vendredi 25 août 2017

DEUX CLOCHES DE LA BOUSSOLE IDENTIFIÉES GRACE A LEURS ARMOIRIES. , version rectifiéev2017

  DEUX   CLOCHES DE LA BOUSSOLE IDENTIFIEES GRACE A LEURS ARMOIRIES.   
La cloche signée « Pichard », cloche du fronteau avant de la Boussole
Une  grande  cloche a été  retrouvée à Vanikoro, pesant 35 kilos, soit environ 69 livres,  sans le battant qui ferait 4 kilos environ : elle est  signée  PICHARD, avec deux branches de houx et l’avertissement en latin  Ne objecta ! (Ne t’y frotte pas ! Qui s’y frotte s’y pique !). Elle a été récupérée en mer  par  Claude Magnier sur le site de la faille du récif  qu’on présume être l’épave de la Boussole. Or, le houx est  la marque d’une fonderie des environs d’Aigrefeuille d’Aunis, aigrefeuille venant du pluriel latin acrifolia  qui signifie feuilles piquantes, acrifolium  désignant  le houx. Les premières maisons d’Aigrefeuille s’étaient édifiées près d’un bois de hêtres où abondait le houx (une variété d’Ilex aquifolium).  Dans la paroisse d’Aigrefeuille se trouvait l’actuelle commune   des   Forges qui fabriquait les objets en bronze  pour l’arsenal de Rochefort et c’est à Rochefort que la gabarre le Portefaix avait été  armée le 26 avril 1785 avant de changer de nom à deux reprises,  devenant d’abord l’Astrolabe, puis,  à partir du 1er juin 1985,  la Boussole. Le vice-amiral Duperrey, le 3 décembre 1829, répond au Ministre de la Marine : « Chacun des bâtiments de cette expédition avait deux cloches, une grande et une petite ; celles de la Boussole provenaient de son précédent armement; et, quant à l’Astrolabe,  la grosse cloche se trouvait à bord à l’époque de son réarmement, et la petite fut délivrée en complément le 23 juin 1785…. Ce n’est donc  qu’au port de Rochefort  qu’il est possible de s’assurer si, à cette époque ou précédemment, la grosse cloche du bâtiment a pu être livrée dans les magasins de l’arsenal par le sieur Bazin [Pichard pour nous]. … Suivant l’usage, la grosse cloche [du fronteau avant] était restée constamment à bord pendant le désarmement de ce bâtiment. ». Une certitude : cette cloche PICHARD est donc la cloche du fronteau avant de la Boussole.
En revanche, lorsque , dans Brossard, Rendez-vous avec Lapérouse à Vanikoro, 1964, p .204 , on lit : « sur cette cloche, on lit à la collerette supérieure « LA », le A est au 1 /3 cassé et la brèche s’étend sur une longueur où peut normalement tenir «BOUSSOLE » [on devrait plutôt trouver «  PORTEFAIX» , la tradition voulant que l’on conservât la cloche de fronteau avant d’origine , -et c’est d’ailleurs le cas,-   ]; l’inscription repart aussitôt après la brèche et porte, parfaitement conservé, le nom « PICHARD. De plus,sur la jupe, on a fait apparaître  en grattant le léger dépôt de corail et l’oxydation, plusieurs figures en relief représentant l’une  une feuille de fougère très fine,l’autre une feuille de platane et une dernière deux branchages ou chardons .», on reste médusé : c’est le désir que ce soit la cloche du navire amiral qui a fait apparaître le nom de L(a Boussole), là où il n’y avait strictement  aucune lettre ! J’ajoute que pour moi la cloche en question a dû être récupérée par les survivants sur l’épave de la Boussole située au sud-est  , au récif des esprits (=blancs), pour être installée sur le bateau de secours à deux mâts  que le Polynésien de Tanako (île Duff) Makataï a brûlé.
Illustration, p. 38 in Bicentenaire du voyage de Lapérouse , .785-1788 ,  colloque Lapérouse d’Albi, mars 1985, association Lapérouse- Albi France, 1522 p . Annexe, p.1-55





B La cloche à trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas, cloche de fronteau arrière   
 Dillon a  trouvé à terre  une petite cloche de fronteau arrière, pesant  5 kgs  (sans battant), soit environ 9 livres,  proche avec le battant du poids habituel des cloches de fronteau arrière  de 14 livres et comptant  trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas: c’étaient aussi   les armoiries de la ville de Brest.  Dans Brossard, Rendez-vous avec Lapérouse à Vanikoro  figure la reproduction, p. 224, d’un billet d’armement signé « à bord, ce 17 juin 1785 » par « le chevalier  de Clonard » pour la Boussole et, pour les fournisseurs de la cloche, par (peu lisible ) jrvalnaurffet   : « Armement, Une cloche de fronteau d’arrière Avec un dé (sic dais ) et à établir avec un montant en fer . » C’était , en principe ,  Madame Veuve  Beurier qui fournissait les cloches.
L’article du pilote  nous donne comme achetées à Brest  2 cloches pour l’Astrolabe et 2 cloches pour la Boussole au prix identique de 340 livres la cloche, soit au total 1360 livres. On peut supposer que le total a été  divisé par 4 pour simplifier et que, pour la Boussole, la cloche de fronteau avant ainsi achetée a été mise en réserve ; pour l’Astrolabe, aucune des deux  cloches achetées n’a été retrouvée, pas plus que les cloches d’origine, si elles subsistaient en réserve. La cloche Bazin était une cloche religieuse appartenant à un cordelier de la paroisse de Nantes, le père Receveur.
CC La cloche la plus énigmatique, la cloche signée « Bazin ».
Illustration, p. 42, op. cit.
 La plus célèbre des cloches de Vanikoro est celle dont parle Jules Verne   dans Vingt mille lieues sous les mers, « une cloche en bronze, dit-il,  portant l’inscription : « Bazin m’a fait », marque de la fonderie de l’Arsenal de Brest vers 1785 » , ce qui est faux, même si cela a été répété à l’envi. Mais cette cloche  n’a pas le poids requis pour être ni  une cloche de fronteau avant ni une cloche de fronteau arrière, donc pour être une cloche de navire.  C’est Dillon qui rapporta cette cloche , qu’il avait récupérée à terre : il nous décrit la cloche comme présentant, d’un côté  saint Jean Baptiste, de l’autre côté la Sainte Famille mais la description  doit être  complétée ainsi : il y a , d’un côté saint Jacques à la gauche d’une croix et , à la droite,  saint Jean   avec de l’autre côté  la Sainte Famille (Joseph, Marie et Jésus).C’est une allusion au curieux nom de la paroisse nantaise de «  Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille » , où se trouvait le couvent franciscain de Nantes,   Saint Jean étant l’évangéliste et non saint Jean -Baptiste comme l’a cru Dillon.
Or, à bord, figurait ce qu’on a retrouvé dans la faille du récif,  une cloche d’office, une clochette, un grelot (qui était peut-être une objet d’échange destiné aux insulaires), une pierre d’autel (4 fragments dont certains ont été trouvés sur l’épave de l’Astrolabe), une boîte à huiles saintes, un crucifix avec 2 fleurs de lis  et l’inscription INRI,  un étui à missel en bois orné d’une fleur de lis, une médaille religieuse. Le Père Laurent  Receveur, blessé à Tutuila et enterré à Sydney où il mourut des blessures, qui lui furent infligées par les insulaires samoans,  était un franciscain et avait servi un temps  au couvent franciscain de Nantes (couvent dit  des cordeliers). On peut supposer que cette cloche était un souvenir du couvent nantais et qu’elle lui appartenait.  En effet, les Bazin  étaient une famille de fondeurs nantais  selon Champeaux, Dictionnaire des fondeurs de cloches, 1886, et ils  étaient spécialisés dans les cloches d’églises ou de couvents : selon Berthele, Enquêtes campanaires, ils avaient fondu deux cloches  en 1754  pour le grand  séminaire de Nantes  (elles étaient pareillement  signées Bazin ,sans prénom ) ; ils avaient aussi fondu une autre cloche , en 1779 pour une église de Vendée  (elle  signée pareillement Bazin sans prénom ). Jean Bazin le père est  l’auteur de la grande cloche de Saint-Martin, paroisse de Châteauthébaud en 1753,
 Les plus connus  des Bazin sont Jean Bazin  père et  Jean Bazin fils,  qui figure sur la liste de la milice bourgeoise de Nantes  de 1774 à 1778, avec l’indication « fondeur de la ville ». La  cloche appartenait  ainsi au  Père Laurent Receveur, qui avait dû servir à Nantes comme régent dans un collège de  la  paroisse  de «  Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille ». 
Le canon signée Jean  Bazin Nantes : à l’origine en  lest sur  l’Astrolabe ?
On rencontre une autre fois le nom de Bazin sur un pierrier en bronze trouvé dans  la faille du récif, avec «  Fc (fecit) J(ean) Bazin à Nantes 1779 Dragon »  . Le Dragon est le nom d’un bateau corsaire anglais capturé dans la Manche en 1781 et transformé en corvette par la Marine royale. Il était percé pour 20 canons et 4 obusiers ou pierriers. En 1782, et le 11 décembre 1787, il est à Brest d’où il part pour Saint-Domingue où les Anglais l’attaquent. Son épave a été fouillée par le Musée de la Marine et François Gendron.
  Le scénario qu’on peut imaginer est que Jean Bazin fils fond le canon à Nantes en 1779  et  que la Marine le lui achète  en 1781 pour le Dragon, mais , comme il n’y a de place à bord que pour quatre obusiers,  elle reprend son pierrier et  le remise  à Brest : le Comte d’Hector le fournit en lest  à Lapérouse.
Etant donné que c’est sur la faille du récif, donc sur l’épave du bateau de secours principalement construit avec des éléments de l’Astrolabe, que le pierrier a été repêché, on  doit en déduire  que le pierrier fut chargé sur l’Astrolabe.
       







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