce pour la réfuter. J’ignore pour quelles raisons.
 D’autre part, citons :
 le protestant Jacques Vasseur, «  Maurice Leenhardt et la rébellion de 1917 en Nouvelle-Calédonie »  , Année   1985,   Volume   41   Numéro   81 pp,   241-274 ;
le protestant Jean Guiart qui dirige la revue Etudes mélanésiennes et le Journal des Océaniens (par exemple, « Les événements de 1917 en Nouvelle-Calédonie », 1970, vol. 26, numéro 29, p.265-289 ou bien « Procès de la rébellion de 1917 » , année   1978   volume   34   numéro   58-59   pp. 37- 42 ) . Il a publié divers articles sur le sujet,  dont les notes prises par son maître Leenhardt au procès des rebelles. Elles n’apportent rien par rapport au texte publié par Henri Legras dans le Bulletin du Commerce.
Est-ce que ma mère et son frère  ont  été indemnisés  par les contribuables pour l’incendie de la propriété de ses parents, alors que le milliardaire Guiart a demandé aux contribuables de l’indemniser pour de menues  dégradations commises lors des événements calédoniens sur la maison au cœur de Nouméa, dont il avait hérité de Calimbre grâce à sa seconde femme ? Guiart m’en veut parce qu’il m’accuse d’être l’auteur d’un pamphlet politique contre lui , paru en juillet 1967 dans le journal de son beau-frère Maurice Lenormand, savoir L’Avenir calédonien, organe du parti l’Union calédonienne, combattu par Guiart lors de diverses élections. Etait-ce une raison pour défigurer l’histoire et pour s’en prendre à ma mère ? Il écrit dans un de ses articles que le massacre des Grassin aurait été un détail sans importance, si leur fille n’était pas devenue Madame Griscelli, inculquant à son fils « la peur des canaques » qui aurait été, selon lui, la sienne, elle qu’aussi bien une mélanésienne avait sauvée. Il est curieux d’observer que  j’ai été élu sur la côte est avec des canaques, succédant à mon père, qui lui aussi fut un élu de cette circonscription (dans le journal Civisme, on pouvait lire : « Comment M. Antoine Griscelli [mon père , et on pourrait en dire autant de moi],bien placé par sa femme pour connaître les atrocités des canaques, peut-il participer à ce mouvement de l’Union Calédonienne ? »), et   qui, volontaire engagé dans le Bataillon du Pacifique, fut le directeur  des écoles autochtones et les développa.
Dernier détail qui montre le peu de  crédibilité de Jean Guiart : Journal des Océanistes, 1978, volume 34, numéro 58-59 : « En 1953, [au moment des fêtes du Centenaire, une rumeur de  descente des Canaques sur Nouméa] avait créé tant de panique qu’une nuit, les filles de l’orphelinat européen de Nouméa quittèrent leur dortoir pour se répandre dans les rues de Nouméa, la nuit, criant : « Les canaques arrivent ! » La directrice de l’orphelinat était la fille des Grassin. » Signé Jean Guiart.  La vérité est que mes parents étaient, cette année –là,  en congé en métropole et que la directrice de l’internat était alors Mademoiselle Vergès, à laquelle ma mère ne succéda qu’en 1955. Il n’y eut d’ailleurs  aucun incident de genre. De plus, l’internat n’était nullement réservé aux européens. Guiart a pris son modèle dans un récit du Bulletin du commerce (6 et 7 avril 1917 et détails dans le numéro du 21 août), relatant une panique à Koné : « Les Kanaks, voilà les Kanaks ! C’est la femme du brigadier de gendarmerie qui, d’après les récits du temps, semble avoir donné l’alarme. Des Kanaks à Koné, cela n’a rien de bien étonnant. Mais ceux-ci ont un aspect  inquiétant. Ils sont peu nombreux (35, disent les témoins), mais ils agitent des haches et des sagaïes, et ils se sont frottés de noix de bancoul [pourtant, un arbre qui n’a rien de traditionnel, puisqu’il a été introduit par les Européens !), qui donne à la peau une belle couleur noire [plus belle que la couleur noire naturelle ?] : c’est la peinture de guerre. »