vendredi 6 avril 2018

La découverte des îles Loyauté en 1788 par Lapérouse et son itinéraire ultérieur.

La découverte des îles Loyauté en 1788 par Lapérouse et son itinéraire ultérieur.
  Les Instructions  prescrivaient à Lapérouse , de venir  « en quittant les Tonga, «  se mettre par la latitude de l’île des Pins, située à la pointe du sud –est de la Nouvelle-Calédonie ; et après l’avoir reconnue, de  longer la côte occidentale qui n’a point encore été visitée ; et il s’assurera si cette terre n’est qu’une seule île, ou si elle est formée de plusieurs. »   Lapérouse exécute à la lettre toutes ces instructions. Il embarque deux insulaires à Namouka aux Tonga et les rapatrie à Rotuma ,qu’il pense être l’île de Belle – Nation de Quiros que  les instructions lui avaient demandé également de reconnaître et  dont il est aussi le découvreur. 
C’est de Rotouma qu’il faut suivre son trajet vers la Nouvelle-Calédonie et cela change beaucoup de choses : il passe alors obligatoirement par les Nouvelles-Hébrides  avec Erromango,  dont le nom signifie les deux pirogues, puis Tana (où le maïs préeuropéen vient d’un rescapé de la Bousole, Collignon), enfin   les Loyalty , Lifou d’abord, puis Maré, avant de se rendre à l’île des Pins. Comme l’indiquait Brossard, dans Rendez-vous avec Lapérouse à Vanikoro, p. 248-249, « Lapérouse , ayant ordre de reconnaître le sud de la Nouvelle-Calédonie , a dû faire une route générale vers le sud-ouest, pour prendre vue de l’‘île des Pins. Il pouvait, avec le vent régnant, normalement  y aller d’une seule bordée. Dans ce cas, il ne pouvait manquer la vue d’une des Loyauté ; s’il eut des vents variables, il était aussi inévitable, à moins de refuser la terre avant la latitude  de 22°40’ sud, qu’il vît l’une de ces îles.  Lapérouse n’avait aucune raison, bien au contraire, de ne pas venir vérifier quelques positions de la côte est de la Nouvelle-Calédonie, données par Cook. Dans chacune de ces perspectives, il devait donner sur l’une des Loyauté [Lifou ou Maré]. »
Des Loyauté,  il faut ne retenir que Maré et Lifou.
Le cas d’Ouvéa.
Outre le triangle polynésien classique entre Hawaiï,  la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques,   il existe bien plus de  14 outliers ou exclaves ou outliers polynésiens (les autres ayant été chassés tardivement  parles migrants mélanésiens) recensés pour le moment. Ce   sont l’arrière-garde des Polynésiens, restés le plus proche de leurs lieux originels ; citons aux Salomon les outliers de Taumako, de Vanikoro et   de Ticopia et dans l’archipel calédonien Ouvéa (dit occidental pour le différencier du Ouvea oriental-Wallis  de la même façon qu’on distingue le Futuna dit occidental du Vanuatu du Futuna oriental). Les linguistes rangent dans un même sous-groupe linguistique les outliers   du Vanuatu : Futuna occidental,  Wallis- Ouvéa oriental,   Futuna oriental  et notre île d’Ouvéa occidentale  avec son langage (faga uvea), parlé à Saint-Joseph. On doit y adjoindre la langue parlée en Micronésie à Nukuoro et à Kapingamangi où une émigration eut lieu depuis Vanikoro sous la pression des Mélanésiens vers 1825 ainsi que  les archipels de Rotuma (Iuea, cf. Ouvéa) et de Uiha (cf. Ouvéa) aux Tonga, dans l’archipel Ha’apai.  
  Grâce  au récit de l’expédition de d’Entrecasteaux, on sait qu’en 1793 le naturaliste La Billardière trouva à Balade au nord de la Calédonie, en face d’Ouvéa alors inconnue, une planche de type européen au fond d’une pirogue ,  rabotée et vernissée, et qu’un  jeune officier , de La Motte du Portail, repéra , sur une plage de Balade , un second  morceau de bois peint en rouge. Ces débris avaient été récupérés par des Polynésiens sur le lieu du  naufrage de  l’expédition de Lapérouse en 1788 à Vanikoro ;  certains  restes en bois appartenant aux bâtiments de Lapérouse ont été emportés  à  Ticopia et à Ut-upua (cf.  le nom d’Ouvéa) , une colonie ticopienne voisine avec laquelle les Polynésiens  de  Vanikoro   entretenaient des relations d’intermariage.
 Mais Vanikoro, Ticopia et Utupua étaient exigus pour leur  démographie galopante, si bien que des pirogues quittèrent une première fois  Vanikoro, Ticopia et Utupua,   firent escale à  Santo (Tut-uba, cf.  le nom d’Ouvéa)  et à  Futuna au Vanuatu  et se fixèrent  à  Wallis et Futuna.
Plus tard, mais en tour cas avant 1793, vers 1791 peut-être,  une autre migration quitta Utupua  pour   Ouvéa  avec ces reliques européennes qui avaient  passé de Vanikoro à Utupua.
Les Polynésiens d’Ouvéa sont ainsi  venus, à date historique récente,  de Utupua  aux Salomon, indubitablement entre 1788 et 1793.  Quant au  nom d’Ouvéa, il  est polynésien et reprend l’ancien nom de Ticopia,  Tutupua va Nikoro, qui signifie   l’île en forme de demi-cercle  de la Déesse Serpent (de li guri, l’enroulé devenu nikoro). Le serpent arboricole en question (Pytho engyralis) se retrouve à Lifou, où il a été importé de Nouvelle-Bretagne. Il a la particularité de se lover en entonnoir pour recueillir l’eau de pluie afin d’y piéger les oiseaux assoiffés dans ces îles sans rivière. Son nom a souvent, par métaphore, désigné l’île avec lac central comme l’était Ticopia ou comme l’atoll d’Ouvéa.  Le nom vient ainsi de Utupua, l‘île en forme de demi-cercle.
Ouvéa, la 3e des Loyauté,  avait ainsi  subi un peuplement mélanésien d’abord, puis une migration polynésienne justement  vers  1791,  en provenance de Vanikoro et des îles voisines.  De là la planche rabotée trouvée à Balade par la Billardièrde,  qui venait de Vanikoro, mais n’est pas un indice de passage de Lapérouse à Ouvéa. De là aussi la peur de ces indigènes lorsque La Billardière s’intéressa, de trop près à leurs yeux,  à l’origine de la planche, car, étant polynésiens, ils connaissaient le rôle qu’avait joué Makataï dans l’extermination de l’expédition.

  Lapérouse et Collignon , le « jardinier » de la Boussole,  se sont arrêtés,  et  leur ont appris  à planter le maïs,   à  Lifou , au mouillage de Chépénéhé sur la côte sud –ouest de l’île et, un peu plus à l’est , à Kédeigne (altération , comme le mouillage de la baie de Tadine à Maré, du nom de  Collignon)  ; et à Maré, Tadine , où le maïs pré,européen fut planté pour la première fois par Collignon selon les insulaires sur la côte sud . il semble certain que la navigation ait passé entre les Loyalty et la côte est de la Calédonie.
La découverte de Lifou avant les Britanniques.
A Lifou existent des traditions sur le premier navire aperçu, traditions que le professeur australien  D. Shineberg  a   rapportées à Lapérouse,  sur la base du  rapport du santalier Simpson. Ce santalier, en 1844, fit escale à  Lifou et y recueillit le souvenir du premier navire européen.
Selon les gens de  Lifou, le navire  fut aperçu à Chépénéhé (toponyme signifiant le lieu du mouillage); il était très grand ; il avait deux gaillards d’avant et d’arrière, de grands canots et beaucoup d’hommes portant des chapeaux à cornes, avec  des vestes rouges et bleues (la langue lifoue n’a pas de terme propre  pour désigner le bleu). Ce ne peut  pas être la gabarre britannique,  la Fancy,  qui passa devant Lifou en 1796, sans s’y arrêter. Les hommes avaient des boucles à leurs souliers (comme celles, en argent, découvertes à Vanikoro) et portaient des gants. Le navire resta à l’ancre pendant deux jours à environ un mille à l’intérieur de la pointe sud. L’équipage coupa un cocotier avec un instrument en fer (lifou fao, du français fer,  pour désigner la hache), et les gens de Chépénéhé montraient encore en 1844 la base coupée de ce cocotier qu’ils regardaient comme étant le souvenir des premiers blancs qu’ils aient jamais vus.
On peut supposer que Lapérouse, mis en garde par les incidents de Samoa, décida de n’approcher qu’une frégate à la fois, la seconde restant au large pendant ce temps , prête à venir en aide à la première, ou faisant le tour de l’île. C’est la Boussole, commandée par Lapérouse,  qui mouilla à Chépénéhé, avec à bord Collignon, le botaniste de la Boussole, dont nous retrouvons encore  le nom, à peine altéré,  dans celui du village de Kedegne qui fut fondé à cette époque et nommé ainsi en son  honneur. Dès le départ de l’expédition à Brest, les frégates avaient été chargées de graines  à semer, ainsi que d’une soixantaine d’arbres en pots  à planter dans les terres lointaines et, sur l’île Sainte- Catherine, Lapérouse avait embarqué quelques orangers, citronniers et mandariniers en pots ainsi que des graines et des pépins. L’expédition  en avait planté à l’île de Pâques. Collignon  laissa à Lifou   des orangers et des mandariniers qui prospérèrent, mais il n’y a pas trace de maïs dans cette île, semble-t-il, si bien qu’on peut imaginer que les grains de maïs n’y  poussèrent pas.
La découverte de Maré, par Lapérouse  en 1788, cinq ans  avant le britannique Raven en 1793.
 C’est Lapérouse qui a découvert Maré. En 1887, le Maréen Louis Saiwene déclara que,  peu  avant un navire britannique  (le Britannia de Raven en 1793, navire britannique que les Maréens  appellent Betischo  par altération du mot anglais British),   Lapérouse  et son botaniste, Collignon, de la Boussole,   « laissèrent dans l’île une hache (encore fao dans leur langage, emprunt au français fer), des graines d’orangers et de mandariniers, ainsi que quelques grains de maïs qu’il apprit aux indigènes à mettre en terre», ceci  vers Tadine, de kalign, corruption probable  du nom de Collignon. Le mot signifiant maïs en langue de Maré, kelaï, vient  probablement du nom de Collignon et vient de kelagni. Les gens de Maré font remonter au don de Lapérouse  l’introduction de cette plante si précieuse pour eux. Lapérouse  a aussi  offert aux Maréens une poule plus grosse que leurs poules indigènes  qui venaient de l’île voisine de Tanna.
Puis, Lapérouse  se rend à l’île des Pins, où dans un affrontement il perd son graphomètre à Ouamoeo.

Le graphomètre trouvé par le « voyageur » (c’est ainsi que l’appelle pudiquement la fiche du Musée de la marine ) A. Bonnemaison  à Ouamoeo, île des Pins et remis à un ancien aspirant de Dumont d’Urville qui, en 1885 , en a fait don au Musée de la Marine.
J’ai demandé à ma femme de m’aider, car elle est généalogiste et spécialiste de la déportation des Communards de 1870 .Dans Déportés et forçats de la commune, de Belleville à Nouméa, de Roger Pérennès, p.  454, je trouve : 8e convoi : la Sibylle, puis transbordement sur l’Alceste, départ de Brest le 1er février 1874, arrivée  à Nouméa le 9 août 1874, 2esection, déportation simple (à l’île des Pins), Bonnemaison,Antoine Philippe, matricule 2.628, né le 28 novembre 1831 à Albi (Tarn), demeurant à Paris, marié, sans enfant, concierge et homme de peine. Ses patrons étaient disposés à le reprendre. Peine (de déportation simple] commuée en 6 ans de détention (c’est -à dire de déportation limitée dans le temps cette fois) en 1876 et remise en 1877 : rapatrié par le Navarin. »
Dans le Dictionnaire ouvrier de  Maïtron, je lis : « …ancien voltigeur de la  Garde, il devint, pendant le 1er siège, sergent au 150e bataillon et, après le 18 mars, fut élu capitaine ; dans la nuit du 6 au 7 avril, il prit part à un engagement à Neuilly ; il nia, et dit être rentré chez lui dès le 20 mars  ; son propriétaire  et son patron, imprimeur lithographe, secrétaire de la Chambre syndicale des patrons –imprimeurs –lithographes, qui l’avait employé 10 ans, témoignèrent en sa faveur ; ce dernier  écrivait le 24 août 1877 : « je n’ai jamais pu le remplacer ; c’est le seul homme qui se soit montré digne jusqu’à ce jour de ma confiance  » : il était tout disposé à le reprendre .Le 13e conseil de guerre l’avait condamné, le 29 novembre1871, à la déportation simple et à  la dégradation civique, peine commuée le 15 octobre 1876 en 6 ans de détention et remise le 20 octobre 1877 : il rentra par le Navarin. Sources : Arch. Nat. BB  24732, BB 27 et ANOM, H colonies 72. » Il rentra en France  par le 19e convoi avec le Navarin  qui fit voile du 1er octobre 1877 au  24 janvier 1878. 
 Le nom peu connu de ce 2e district  (ou « commune ») de Ouamoeo sur la côte ouest de l’île des Pins, Pérennès, op .  cit. , p. 486,  a été altéré en Nimbo, proche de Numbo, nom de la presqu’île de Ducos près de Nouméa (sur la côte ouest), où résidaient les condamnés en enceinte fortifiée. Mais Bonnemaison n’y  résida jamais, car il avait été condamné  à la déportation simple (à l’île des  Pins, à Ouaméo) et n’avait  jamais été condamné à la déportation en enceinte fortifiée à la presqu’île  Ducos , ou Numbo. Aussi comprend-on que le lieu de la découverte du graphomètre ait donné lieu à des spéculations sur un éventuel débarquement de Lapérouse  dans la presqu’île de Nouméa. Or, il n’en est rien. Bonnemaison   avait trouvé ce graphomètre à pinnules   avec son étui à fleur de lis,  dans la case canaque abandonnée relevant d’une tribu  aujourd’hui disparue , celle de   Ouaméo, tribu qui avait été chassée pour recevoir les exilés de la Commune de Paris  et où il résidait. Mais Ouaméo est peu connu et l’officier qui était sur le Navarin et qui se chargea de remettre le graphomètre, sur le vœu de Bonnemaison  au Musée de la Marine  le  déchiffra   Oumbo, qui fut altéré en Nimbo, lieu de déportation des condamnés à la déportation en enceinte fortifiée sur la presqu’île Ducos, -où il n’y avait jamais eu ni tribu ni case canaques, mais où l’on pensait que Bonnemaison , parce que communard, avait résidé.  Coïncidence qui n’en est pas une : Bonnemaison était né à Albi, ce qui l’a peut-être amené à accorder de l’intérêt à un indice du  passage de son compatriote dans cette île du Pacifique.
Il était fils d’un garçon menuisier domicilié à Albi, quartier de la Rivière, Jean Bonnemaison  (né à Toulouse et mort le 17 juin 1874, son fils étant à l’île des Pins)  et de Marie Rose Joséphine Anglès, couturière (décédée le 31 mai 1876, acte n°1387,également  pendant que son fils était à l’île des Pins) et il avait 3 sœurs et un frère .
De l’île des Pins viennent, en plus du graphomètre,
l’épée aperçue par Jules Garnier sur la Grande Terre et la médaille en argent avec bélière trouvée à Prony, à l’effigie de Henri IV, le premier des Bourbon.
 Sur la côte ouest, nous avons un premier indice discuté du passage de Lapérouse, ce que Bernard  Brou appelle dans son article Lapérouse découvreur de la Nouvelle-Calédonie, bulletin dela SEHNC n° 89, 1er tr. 1989, p.7,  la pseudo- hache -ostensoir repêchée à Vanikoro, et dont il croyait qu’elle avait disparu, parce qu’il se fiait à ce qu’avait dit le docteur Becker . Mais, dans l’ouvrage de l’Association Salomon, Le mystère Lapérouse ou le rêve inachevé d’un roi, 2008, p .86, figure la  photographie de cette hache de pierre vert sombre, de 12 cm de diamètre, non percée, classée comme « objet amérindien » ( !) et qui se trouve à Nouméa, au Musée de l’histoire maritime de la Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’ une serpentine taillée , probablement ramassée dans le Nord, près de  Pilou ou Lapilou comme disent les Calédoniens  (de lapirou, altération du nom de Lapérouse par les canaques), et c’est cela qui nous importe .Il s’agissait d’une hache d’apparat archaïque appartenant à un chef, même si , aujourd’hui sans son manche (encore que je voie,  sur la photo,  un curieux manche sculpté qui a pu être attaché  et qui est rangé, lui aussi,  comme « objet amérindien ») , elle ne correspond pas à la hache- ostensoir telle que nous la connaissons. Mais il faut songer au fait que, selon moi (voir mon blog sur la flèche faîtière canaque et le Grand Serpent de mer), à l’origine la hache dite ostensoir caractéristique de la Calédonie représentait un  calmar gigantesque de l’existence duquel on a longtemps douté, mais que les Néo-Zélandais et les Japonais ont réussi récemment à capturer.
La seconde  trace du passage de Lapérouse, puisqu’il nous faut éliminer le graphomètre, consiste donc dans plusieurs blocs de pumpeylite (minerai de nickel de couleur verte) repêchés à Vanikoro et étudiés par mon défunt ami  Bernard Brou, président à  l’époque de la Société d’études historiques de la Nouvelle-Calédonie. Après plusieurs analyses effectuées à Orléans et rapportées par Brou dans Lapérouse, découvreur de la Nouvelle-Calédonie, 30 pages, bulletin n°74, 1er trimestre 1989, p . 2,6 et 17,il ne fut malheureusement pas  possible de déterminer le point où avaient été ramassés ces échantillons sur la côte ouest : « entre Bourail (près du cap Goulvain, au centre de la Calédonie) et Gomen –Koumak au nord » selon Brou. Pour ma part, mais sans certitude, je me rallie au point  de vue de Fonteilles du B. R.  G. M. (Bureau de recherches géologiques et minières) à Orléans  en 1985 qui rapprochait «  l’échantillon n°4 » des « roches basiques  de la série Pilou dans le nord de la Nouvelle-Calédonie », Pilou étant une ancienne mine élevée, d’où l’on pouvait dominer la côte.
Le nord
Le père Dubois cité par Brou, op. cit. , p.11,  a écrit : « Il faut ajouter le témoignage de Bernard Dayé,de l’île Yandé : en février 1943, je visitai l’île de Yandé et Hélène Gélémé me rapporta , au nom de son mari, Bernard Dayé, une tradition des anciens : selon les vieux, deux énormes pirogues ont longé la côte (ouest) remontant (vers le nord) ; depuis la terre et les îles (Yandé), les Canaques suivaient leur déplacement… Arrivés à la pointe Nord (sans doute de Paava, Tanlo ), les deux pirogues  tournèrent (vers l’est) et disparurent .  » Brou commente : « En clair, la navigation de ces navires  se faisait dans le lagon (et non à l’extérieur de celui-ci), puis ils contournèrent la Grande Terre , ce que jamais personne d’étranger n’avait encore fait. »Le but de ce contournement difficile , mais qui répondait aux Instructions, était de s’assurer si la Calédonie était bien une seule île ou si elle était composée de plusieurs.
 La côte est
Brou a étudié un conte de Baudoux, où les autochtones évoquent le passage de deux bâtiments et le cadeau fait  au chef de Pouébo d’une médaille qui n’a pas été  retrouvée. Il s’y avitaille en eau et s’approvisionne  en bois sur l’îlot Poudioué, en face de Balade. De plus, on trouve sur  la côte est des pommiers malaques (pommiers dit canaques) à fruits rouges et blancs  (Syzigium malaccense, de 2 variétés) qui ne sont pas indigènes et que les canaques  appellent les pommiers des Popalanguis (blancs, altération depuis Quiros, du mot [His]panioli). Enfin, le nom du grand récif Mangalia (lia  a le sens de  deux) signifie les deux pirogues, ce qui fait penser que Lapérouse a pu longer la côte est jusqu’à Touho (le récif s’étend de Hienghène à Touho ).  De la passe de Touho,  il met le cap sur les îles Duff (Taumako), passant aux Nouvelles –Hébrides
( Vanuatu) en longeant  Spiritu Santo , archipel qu’aucun navigateur européen n’avait  revu depuis Quiros au XVIe siècle, et dont il est ainsi  le redécouvreur,  mais il sera arrêté à Vanikoro.
Le but visé par Lapérouse : Taumako , ou île Duff , près de Vanikoro.
Taumako ne sera (re) découverte qu’en 1797 par  le navire missionnaire Duff, commandé par Wilson. C’est l’île où au XVIe siècle Quiros avait débarqué et où était apparue,  dans la littérature européenne, le nom  de  Vanikoro sous la forme Manikolo, mais personne n’y était jamais allé. On comprend l’intérêt de Lapérouse pour cette île de Vanikoro inconnue, comme pour Taumako jamais revue depuis deux cents ans ,  de même qu’ il avait voulu retrouver l’île de Belle- Nation (Rotouma) , jamais revue depuis Quiros. 



LES PREUVES DE L'EXPLORATION DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE PAR LAPEROUSE

LES PREUVES   DE L'EXPLORATION DE LA NOUVELLE-CALEDONIE PAR LAPEROUSE.
En provenance de Rotuma  et après être  passé entre les Loyauté et la côte est de la Nouvelle-Calédonie, Lapérouse reconnaît,  conformément à ses Instructions, le sud de la Nouvelle-Calédonie et l’île des Pins dont Il doit  faire  le tour complet de l’île des Pins  : il  mouille au sud  devant  l’îlot Améré où Cook avait lui aussi mouillé , puis commence son tour de l’île par le nord (Gadgi) et revient le lendemain mouiller vers l’îlot Améré . Lapérouse, conformément à ses Instructions, devait alors longer  la côte ouest de la Nouvelle-Calédonie. L’a-t-il réellement fait ?
  Nous en avons un premier indice : ce que Bernard  Brou appelle dans son article Lapérouse découvreur de la Nouvelle-Calédonie, bulletin de la SEHNC n° 89, 1er tr. 1989, 30 pages,  p.7,  la pseudo- hache -ostensoir repêchée à Vanikoro, et dont il pensait  qu’elle avait disparu. Or,  dans  Le mystère Lapérouse ou le rêve inachevé d’un roi, 2008, p .86, figure la  photographie d’une  hache de pierre vert sombre, de 12 cm de diamètre, non percée, classée comme « objet amérindien » et qui se trouve à Nouméa, au Musée de l’histoire maritime de la Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’une serpentine taillée, probablement ramassée dans le Nord, près de  Pilou ou Lapilou comme disent les Calédoniens  (de lapirou, altération du nom de Lapérouse par les canaques), et c’est cela qui nous importe.
 La seconde  trace du passage de Lapérouse, puisqu’il nous faut éliminer le graphomètre dérobé à Ouamoeo à l’île des Pins, et non à Numbo, ou presqu’île Ducos (le déporté qui l’a y trouvé n’ayant jamais été condamné  à la déportation en enceinte fortifiée à Numbo, mais à la déportation simple à l’île des Pins,  consiste dans plusieurs blocs de minerai de nickel de couleur verte repêchés à Vanikoro. Après des  analyses effectuées à Orléans  il ne fut malheureusement pas  possible de déterminer le point où avaient été ramassés ces échantillons sur la côte ouest : « entre Bourail au centre de la Calédonie et Gomen –Koumak au nord » selon Brou. Pour ma part, mais sans certitude, je me rallie au point  de vue de Fonteilles du B. R.  G. M.  à Orléans   qui rapprochait «  l’échantillon n°4 » des « roches basiques  de la série Pilou dans le nord de la Nouvelle-Calédonie », la Pilou étant une ancienne mine élevée, d’où l’on pouvait dominer la côte.
Parmi les coquillages trouvés dans les épaves de Vanikoro, l’indice le plus indiscutable consiste dans deux Nautilus pompilius ,endémiques à la Nouvelle-Calédonie.


Le nord
Le père Dubois cité par Brou, op. cit. , p.11,  a écrit : « Il faut ajouter le témoignage de Bernard Dayé, de l’île Yandé : selon les vieux, deux énormes pirogues ont longé la côte (ouest) remontant (vers le nord) ; depuis la terre et les îles, les Canaques suivaient leur déplacement… Arrivés à la pointe Nord ( Paava), les deux pirogues  tournèrent (vers l’est) et disparurent .» Brou commente : « En clair, la navigation de ces navires  se faisait dans le lagon (et non à l’extérieur de celui-ci), puis ils contournèrent la Grande Terre , ce que jamais personne d’étranger n’avait encore fait. » Ce contournement répondait aux Instructions : «  il s’assurera si cette terre n’est qu’une seule île, ou si elle est formée de plusieurs . »
 La côte est
Brou a étudié un conte de Baudoux, où les autochtones évoquent le passage de deux bâtiments et le cadeau fait  au chef de Pouébo d’une médaille qui n’a pas été  retrouvée. Il s’y avitaille en eau et s’approvisionne  en bois sur l’îlot Poudioué, en face de Balade. De plus, on trouve sur  la côte est des pommiers malaques (Syzigium malaccense, de 2 variétés à fruits rouges ou blancs) qui ne sont pas indigènes et que les canaques  appellent les arbres des Popalanguis (blancs). Enfin, le nom du grand récif Mangalia (lia  a le sens de  deux) signifie les deux pirogues, ce qui fait penser que Lapérouse a pu longer la côte est jusqu’à Touho (ce récif s’étend de Hienghène à Touho).  De la passe de Touho,  il met le cap sur les îles Duff (Taumako), passant aux Nouvelles –Hébrides.
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LAPEROUSE AUX TONGA , 2E partie : DES TONGA JUSQU’A ROTUMA AUX FIDJI .

                   LAPEROUSE AUX TONGA ,  2E partie  : 
                 DES TONGA JUSQU’A ROTUMA AUX FIDJI .
Dumont d’Urville , cité parle commandant de Brossard dans Rendez-vous avec lapérouse, déclare dans son rapport officiel au ministre de la Marine : «  Je pensai qu’alors Lapérouse pourrait s’être perdu sur les redoutables récifs des îles Viti [Fidji], qu’il devait aussi explorer … ; je me flattai même de l’espoir  d’y  recueillir quelques notions de son passage  , ou de son naufrage , de la bouche des naturels ;  on verra que mon espoir fut déçu . » Quelle est cette surprenante mention que Lapérouse devait explorer les Fidji ? Elle s’explique parce qu’il devait rechercher les îles de Belle- Nation et de Saint-Bernard et que Belle- Nation, pour le moins Rotuma,  étaient rangée en 1827, non plus dans les Samoa ou les Tonga, mais dans les Fidji comme elle l’est d’ailleurs aujourd’hui.  Ceci était confirmé par la mention que lui avait  faite  la reine de Tonga   d’un départ de Lapérouse vers l’ouest, soit vers les Fidji, avec les deux insulaires à rapatrier  dans leur île dont parle Dillon.

Sur la piste des deux passagers embarqués par Lapérouse   à Namouka  et désireux de rentrer dans leur patrie  : étaient-ils originaires de Rotouma [Belle-Nation] et avaient –ils été entraînés par une dérive aux Samoa, puis amenés en pirogue en attente  à  Namouka ?
Dillon a manifesté son intérêt pour l’origine géographique  de ces deux passagers. On peut imaginer qu’une dérive fortuite les avait conduits de leur île, Rotuma, jusqu’aux Samoa,  d’où, plus tard, une pirogue samoane les avait menés à Namouka, comme dans l’aventure suivante .Dillon cite un exemple de  cette grande dérive depuis Rotouma  jusqu’aux Samoa ,  qu’il explique par une sorte de mousson très mal connue de ces archipels .
Dillon fait voile de Namouka vers Rotuma , du 26 août au 1er septembre 1827, donc pendant  sept jours ; à son arrivée,   « le chef [de
Rotuma ] embrassa l’homme de Rotuma que nous ramenions de Tonga et parut très content de moi pour avoir ramené son compatriote . Celui-ci était absent depuis huit ans de son pays et avait été cru noyé. »   Dillon nous parle encore d’un insulaire qui semble bien être le même : « [Le chef de Namouka ] Thubaou me dit qu’une flottille de pirogues était venue depuis peu des îles des Navigateurs [Samoa], et en avait ramené deux Rotumiens qui avaient dérivé jusqu’à ces îles, et qui désiraient beaucoup retourner dans leur pays . Je consentis à les prendre à mon  bord , et l’un d’eux s’embarqua dans l’après-midi ; j’appris de cet homme que, de compagnie avec quelques autres  de ses compatriotes, il était parti de Rotuma, il y avait à peu près huit ans, pour une île située au nord-est et nommée Whythubou [île de Saint-Bernard ?], afin de s’y procurer des coquilles ([pava, Haliotis australis]; que des vents contraires les empêchèrent d’atteindre cette île , et qu’après avoir dérivé pendant trois mois, ils avaient pris terre à uneîle  qui se trouve être l’une des Samoa ou îles des Navigateurs, dont les naturels les traitèrent fort bien. Il ajouta que quelques-uns de ses compagnons étaient encore sur cette île. Je trouvai dans ce récit une preuve très convaincante  de la justesse de mon opinion, que la mousson du nord-ouest  se fait sentir par ces latitudes à certaine époque de l’année .Car, autrement, comment aurait-il pu se faire qu’une barque, aussi frêle qu’une pirogue, fît la traversée de Rotuma, latitude 12° 30’ sud, et longitude de 177° est,  jusqu’aux îles des Navigateurs [Samoa], latitude de 13° 27’sud et longitude  de 171 °57’ouest ? »
  Rotuma et Whythubou , l’île des  coquilles, découvertes  de Lapérouse.
 Rienzi, Océanie, tome 3, p. 260, nous apprend qu’une pirogue de Rotuma avec 4 hommes dériva par hasard à Ticopia, vers 1800 ; les 4 Rotumiens détrompèrent alors les Ticopiens sur le compte de ces  blancs que les Ticopiens prenaient pour des mauvais génies en leur disant qu’ils étaient bons, qu’ils venaient d’un pays éloigné (la France ) pour leur donner des objets de coutellerie (liste du matériel embarqué in La malédiction Lapérouse, p . 118 :  Lapérouse avait emporté «  7000 couteaux de différentes espèces et grandeurs » ) et de verroterie (op . cit,   p  119 , «  rassades ou grains de verre de couleur, assortis, 1400 paquets » ). A Rotuma,    les habitants possédaient quelques poignées de piastres métalliques  peut-être données par Lapérouse qui en avait emporté avec lui (on  a repêché 169 piastres  à Vanikoro sur les deux sites).  De plus, Dillon signale à Rotuma  des volailles d’origine européenne et non indigènes du Pacifique, ainsi que  des porcs, op. cit ., p . 815.
Mais  si les Rotoumiens ont parlé de visites fréquentes de blancs, nous  n’en connaissons pour notre part  que deux : en 1791,  le Capitaine Edwards,  sur la Pandore, qui   nomma  l’île   Granville, et Wilson sur le Duff , navire missionnaire, en 1797. La proximité dans le temps du passage de Lapérouse en 1788 et du Capitaine Edwards en 1791 explique l’impression des insulaires sur la fréquence des visites des blancs. Il est tentant de faire de Rotouma une découverte de Lapérouse qui, en 1788, était à la recherche de l’île de Belle- Nation et qui l’ avait ainsi découverte, en rapatriant deux insulaires perdus à Namouka,  par 12° de latitude sud,  non loin de la position assignée par ses Instructions .Et  Rotouma pourrait être, au moins aux yeux de Lapérouse,   l’île de la Belle- Nation, à laquelle Torquemada donna son nom , en espagnol Gente Hermosa, qui signifie Belle -Nation, car Quiros l’appela en réalité  la Peregrina, celle qui est étrangement belle , la rare, la précieuse.
  Rotuma et Whythubou , l’île des  coquilles, découvertes  de Lapérouse.
Rienzi, Océanie, tome 3, p. 260, nous apprend qu’une pirogue de Rotuma avec 4 hommes arriva par hasard à Ticopia, vers 1800 ; les 4 Rotumiens détrompèrent les Ticopiens sur le compte de ces  blancs que les Ticopiens prenaient pour des mauvais génies en leur disant qu’ils étaient bons, qu’ils venaient d’un pays éloigné (la France ) pour leur donner des objets de coutellerie (liste du matériel embarqué in La malédiction Lapérouse, p . 118 :  Lapérouse avait emporté «  7000 couteaux de différentes espèces et grandeurs » ) et de verroterie (op . cit,   p  119 , «  rassades ou grains de verre de couleur, assortis, 1400 paquets » ). A  Ragouemba  (pour Ragouma, altération du nom de l’île, Rotouma)   les habitants possèdent quelques poignées de piastres métalliques  peut-être données par Lapérouse qui en avait emporté avec lui (on  a repêché 169 piastres  à Vanikoro sur les deux sites).  De plus, Dillon signale des volailles d’origine européenne et non indigènes du Pacifique, ainsi que  des porcs, op. cit ., p . 815.
Mais  si les Rotoumiens ont parlé de visites fréquentes de blancs, nous  n’en connaissons pour notre part  que deux : en 1791,  le Capitaine Edwards, ce  grand explorateur des Samoa,  sur la Pandore, qui   nomma  l’île île  Granville, et Wilson sur le Duff en 1797. La proximité dans le temps du passage de Lapérouse en 1788 et du Capitaine Edwards en 1791 explique l’impression des insulaires sur la non –rareté des visites des blancs. Il est tentant de faire de Rotouma une découverte de Lapérouse qui, en 1788, était à la recherche de l’île de Belle- Nation et qui l’ avait ainsi découverte par 12°de latitude sud,  non loin de la position assignée par ses Instructions .Et  Rotouma pourrait être, au moins aux yeux de Lapérouse , l’île de la Belle- Nation, à laquelle Torquemada donna son nom , en espagnol Gente Hermosa, Belle -Nation, car Quiros l’appela en réalité  la Peregrina, celle qui est étrangement belle ,  la rare, la précieuse.
Whythubou, l’île Saint-Bernard et ses pavas retrouvés à Vanikoro.
La preuve que Lapérouse a bien mouillé dans cet archipel voisin de Rotuma nous est fournie par les découvertes , à Vanikoro, dans les épaves de  trois espèces différentes de pawa  ou ormeaux qui venaient de Whythubou :
Haliotis australis, la plus réputée pour les Polynésiens, en la pava d’argent, d’un blanc brillant ;
Haliotis iris, ou pava pourpre, la plus commune, dont le pied est noir :
Haliotis virginea, à pied jaune.
Mais on les a rattachées à tort à des Haliotis de Californie, respectivement, Haliotis fulgens, Haliotis rufescens, Haliotis cracheroïdi (voir, p . 326, dans l’ouvrage de l’Association Salomon,, Le mystère Lapérouse ou le rêve inachevé d’un roi.


  En résumé, dans son second et dernier voyage, Lapérouse passe par l’île  Namouka , aux Tonga, où il embarque deux insulaires pour Rotuma  (peut-être  l’île de Belle- Nation aux yeux de Lapérouse ) , puis fait voile vers Rotouma (aujourd’hui aux Fidji) ,   où il dépose les deux insulaires embarqués à Namouka (voyage de Namouka à Rotuma  qui dure environ une semaine) et gagne alors , respectant ses Instructions, le  sud de la Nouvelle-Calédonie et l’île des Pins,  puis met le cap sur les îles Charlotte aux  Salomon, où il rencontrera les récifs de Vanikoro.  



LES PREUVES DU PASSAGE DE LAPEROUSE A NAMOUKA DANS L’ARCHIPEL DES TONGA. , version corrigée Version corrigée .

LES  PREUVES DU PASSAGE DE LAPEROUSE A NAMOUKA  DANS L’ARCHIPEL DES  TONGA.
                                           Version corrigée .


 



Au-dessous, ,carte du Pacifique sud . Itinéraire supposé : Botany  Bay près de Sydney en Australie,  Tonga, ou Amis  .
Résultat d’images pour google map carte du pacifique sud tonga





Au-dessus, , vue des Tonga, avec au nord à droite,l’île Vava’o (Vava’u);  au centre, îles Ha’apai dont  fait partie Namouka ;  au sud,  à gauche, Tongatabou.

Les intentions de Lapérouse avant son départ d’Australie.
Quelques jours avant son départ d’Australie,  Lapérouse a proclamé son intention de se rendre à nouveau  aux Tonga, dans une lettre officielle écrite à son Ministre et  datée du  7 février 1788: « Je remonterai aux îles des Amis   [Tonga], et je ferai absolument tout ce qui m’est enjoint par mes instructions, relativement à la partie méridionale de la Nouvelle-Calédonie, à l’île Santa -Cruz de Mendana ».
Le  témoignage sans appel  de Dumont d’Urville à Namouka.
 Voici  ce que dit Dumont dans son rapport  au Ministre de la marine (septembre 1827), cité ,  p .148 , par le Commandant de Brossard, dans Rendez-vous avec Lapérouse à Vanikoro : « Lapérouse, lui dit la reine de Tonga, n’était pas venu à Tongatabou,  mais deux vaisseaux  semblables au à celui de Dumont d’Urville et portant aussi pavillon blanc avaient mouillé ensemble à Namouka, où elle se trouvait avec sa famille ;  ces vaisseaux y étaient restés dix jours et étaient partis,   un matin , faisant voile à l’ouest  ; ils avaient beaucoup de canons et d’Européens  ; les officiers se promenaient avec  confiance dans toute l’île, et un seul naturel, infidèle dans son marché ,  avait été tué par les Européens, qui, disait-elle, avaient eu raison en cette affaire . »
Les deux « plats » ou  « plaques d’étain », en réalité des  médailles données par Lapérouse
« En outre, écrit Dumont dans ce rapport, ce récit s’accorde parfaitement avec ce que m’avait déjà dit Singleton  de deux plats (mauvaise traduction de l’anglais   plates au sens de pièces d’argenterie ) de composition [mauvaise traduction de l’anglais composition au sens de pâte durcie pour imiter l’argent,  imitation, plaquagecf. silver-plated , plaqué d’argent, argenté : mais il s’agit en réalité d’argent massif  et non d’un léger  plaquage) qu’il avait souvent vus  chez son chef Vea-dji, aujourd’hui mort, et que celui-ci  se rappelait parfaitement  tenir des vaisseaux d’ Namouka. Ces plats portaient des noms français qu’il avait souvent remarqués. D’après ces données, il y a lieu de conjecturer que Lapérouse, en partant de Botany- Bay, se dirigea vers les îles des Amis
[ Tonga], comme il en avait le projet, et alla mouiller à Namouka .»
Dumont, dans son Voyage à la recherche de Lapérouse,  revient sur le sujet : « Ces renseignements s’accordaient parfaitement avec une circonstance que Singleton  m’avait déjà racontée, lorsque nous étions sur les récifs, et à laquelle j’avais  alors fait peu d’attention. Il m’avait soutenu que M. de Lapérouse avait mouillé aux îles Tonga, et, pour preuve, il me parlait de deux plats d’étain  qu’il avait souvent remarqués chez Véa - Tehi (l’héritier présomptif de la  couronne) et qui portaient des noms français. Vea- Tehi lui avait maintes fois affirmé qu’il tenait ces plats des vaisseaux  français venus à Namouka,   J’aurais été curieux de voir ces plats, continue Dumont  ; mais on m’apprit qu’à la mort de Vea- Tehi ils avaient été inhumés avec lui, comme étant des objets d’un  grand
prix . » 
Voici maintenant  la version de Dillon: « L’interprète John Singleton  m’apprit que Touitonga, le chef spirituel qui régnait  [en 18o6], avait eu en sa possession deux plaques d’étain  avec des inscriptions provenant des vaisseaux de M. Laouage, mais que ces objets  ayant été employés au service des dieux avaient été considérés comme sacrés  et inhumés  avec Touitonga. Singleton m’asura qu’il avait souvent vu et touché ces plaques
 Il s’agit, là encore, d’une mauvaise traduction, que ce soit par plat de composition , plat d’étain , ou par plaque d’étain , de l’anglais tin- plated, recouvert de  fer- blanc et non d’argent. On songe à  deux médailles, en argent,  avec l’inscription en français notée par Singleton : « Les frégates du roi de France, la Boussole et l’Astrolabe commandées par MM. de La Pérouse et de Langle, parties du port de Brest en juin 1785 ». Mais pourquoi Lapérouse aurait-il remis deux médailles identiques au même chef ? Nous devons supposer que Lapérouse avait  remis ces deux médailles à deux personnes différentes, Touitonga et Vea-Tchi  et qu’elles ont ensuite été réunies dans la même main après la mort de Touitonga.
Les vaisseaux de Louadgi : qui était donc Louadgi ?
« Les vaisseaux de Lapérouse furent désignés par les naturels sous le nom de Louadji  ».,écrit Dumont.  Le commandant de Brossard a rattaché très justement le nom de louadgi , donné d’après le nom de l’officier qui commandait le poste établi à terre, au nom  d’un officier de l’Astrolabe, Freton de Vaujuas [prononcer Vojoua],  car, écrit-il, c’est le seul dont le nom ait pu recevoir cette forme dans la bouche des naturels.
Dumont d’Urville déclara au terme de son enquête à Namouka   :   « il ne me reste plus de doute que Lapérouse n’eût mouillé à Namouka, à son retour de Botany Bay », ce que confirme Dillon : «  les bâtiments en question [vus à Namouka] sont ceux de Lapérouse . »


jeudi 29 mars 2018

RÉFLEXION SUR LA FONCTION DES DOLMENS. ET DES SOUTERRAINS ANNULAIRES


LE DOLMEN IMMERGE EN SAISON HUMIDE DE PERONVILLE  (EURE-ET –LOIR) : RÉFLEXION SUR LA FONCTION DES DOLMENS.ET DES SOUTERRAINS EN LIEN  AVEC L'INITIATION  




 On affirme souvent  que les dolmens seraient des tombes collectives. Le cas  du dolmen installé en plein  milieu du lit de la Conie, à Peronville, sème toutefois le doute sur cette hypothèse alité. Le nom de Peronville  signifie la ferme (latin villa) du perron, de la grosse pierre, entendons ici  le dolmen, et ce nom date du XIIe siècle. Voici la description (d’ailleurs inexacte) qu’en donne, Max Gilbert  dans Pierres mégalithiques (menhirs et dolmens) en Normandie, Guernsey Press, Guernesey,  1956, p.  128 : «  trois  dolmens,  sous l’un desquels [il s’agit  du  dolmen immergé ]   jaillit une source ». Les deux autres dolmens semblent  avoir été détruits. Peut-être étaient ils situés au lieu-dit Frileuse (de frilosa, signifiant  riche en mégalithes, ceux-ci étant  appelés frit en ibère, cf le site corse de Filitosa, de fritosa).
On l’appelle encore Pierre Saint -Marc, christianisation du nom gaulois mar, qui signifie pierre et dont on retrouve le radical en français dans marelle, méreau, ainsi que dans le nom du lieu-dit [Saint-Sauveur-]  Marville, signifiant la ferme (latin villa) de la pierre.  
  Ce mégalithe de Péronville est analogue à deux autres dolmens immergés ou quasi immergés.  
Le dolmen immergé de la boire de Champtocé- sur- Loire  (près d’Angers, Maine-et-Loire)
La boire est le nom dialectal donné à ce  faux bras de la Loire,  sans beaucoup d’eau, voire boueux. Le mot est à l’origine le nom du dolmen immergé lui-même , nom qui n’était plus compris : la mare, puis la mware, enfin la boire. On a identifié sept blocs de grès, dépassant de quelques 12 à 40 cm au-dessus de l’eau, et qui étaient inaccessibles sans entrer dans l’eau ou sans utiliser une barque ; ils étaient situés à une quinzaine de mètres de la berge. .
Le dolmen immergé ou ’allée couverte de l’étang de  Vaubuisson près du ruisseau la Romme (Maine-et-Loire)
 Citons encore une  petite allée couverte voisine, celle de l’étang de  Vaubuisson. Le nom : de Vaubuisson vient de   val et de buisson, ce dernier étant un dérivé de buxonum,  coffret de buis et. Ce nom se retrouve en Eure-et-Loir, commune de Vieuvicq, P ; 56 : prendre la route de Saint -Avit -les- Guespières ; à 150 m,  à droite, chemin de terre sur la rive duquel gît, à 200 m., le dolmen du Buisson. . Ce peut être aussi  un  nom de polissoir par analogie avec les dents du peigne de buis (buxum) qui en rappellent les stries ; le nom se retrouve pour un dolmen d’Eure-et-Loir) plus qu’à moitié enterrée dans la vase, submergée à la moindre crue de la Loire,  et accessible à pied sec seulement en plein cœur de l’été.
Le site mégalithique  du Baignon (où l’on reconnaît le mot bain, avec suffixe –on, la petite baignade, par allusion au bain forcé des néophytes, du latin balneum) dans la commune de Saint-Maur- sur-le -Loir en Eure-et-Loir, dont 4 dolmens sont encore visibles, au bord du Loir. A Meuves, « dans les prés ou buissons qui séparent la route du Loir et notamment à côté des ruines du Baignon,,nombreuses pierres druidiques, dolmens et menhir », ;écrit Sidoisne,op. cit, p.52. »
Interprétation de la fonction secondaire  de ces « perrons » immergés : le rite de l’appel de la pluie.
Ce type de dolmen a  été réutilisé pour faire pleuvoir, par magie imitative : on versait de l’eau sur la dalle supérieure du dolmen, et la nature était censée imiter la chute de l’eau et faisait pleuvoir.  De même nous avons  en Corse, sur la commune de Tizzano,  le dolmen de Fontaniccia, la fontaine maudite, c’est-à-dire la fontaine des païens, au nom révélateur. Chrétien de Troyes, vers 1170, a décrit  dans Le chevalier au lion (trad. André Mary, Gallimard),  Paris,  1944,  p.  132,  la fontaine merveilleuse de Barenton : « tu verras cette fontaine qui bouillonne et qui est plus froide que le marbre. Le plus bel arbre de la nature la couvre de son ombre ; il est vert en toute saison, et il y pend un bassin de fer par une longue chaîne qui tombe jusque dans la fontaine. Auprès tu trouveras un perron (dolmen) ,[ me dit-il], comme jamais   je n’en vis et   ne saurais te dire, et de l’autre côté une chapelle , petite, mais très belle ; si tu prends de l’eau dans le bassin et que tu la répandes sur le perron, il s’élèvera une si épouvantable tempête que nul animal ne demeurera dans le bois, chevreuil, daim, cerf ni porc ; les oiseaux même fuiront à tire- d’aile, car tu verras foudroyer, venter, tonner et pleuvoir et les arbres fendus tomber sous les éclairs […] Si fort qu’il plût, le pin ne laissait passer une seule goutte de la pluie qui coulait toute par-dessus .Je vis pendu à l’arbre le bassin qui était , non de fer, mais de l’or le plus fin. Quant à la fontaine, vous pouvez croire qu’elle bouillonnait comme eau chaude. Le perron était d’émeraude, avec quatre rubis plus flamboyants que le soleil au matin quand il paraît à l’orient, et il était percé comme un tonneau. Sur ma conscience, je ne vous mentirai en rien. Je fus curieux de voir la merveille de la tempête, et ce fut folie de ma part, et je m’en fusse désisté volontiers, si j’avais pu, aussitôt que j’eus arrosé le perron de l’eau du bassin .J’en versai trop, je le crains, car je vis le ciel tellement démonté que plus de quatorze éclairs à la fois frappaient mes yeux, et que les nues jetaient pêle-mêle de la neige, de la pluie et de la grêle. »
Cette fontaine merveilleuse   est encore  mentionnée par Wace, Jacques de Vitry, Thomas de Cantinpré, et Guillaume Le Breton. Le dominicain T. de Cantinpré raconte en ces termes la « merveille de Bretagne » : « le prieur  arrive à une fontaine admirablement limpide, sur laquelle se trouvait une pierre semblable à un autel [un dolmen] avec des colonnes de marbre, et aussitôt le frère y  répandit l’eau. Incontinent le ciel s’obscurcit, les nuages commencèrent à affluer, le tonnerre gronda, la pluie se mit à tomber et la foudre à étinceler, et ce fut une telle inondation qu’il semblait que la toute la terre allait s’abîmer à une lieue alentour. »
Selon A. Mary, le modèle de cette fontaine se trouverait  dans la forêt de Paimpont, près du château de Comper, où,  à six kilomètres et demi du château, on trouve un dolmen.
André Mary cite un autre exemple de ce rite magique  pour provoquer la pluie, en Côte -d’Or à Magny- Lambert, concernant la fontaine Crot Saint-Martin: « Pour conjurer la sécheresse, neuf jeunes filles s’y rendaient pendant neuf jours de suite ; l’une d’elles se plongeait jusqu’à la ceinture dans la fontaine qu’elle épuisait à l’aide de seaux que prenaient tour à tour et vidaient ses compagnes. » Cette cérémonie était entremêlée de prières pour demander au ciel la pluie et se déroula jusque vers 1830.
 Les noms des dolmens.
L’homme médiéval disposait de plusieurs  mots  Pierre -pèse ou pois (du latin pensile, suspendue, sur piliers), Pierrelaye, du gaulois  lada, coffre,  Pierrelatte, par fausse étymologie et dérivation du latin lata, large,  au lieu  du gaulois  lada, coffre, comme Pierre plate et  Pierre large.  
1Le nom de La puce qui renifle  à   Fontenay –sur- Conie,   vient de puticellus  , le pucel , le jeune garçon de moins de17 ans,  qui pleure par peur,  et ce nom constitue une référence à la vocation des dolmens : l’initiation  des jeunes gens. 
2 Le nom du  domen du Corbeau, près de Doué-la-Fontaine, commune de Louresse -Rochemenier, dans le Maine -et-  Loire ; est de même nature. Il vient de kouros, donnant korbellus , jeune homme, et on retrouve le même nom dans l’ Odyssée, XII, 407),  la pierre du « corbeau », korakos lithos, à Leucade (la véritable île d’Ithaque en Méditerranée), de kouros , jeune homme : c’est le plus ancien nom de   dolmen . Ce toponyme est commenté par Plutarque, Moralia, 776e, et  le dictionnaire Bailly le  localise sur un  cap d’Ithaque nommé aujourd’hui Koraka Petra.  Même en adoptant la théorie de F. Vinci, dansThe Baltic origins of Homer’s epic tales, The Iliad , The Odyssey, and the migration myth, 2006, Inner Traditions, Rochester, Vermont, qui,  p 34 , a trouvé sur l’île danoise Lyë    un dolmen appelé Klokkesten sten signifie pierre et où, selon moi, klokke  vient de kolkw, cf .  kouros de korkvos, et où klokke  vient de kolkw, cf .  kouros de korkvos, donnant corbellus .  L a même incompréhension a fait passer du dolmen des Jeunes hommes, futurs initiés, au dolmen du Corbeau, tant sur l’île danoise que sur Ithaque- Leucade. Nous avons dans  Korakos lithos  ,  le dolmen du Corbeau , un curieux singulier antéposé à lithos , où korakos vient en réalité  de kworakos avec un r voyelle donnant ra,  C’est là un indice surprenant de la véracité des thèses de F. Vinci.
3 Le nom du Puy aux Ladres est intéressant parce qu’il révèle le souvenir qu’il s’adressait à des jeunes qui n’étaient pas encore initiés.sonnomest, en effet, l’altération de puy (podium, au sens de tribune, estrade) aux jadres (du latin juniores, trop jeunes, candidats à l’initiation, cf gindre, le plus jeune ouvrier boulanger qui pétrit la pâte ) . Il est celui d’un dolmen dont Sidoisne ,  op. cit., p. 58, décrit ainsi la situation : « Conie.. .A la sortie nord du village, prendre le chemin d’intérêt commun  111 7 qui traverse, puis longe la Conie, dans un site très pittoresque et très caractéristique de cette étrange rivière ; à 1 km 500, Fleuvarville ; on tourne à droite à 800 m ; s’engager dans un chemin vert qui, à droite, suit le bord du plateau ; à 550 m, sentier à droite conduisant (100 m.) à une clairière sur la lisière est  de laquelle se dresse un dolmen dit le Puits –aux-Ladres. ». Dans la commune de Châtillon –en- Dunois subsiste , christianisé, le nom de Saint -Ladres (au pluriel) qui faitréférence à un dolmen disparuprobablement.
 L’allée couverte seulement en partie s’appelait , comme à Saint- Avit- les –Guespières (Eure-et-Loir) , Quincampoix , de guinguet pois , c’est –à- dire la pierre suspendue sur des piliers (pensile donnant pois), mais trop courte (adjectif guinguet) pour recouvrir complètement l’allée.   
Un des noms de dolmen  fréquents est un composé de -mont,  du francique mound, ensemble de pierres: Beaumont, à Trizay- lès- Bonneval, de Beau, venant de Belsama, la divinité qui donne son nom à la Beauce.
La fonction primitive de ces  dolmens : des lieux d’initiation à la date du solstice d’hiver comme les autres dolmens, et non des tombes collectives pour les chefs.
Le dolmen immergé de la Conie ne saurait avoir été un lieu d’inhumation ni individuelle ni collective, puisqu’il est inondable. Il ne  pouvait naturellement pas  être enterré et ne possédait donc pas de tumulus, qu’il s’agisse de terre formant tertre ou de cailloux comme dans le cas des cairns  On peut supposer que le sol y avait été surhaussé, de façon à obliger les néophytes à n’avoir que la tête hors de l’eau, leur  tête étant prise entre l’eau et la face inférieure de la dalle de couverture du dolmen. La date des fêtes nous est livrée par le nom  des nombreux dolmens appelés  Jolimont dans le nord de la France, composé de -mont,  du francique mound, ensemble de pierres et de Joli, du scandinave jôl, nouvelle année, solstice d’hiver du 21 décembre avec  les débordements qui l’accompagnaient.
La «  hauteur sous plafond » de la pierre Saint-Marc à Péronville.
Max Gilbert  (op. cit. , p 144) fait  remarquer que l’entrée des dolmens normands est trop petite pour permettre le passage aisé d’un homme. « Sous les dolmens de Martinvast et de Flamantville, [à supposer aux dolmens une fonction d’inhumation, ce que ne fait d’ailleurs pas Max  Gilbert ], on ne pourrait mettre qu’un homme enterré assis ou les jambes pliées […] Pour le   dolmen de Mortain,  seul un lapin pourrait maintenant se glisser sous la dalle inférieure ; sous les dolmens de la Grandière à Joué- les- Bois et du Faldouet à Jersey, un homme pourrait se tenir debout en inclinant la tête, mais ne pourrait y évoluer ni y vivre. Dans la plupart des allées couvertes, un enfant ne pourrait pas se tenir debout, mais seulement entrer à genoux ». Ainsi, il s’agissait  de contraindre  les candidats à l’initiation  à se baisser et à marcher à quatre pattes comme des bébés qui n’ont pas encore appris à marcher.
La sortie du dolmen
Cette sortie du dolmen,  symbole de la  re-naissance,   s’effectuait pour l’initié en soulevant, seul ou à plusieurs, et parfois même ,  comme à Péronville,  dans l’eau, quelque énorme pierre appelée spécifiquement tombe (le « bouchon ») qu’on trouve encore souvent tout près de nombreux  dolmen .
Les données de l’anthropologie d’inspiration psychanalytique des sociétés sans écriture.
Bruno Bettelheim , dans Les blessures symboliques, Tel
Gallimard, Paris, 1962, p.141, décrit un rituel australien qui lui paraît « significatif quant à son simulacre d’existence intra-utérine et d’émergence à la naissance : « quand les garçons (Nandi, au Kenya) sont remis (de la circoncision), on célèbre la cérémonie kapikiyai. Au moyen d’un barrage, un plan d’eau est délimité sur la rivière ; une petite hutte est édifiée (au milieu de la rivière). Tous les garçons se déshabillent et, précédés par le plus ancien (l’initiateur), ils rampent les uns derrière les autres et traversent la hutte par quatre fois ; ils sont alors complètement submergés par l’eau. »
Après cette dernière cérémonie d’initiation, « il est permis  aux garçons de sortir et de voir des gens, mais ils doivent encore porter des vêtements de femmes. » (A. C  Holls The Nandi : Their langage and folklore, The Clarendon Press, Oxford, 1909, p. 56). “La submersion , continue Bettelheim, est, bien entendu, un cérémonial initiatique très courant, analogue à notre baptême. Mais, dans le rituel nandi, l’immersion qui, si souvent, symbolise le retour à la matrice ou la sortie de celle-ci se combine  avec un autre symbole de l’utérus, la hutte. De plus,  les garçons sont tenus de ramper, ce qui signifie qu’ils se rapprochent de la position foetale. Habituellement, la hutte qui apparaît dans de nombreuses cérémonies initiatiques peut, en tant que symbole maternel, être laissée de côté ; après tout, les initiés sont bien obligés de passer leur retraite quelque part, et la hutte est une habitation d’un usage commun.  Dans le cas présent, cependant, elle est véritablement dans l’eau, donc reliée directement à l’immersion et à la reptation. On peut voir dans cette association comme une tentative de recréer l’existence intra-utérine où l’enfant est confiné dans un lieu sombre et exigu, entouré de liquide. Dans les tribus australiennes , on voit, dans de nombreux détails, les hommes traiter les initiés comme s’ils étaient des bébés qui viendraient de naître. Par exemple, ils portent les garçons sur leurs épaules comme les femmes portent leurs bébés. »
 Il suffit de remplacer la hutte par la pierre du  dolmen entouré d’eau et l’analogie est parfaite. On peut rapprocher , dans une région où il y a des dolmens comme la Corse, le rite de la couvade décrit pour la Corse par un auteur grec, Diodore de Sicile, XI : « Á la naissance de leurs enfants, les Corses  observent une cérémonie tout à fait bizarre. Ils n'ont aucun soin de leurs femmes pendant qu'elles sont en travail, mais le mari se couche sur un lit et s'y tient pendant un certain nombre de jours comme une accouchée. »  Dans les îles Trobriand, « dès que l’enfant est né, le père s’installe dans son hamac, s’abstient de tout travail, s’abstient  de viande  et de nourriture à l’exception d’une bouillie claire. Il ne se lave  pas, et surtout s’abstient de toucher toute arme ; les femmes de la tribu prennent soin de lui et le nourrissent… Cet état se prolonge pendant des jours, parfois pendant des semaines. » Comme l’écrit Malinovski, « la fonction de la couvade représente l’établissement de la paternité sociale par l’assimilation symbolique du père à la mère. »
On peut aussi songer à l’épisode du pont sous l’eau encore appelé le  pont de l’épée, où Lancelot doit, pour rejoindre la reine Guenièvre, doit  franchir un pont submergé par des eaux menaçantes avec au bout un lion et,  en lieu de  pont, sous l’eau,  une lame effilée; ou au pont de Belhaven en Ecosse  qui ne mène nulle part sauf à l’Océan et à marée haute est complètement submergé. Dans Le  Chevalier à la charrette, d’après Chrrétien de Troyes, par Claude Duneton et Monique Baille, Editions Albin :Michel/, Paris , 1985, p .  107 : « Enfin ils voient dans les ténèbres se profiler l’ombre effrayante du pont….Vois l’eau perfide se dérouler en longs flots noirs qui grondent avec fracas. Vois les cailloux rouler et jaillir dan toute cette boue, et la force du torrent, et la fureur des ondes qui semblent vouloir briser leur brune prison de terre. . ; La même image leur est  venue du fleuve infernal dont on leur a parlé, du fleuve des morts, gardé, dit-on, par des dragons [le lion .à l’arrivée du pont] »  et p.  152, « ils sont enfin arrivés au bord de l’eau grondante., là où le pont était planté. Mais qui donc avait eu l’idée de construire pareille chimère ? Car le pont était sous l’eau, et celui qui voulait passer devait entrer jusqu’à mi-corps dans le torrent écumant et glacé. »
Tout ceci confirme à nos yeux le rôle du dolmen comme lieu d’initiation, c’est-à-dire comme lieu où l’initié grâce à son initiateur devient un homme

Les dieux et déesses de l’initiation et de l’enfance telles que le latin en a conservé les noms: Statana,  Stata Mater,   Annotina,  Mamoiadai.
Les dolmens furent initialement des lieux d’initiation, comme l’indiquent certains noms bien interprétés. Par exemple, en Corse, on les appelle stantara, le lieu où on apprend à marcher debout, altération de  Statana, Statana étant  le nom à Rome  de la déesse  qui présidait aux premiers pas de l’enfance. Son  nom est à mettre en rapport avec Stata Mater,  assimilée à la déesse du foyer Vesta. Les candidats à l’initiation se trouvaient dans une «  maison pour nains » [nain au figuré ,au sens de ceux qui n’ont pas encore atteint la taille des adultes],  comme les appellent les Bretons (Ti- ar -Boudiked, Ty- ar- Chorriket ou Ti- ar- Korriganed) et les Corses, ou les Euréliens avec le Berceau de Gargantua, comme à Changé (Saint - Piat), même s’il avait fallu des géants, peut-être nains à leur tour  lorsqu’ils étaient enfants,  pour  construire la demeure. 
 En Sardaigne, nous avons  Mamoiada (celle qui ressemble à une mère, avec suffixe de ressemblance –ada) et au Portugal, Mamra, de mam-ada ,  à rapprocher de Mammisi, mot copte signifiant le lieu de naissance et introduit par Champollion pour désigner la chapelle où se déroulait chaque année une cérémonie anniversaire de la naissance de l’homme véritable, entendons de la date de l’initiation et non de la date de la naissance physique..
De même, le  nom  de Murumendi au Pays basque renvoie à des gouffres où tous les sept ans se passait une procession avec danse et  sacrifice en l’honneur de la déesse Mari. Nous rencontrons aussi en pays basque  le nom de la déesse Anta, altération  du  nom de la déesse romaine Annotina, la déesse qui protégeait les enfants d’un an,l’ âge où l’on apprend normalement à marcher. .
  Venons-en aux  rites de passage eux-mêmes tels qu’on peut les reconstituer par l’imagination.  Evoquons d’abord le cas des dolmens percés, dont la pierre de fermeture a un trou, avec un bouchon,  que l’initié devait enlever pour passer de l’autre côté et «  naître » réellement. Le nom de Perceval, selon l’étymologie populaire celui qui perce la dalle d’entrée,  désigne celui qui a réussi à sortir tout seul du dolmen où, en tant que candidat à l’initiation, il avait été enfermé avec ses compagnons.
   La danse consistait à piétiner rythmiquement le sol jonché d’ossements ancestraux, broyés menu, afin de s’assimiler leurs vertus, ossements dont on trouve parfois trace. et qui ont pu donner à croire qu’il s’agissait de sépulcres.
  Ensuite,  l’initié devait boire un verre de sang dans un biberon en cuir  ou en osier tressé , appelé en grec kissubion , où le lait était remplacé par du sang frais. En Corse, on a trouvé, près du dolmen Fontaniccia,  des pigments rouges, destinés à imiter le sang que l’initié était censé boire pour devenir un homme. .
  Le pavé de saint Lazare en Indre –et- Loire à Crouzilles, 700 m avant l’entrée  de l’Ile-Bouchard, est teinté de rouge. En 1842, l’abbé Bourrasse écrit à son sujet : « Des traditions terribles se sont conservées dans le pays. Lorsque la table est mouillée par la pluie, elle prend une teinte foncée d’un rouge ferrugineux ; on prétend que c’est la trace du sang des victimes qu’on  a égorgées sur cet autel. On montre encore une rigole peu profonde  et une cavité irrégulière destinées à recevoir le sang qui coulait sous le couteau de silex du druide [anachronisme dont il ne faut pas tenir compte] sacrificateur »  Le nom relativement moderne de pavé de saint Lazare fait  allusion à  Lazare  ressuscité par le Christ. Mais le ressuscité était en réalité ici celui qui avait bu du sang dans la cupule du dolmen.   Pareillement,  à Comper dans le Morbihan,  les menhirs sont faits de schiste pourpré, comme en Angleterre le Chalice Well de Glastonbury, le puits du Calice,  d’où coule une eau rougeâtre, comme aussi   le menhir des  Pierres Rouges, à  Bridlington, dans le Yorkshire : on peut donc  supposer que les dolmens du voisinage  êtaient  faits du  même matériau.
Les dolmens et l’évolution de leur utilité.
 Les dolmens sont le résultat d’une longue évolution qui a commencé il y a quelques 10000 ans en Europe après  la sédentarisation de leurs constructeurs et l’invention de  l’agriculture en Asie mineure. .Avant les dolmens comme celui de Péronville, il y a d’abord eu  ces parents pauvres des dolmens, qui leur sont pourtant bien  antérieurs : les doubles alignements de pierres  en forme d’allées  totalement découvertes, dédaignés à tort, des archéologues,  puis les allées couvertes qui leur  ont succédé.
Les doubles alignements de pierres  ou allées totalement découvertes, comme  celle du lieu-dit Les  Marques, au sortir du hameau des Goislardières en allant de Lanneray à Marboué (Eure-et-Loir) et les premières cérémonies d’initiation, avant celles qui furent par la suite réalisées dans les dolmens.
On peut apercevoir, en bordure immédiate d’un petit cours d’eau et parallèlement à celui-ci, un double alignement de blocs de pierre verticaux qui  ne dépassent pas le  sol de plus de 70 cm, double alignement  qui se termine en un berceau fermé sans toit. Il n’est pas possible, à cause de la contiguïté du ruisseau, d’enterrer cette allée qui, comme le dolmen de Péronville, n’a donc jamais été  couverte de terre. Le nom Les Marques (en gaulois, mar,  pierre, avec morphème de pluriel k) désigne les pierres verticales qui composent cette allée.
Aux Marques, le berceau  de l’allée est le lieu d’initiation finale des néophytes. Le vocable mortier, l’auge taillée dans une seule pierre  où l’on écrase le grain , où on le fait «  mourir »,   vient du latin  mortarium , dérivé du latin  mors, la mort.  La résurrection des néophytes, leur renaissance, est destinée à mimer la renaissance de l’orge, après sa  «  mort » hivernale dans la terre. De même que l’orge était coupée, liée, battue, broyée dans le mortier, et enfin dévorée, sauf une précieuse part mise en réserve  pour assurer sa survie et sa renaissance au printemps de l’année suivante, de même les blessures symboliques qui sont infligées aux néophytes  ont pour mission d’assurer leur résurrection finale en tant que vrais hommes accomplis  de la tribu. Ainsi, on faisait semblant d’enterrer, comme si c’était du grain, les jeunes garçons  dans un sillon de roche fermé aux deux bouts, où ils devaient pénétrer par le haut  et où, lorsqu’ils s’y étaient mis à quatre pattes,  on leur lançait des mottes de terre et des branchages. Enfin, on les aspergeait avec de l’eau puisée tout à côté dans le ruisseau,  par une sorte de rite baptismal. Les blocs des parois de ces allées découvertes laissaient entre eux des interstices à travers lesquels les infortunés  voyaient s’abattre sur  eux un déluge de terre et d’eau, au bruit démoniaque des instruments appelés bull- roarers par les ethnologues.
La fonction première des allées non couvertes et, par la suite, des allées couvertes,   comme  des  dolmens,  n’était aucunement d’être des sépultures . Ce furent d’abord des chambres d’initiation  pour néophytes, qu’elles soient immergées comme à Péronville ou non.

LES SOUTERRAINS ANNULAIRES, LES CRYPTES OU CAVEAUX SOUTERRAINS, LlEUX D’INITIATION LIES AUX DOLMENS ET A  LA DEESSE DES MORTS GORGOBINA OU GARGANTUA.
Les inventaires complets  de souterrains du Tarn et du Périgord notamment ont été publiés, mais ceux de Beauce ne l’ont pas été. Voir le Bulletin de la Société dunoise n°299,2009, p; 60-68 , « Les souterrains de Beauce : entre mythologie et histoire », par Michel Aubouin, et surtout la seconde partie , bulletin n°300, 2010, p.19-31(2e partie, avec bibliographie) . Je me suis inspiré , pour le lien avec la circoncision et pour l’interprétation des formes bizarres des souterrains ,  du livre de Geza Roheim, Héros phalliques et symboles maternels dans la mythologie australienne (reproductions commentées inspirantes) et de Bruno Bettelheim, Les blessures symboliques.
Je pense que la fécondité était le moteur de l’idéologie préhistorique et qu’elle inspire certes les menhirs, mais aussi es cérémonies d’initiation  destinées à faire des adolescents de « vrais hommes » capables de perpétuer la tribu , de la nourrir et de la défendre ;. Les dolmens et les souterrains qui soustraient au soleil momentanément les jeunes  ont cette fonction mystique, avec le dieu ou la déesse à la fois de la mort, des enfers au sens païen  et de la renaissance ; il faut rappeler ici (voir mon blog sur les menhirs) que la mort est la condition préalable de la renaissance végétale. Ce dieu ou cette déesse survivent dans le nom de Gorgobina ou dans celui de Gargantua. Gorgobina, vient de (G)orcos , le nom du dieu dela mort Orcus en latin, et de equina,qui signifie la jument  comme Proserpina ou Persephonè, la jument  (pina ou ep(h)ona , cf ; le nom de la déesse gauloise Epona) d’Orcus ou Porcus .  Voir mes blogs sur les Boïens, ainsi que celui sur les pétroglyphes océaniens  et celui sur les menhirs gravés de Bretagne et la circoncision. En Beauce, où le nom de Gargantua, toujours monté sur sa jument dont  les coups de queue son terribles (est-ce un souvenir du cheval d’octobre cher à Dumézil et des compétitions qui avaient lieu à son p^ropos ? voir mon blog sur le cheval d’octobre en Beauce)  a survécu, jusqu’à nos jours, les souterrains sont nommés des fosses ou des croths (de grotte, du grec du Nouveau Testament, cryptè, voûte souterraine, endroit caché, une muche en Picardie(du gaulois muciare , cacher, ancien français muce, cachette) ; par exemple ,la croth aux fées  (Gorgobina est devenu une fée) ou la fosse à Gargantua près de Vierville et Orphin {de (G)or(go)pin(a)](où elle fut transformée en marnière ) en Eure-et-Loir ). Les dolmens sont associés en Beauce « En général, l e nom de Gargantua , nous dit Aubouin , article cité.,p. 28, est associé   à ma présence d’un dolmen ou d’un menhir.. ; à  Prunay -le- Gillon {Prunay , de Proserpinè, provo(r)vinè )se trouve un dolmen  qui porte le nom de « pierre couverte ». a Noël, cette pierre se tourne et laisse entrevoir l’entrée d’un souterrain. Les plus hardis peuvent alors s’emparer du trésor qu’il renferme, mais gare aux amateurs dépourvus de montre, car l’opportunité n’est offerte que pendant le chant de la Généalogie de la messe de minuit. Passée cette heure, la pierre se referme et enferme en son sein les curieux ; » de même, à Pézy (Mont- Chenu), et à Martainville, sur la commune de Fains (de fanum, sanctuaire de Proserpine, dans l’Eure), au lieu-dit le « champtier duTrésor » ; à Moléans, à la Pierre- Coquelée., à Montlandon ; à Viévy -le- Rayé ,  au Trou- du –Diable (Loir –et- Cher) .D’autre part, la référence au cheval, ou plutôt à la jument sacrée, avatar de Perséphone,  est constante, écrit Aubouin. , citant l’’abbé Nollent qui avait trouvé  de nombreuses fois, en fouillant les souterrains, des têtes entières ou des mâchoires d’équidés qui y avaient peut-être pénétré pour des raisons rituelles ; A Aunay -sous-Auneau , près de l’église,  un couloir creusé dans le roc permet d’accéder par un escalier à une fontaine dédiée à Saint- Eloi était une fontaine aux chevaux  dont l’eau était salutaire pour les chevaux Il s’agit d’une cave en colimaçon , dont la longueur ne dépasse pas quelques mètres., mais l’accès en est interdit par une grille.fermée, car elle est sacrée.
  Ce que Aubouin a écrit des souterrains vaut aussi pour les dolmens : « Si les souterrains  de Beauce, dont l’inventaire reste à faire, ont conservé leur aura de mystère, ce n’est pas seulement à cause  des évocations qu’engendre le monde de l’obscurité, mais c’est aussi parce que l’archéologie n’a pas réussi à en saisir complètement l’objet.  Les Beaucerons, qui sont des gens rationnels et économes de leurs efforts, n’ont pas pu creuser autant de caves et de cavités, sans que cela ait eu pour eux une utilité.  C’est le sens de cette utilité qui nous échappe en partie. »